Le quartier accueillant le Grand Sérail dans le centre-ville de Beyrouth, le 28 avril 2024. Photo d'illustration Mohammad Yassine/L’OLJ
La Commission européenne a placé mardi le Liban sur sa liste de « juridictions à haut risque présentant des carences stratégiques dans leurs régimes nationaux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme », aussi connue comme la « liste noire », selon un communiqué publié par cette institution.
Ce texte note également que « les entités de l'Union européenne (UE) couvertes par le cadre de lutte contre le blanchiment d'argent sont tenues de faire preuve d'une vigilance accrue dans les transactions impliquant ces pays ». Une mesure « importante pour protéger le système financier de l'UE », ajoute le communiqué.
Un rappel sans conséquences
Concrètement, « cette annonce n’aura pas plus d’effets négatifs sur le Liban par rapport à ceux déjà imposés par son inclusion sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI), regroupant les pays jugés insuffisamment coopératifs dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme », temporise l’avocat fiscaliste Karim Daher. Avant d’ajouter : « Il s’agit toutefois d’une alerte pour rappeler au Liban que les choses doivent avancer. »
Le GAFI avait placé le Liban sous surveillance renforcée le 25 octobre 2024, ce dernier s'étant engagé à résoudre rapidement les déficiences stratégiques identifiées dans les délais convenus, afin d’éviter d’être inclus dans la « liste noire » des pays non coopératifs, suite à quoi il pourrait être exclu du système financier mondial.
L’actualisation de cette liste « tient compte des travaux du GAFI », et « en particulier de sa liste de « juridictions faisant l'objet d'une surveillance accrue », précise le communiqué. Et d’ajouter : « En tant que membre fondateur du GAFI, la Commission est étroitement associée au suivi des progrès réalisés par les juridictions figurant sur la liste, en les aidant à mettre pleinement en œuvre leurs plans d'action respectifs convenus avec le GAFI. L'alignement sur le GAFI est important pour respecter l'engagement de l'UE à promouvoir et à la mise en œuvre des normes mondiales. » « Il s’agit juste d’un alignement de la Commission européenne au GAFI », résume Karim Daher.
Outre le Liban, l’Algérie, l’Angola, la Côte d'Ivoire, le Kenya, le Laos, Monaco, la Namibie, le Népal et le Venezuela ont été ajoutés à cette liste, tandis que la Barbade, Gibraltar, la Jamaïque, le Panama, les Philippines, le Sénégal, l’Ouganda et les Émirats arabes unis en ont été retirés.
L’échéance de 2026
Cette décision intervient alors que le Liban tente de regagner la confiance de ses partenaires internationaux, notamment du Fonds monétaire international (FMI), avec lequel il a relancé des négociations depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence et la formation du gouvernement de Nawaf Salam. Or le renforcement du cadre de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme constitue un axe central du programme de réformes exigé par le FMI. Dans son discours lors de la cérémonie de passation, début avril 2025, le nouveau gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souhaid, avait lui aussi mentionné que l’une de ses priorités est le retrait du pays de cette liste grise.
Dans ce cadre, l’avocat fiscaliste souligne qu’il « ne faut pas s’attendre à ce que le Liban soit retiré de la liste grise au printemps 2026 (soit la date d’échéance). Le pays n’aura certainement pas tout réalisé d’ici là. Le chantier de réformes qui nous est demandé est énorme et pourrait changer tout le fonctionnement du système financier ». En effet, le précédent retrait du Liban de la liste grise du GAFI, après qu’il y a été inscrit en 2001, avait pris 15 ans et avait eu lieu après que le pays a adopté une série de lois renforçant les pouvoirs de sa Commission spéciale d’investigation (CSI), compétente pour enquêter sur les crimes financiers.
L’objectif actuel est « de faire en sorte que le Liban ne soit pas inscrit sur la liste des pays non coopératifs, ce qui aurait des répercussions catastrophiques sur son économie et entraînerait par exemple des coûts de transactions bancaires exorbitants. Pour cela, le Liban doit commencer par adopter les réformes qui lui sont demandées et montrer qu’il est sur la bonne voie », conclut l’avocat.




Ce gouvernement prétend avoir fait une certaine amélioration. C'est bien le contraire.
14 h 12, le 11 juin 2025