Un tract envoyé par l'armée israélienne à l'attention de l'ancien moukhtar de Yaroun, dans le caza de Bint Jbeil au Liban-Sud, le 4 juin 2025. Photo Mountasser Abdallah/L'OLJ
Un pêcheur, identifié comme Ali Fneich, a été enlevé par l’armée israélienne au large de Ras Naqoura, à l’extrémité sud du Liban, selon les informations de notre correspondant Mountasser Abdallah. Quatre embarcations militaires israéliennes ont dépassé illégalement la ligne des bouées démarquant la frontière et ont kidnappé le pêcheur, originaire de Maaroub, qui se trouvait à bord d’un bateau de pêche.Par ailleurs, des tirs de mitrailleuse en provenance d’Israël ont visé des bergers qui se trouvaient près de Wazzani, dans le caza de Marjeyoun, afin de les éloigner de l’endroit où ils se trouvaient.Plus tôt, l’armée israélienne a lancé dans la journée des tracts adressés à un ancien moukhtar de Yaroun, Mohammad Abbas Chahine, dans lesquels elle dit le surveiller « depuis les airs et au sol ». L’information concernant l’envoi de ces tracts a été confirmée par des sources locales au correspondant de L’Orient-Le Jour au Liban-Sud. Le moukhtar (un élu local qui gère les affaires quotidiennes des habitants et représente le village) concerné n’était pas, lui, immédiatement joignable pour un commentaire. Sur les tracts largués sur ce village du caza de Bint Jbeil, l’on peut lire le texte suivant : « À l’attention du moukhtar qui a vendu la ville, on fera de toi un exemple. Tu es surveillé depuis les airs et au sol, et tout le monde observe et écoute. » Le trac contient une photo d’un homme au téléphone qui semble gesticuler en direction d’un objet situé en haut de sa tête, comme s’il adressait son geste à un drone. Le Liban-Sud et d’autres régions du pays sont constamment survolés par des drones de surveillance israéliens depuis des mois. « Sois honnête quant à ta proximité avec l’association Wa Taawanou jaune (la couleur du Hezbollah, NDLR) pour ton bien et pour celui du peuple honorable de Yaroun. »
Nouveau chef pour la Finul
Dans ce contexte, le mufti de la République libanaise, Abdellatif Deriane, a adressé mercredi, depuis La Mecque, un message aux Libanais à l’occasion de la fête de l’Adha, célébrée cette année du soir du jeudi 5 juin au lundi 9. « Tout comme les Palestiniens veulent se libérer de l’occupation, le Liban, particulièrement son Sud, le souhaite également. Les agressions israéliennes ne sont plus tolérables, sous aucune forme ni à aucun prix, a déclaré le mufti. Il appartient donc à la communauté internationale de condamner sans délai cette guerre d’agression et d’œuvrer à un cessez-le-feu. » De son côté, l’ONU a annoncé, mercredi, la nomination du général de division italien Diodato Abagnara au poste de chef de mission et commandant de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). L’annonce a été faite par le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, qui a précisé que le secrétaire général António Guterres avait choisi le général Abagnara pour succéder au lieutenant-général espagnol Aroldo Lázaro Sáenz, qui quitte ses fonctions après avoir dirigé la mission dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu. M. Guterres a exprimé sa reconnaissance pour son engagement et son leadership.Le général Abagnara, qui compte plus de 36 ans de service au sein des forces armées italiennes, connaît bien la mission de l’ONU au Liban. Il a commandé le secteur ouest de la Finul entre 2018 et 2019 et présidait récemment le Comité militaire technique pour le Liban (MTC4L), chargé de la coordination avec l’armée libanaise. Sa nomination intervient alors que la Finul tente de maintenir la stabilité dans le sud du Liban. Le cessez-le-feu conclu le 27 novembre 2024 après plus d’un an de guerre entre Israël et le Hezbollah demeure fragile, l’armée israélienne procédant à des frappes quasi quotidiennes au Liban et y maintenant une présence dans cinq points qu’elle juge « stratégiques ». Jeudi dernier, le général Lázaro, a souligné que « la situation le long de la ligne bleue demeure tendue et imprévisible, avec des violations répétées et des risques d’escalade aux conséquences imprévisibles ». Dans ce contexte, le président Joseph Aoun a reçu, mercredi, à Baabda, le chef du comité de dialogue libano-palestinien, Ramez Dimachkiyé, qui l’a informé des contacts en cours avec la partie palestinienne pour discuter du mécanisme de mise en œuvre de la décision des autorités libanaises de ramasser les armes des camps palestiniens dans le cadre du processus de reprise par l’État du monopole de la force armée. Cette question avait été convenue entre le président Aoun et le président palestinien Mahmoud Abbas, le 21 mai, à Baabda, souligne la présidence.
Coup de filet à Baalbeck
Sur le plan sécuritaire, les forces de l’ordre et un détachement de la sécurité routière des Forces de sécurité intérieure (FSI) ont mené mercredi une opération dans la ville de Baalbeck. Des points de contrôle mobiles ont été installés, et des contraventions distribuées aux automobilistes en infraction, ainsi qu’aux conducteurs de deux-roues et de « tuk-tuks » circulant illégalement, rapporte notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah. Dans le cadre de cette opération, l’armée libanaise a mené une descente dans le quartier de Charawné pour tenter d’arrêter Ahmad Jaafar, alias Ahmad Assia, recherché par la justice. L’homme a pris la fuite, mais a été localisé dans une station-service appartenant à son père, où il a été blessé par des tirs militaires. Il est néanmoins parvenu à s’échapper de nouveau.Trois sources locales ont indiqué à notre correspondante que des blessés auraient été recensés parmi les soldats et les employés de la station. L’armée n’était pas disponible pour un commentaire.

