Couverture du livre de Michel Santi, « Une jeunesse levantine ».
Parue début mai, l’autobiographie de Michel Santi Une jeunesse levantine (Favre, 2025) retrace le « destin hors du commun, forgé par les guerres, l’amour et l’histoire », de l’économiste franco-suisse, expert des marchés financiers et des banques centrales. Né d’un père diplomate français et d’une mère libanaise, le jeune Michel vit à Beyrouth quand, âgé de 12 ans, il est pris dans le tourbillon soudain de la guerre du Liban. Peu après l’épisode du bus de Aïn el-Remmaneh, le 13 avril 1975, le voilà « arraché à sa mère par son père diplomate » et « propulsé en Arabie saoudite où le futur roi l’emmène en pèlerinage à La Mecque ».
L’extraordinaire épopée de Michel Santi démarre ainsi. Elle durera sept ans « et demi ». De Ali Hassan Salameh, l’architecte des attentats de Munich, à Yasser Arafat et Shimon Peres, en passant par le commandant Massoud et Oum Kalsoum, le jeune homme est ballotté d’une rencontre toujours plus étonnante à l’autre. Comme celle de Sandy, jeune amant de sa mère qu’il retrouve dès 1976 après être rentré seul au pays, qui s’avérera plus tard être le milliardaire Iskandar Safa, négociateur pour la libération des otages français à Beyrouth dans les années 1980. Mais pour l’heure, les deux amants sont engagés dans la milice radicale chrétienne les Gardiens du cèdre, que rejoint Michel. Surnommé « Hakim » (docteur), le jeune garçon est alors témoin du massacre du camp palestinien de Tall el-Zaatar.
Cet épisode n’est qu’un parmi tant d’autres que Michel Santi égrène au fil des chapitres en tant que « témoin privilégié de bouleversements majeurs au Proche-Orient ». Des bouleversements qu’il vit aussi en son for intérieur, au gré de ses déplacements entre Beyrouth, Jérusalem, Djeddah, Paris ou encore Téhéran, oscillant entre cultures, religions et idéologies. Croisant les trajectoires d’hommes de pouvoir, de miliciens, de chefs d’État, il passe ainsi un après-midi entier auprès de l’imam Khomeyni à Neauphle-le-Château, qui l’invite à bord de l’avion de son retour triomphal vers Téhéran, le 1er février 1979. Le religieux chiite lui livre alors ses ambitions pour l’Iran, son rejet de l’universalisme occidental, et lui présente des compagnons de lutte dont certains seront ensuite exécutés ou exilés par la révolution islamique.
Mais Une jeunesse levantine est aussi le récit d’un jeune homme en quête de sens. Étudiant à Paris au début des années 1980, il vit une passion amoureuse avec un compagnon juif dont il adopte presque la religion. Un amour qu’il abandonnera brutalement, de retour au Liban, pour fuir vers Jérusalem aux côtés d’un jeune soldat israélien traumatisé par les massacres des camps palestiniens. Pris pour un espion par les Arabes de la ville, il sera finalement exfiltré par le Mossad. Préfacé par le politologue français, spécialiste du monde arabe contemporain et de l’islamisme radical, Gilles Kepel, ce récit initiatique surprend tant les faits et les rencontres relatés donnent le vertige. Mais peut-être est-ce là où mènent les fractures du Moyen-Orient : à des existences en accéléré, où l’intime et le géopolitique se confondent au gré des convulsions d’une région en perpétuelle ébullition.


