De g. à d. : Le ministre de la Culture Ghassan Salamé, le vice-président du Parlement Élias Bou Saab, le Premier ministre Nawaf Salam et le ministre de l’Information Paul Morcos, au consulat libanais aux Émirats arabes unis, le 28 mai 2025. Photo X/@grandserail
Rien ne va plus entre Nawaf Salam et le Hezbollah. Mercredi, le mufti jaafarite Ahmad Kabalan (considéré comme un porte-parole officieux du parti chiite) a déclaré que M. Salam était « devenu Premier ministre grâce au soutien de la révolution iranienne à la résistance (du Hezbollah) ». Cette (nouvelle) pique intervient alors que le chef du gouvernement avait affirmé lundi à Sky News que « l’ère de l’exportation de la révolution iranienne est révolue », ce qui lui a valu de sévères critiques du Hezbollah.
Interrogé, le jour même, par des journalistes sur ces déclarations, le chef du bloc parlementaire du parti, le député Mohammad Raad, avait préféré « ne pas commenter par souci de préserver ce qu’il reste de notre affection » à l’égard du chef du gouvernement. C’est finalement le mufti Kabalan qui a « commenté ». « Au Premier ministre Nawaf Salam, je dis : vous occupez une position paternelle à l’égard du pays, et les prises de position provocatrices ne servent à rien, a-t-il fait valoir. Je rappelle que vous êtes Premier ministre du Liban grâce au soutien de la révolution iranienne à la résistance qui a libéré le pays, restauré l’État et les terres et vaincu Israël. Il serait donc naturel de remercier ceux qui ont soutenu le Liban dans les moments difficiles, au lieu de les condamner. »
M. Salam avait été désigné Premier ministre en janvier 2025. Si les députés du tandem Hezbollah-Amal s’étaient alors abstenus de le nommer, ils ont fini par accorder la confiance à son gouvernement, dans lequel ils sont représentés. « Il n’y a pas d’arme plus légitime que celle qui a libéré le Liban et continue de le protéger », a abondé le mufti, à l’heure où le Premier ministre a parlé de la nécessité de « libérer le Liban de la dualité des armes ». « Du point de vue de la terre, de l’histoire et de la libération, aucune légitimité ne surpasse celle de l’armement de la résistance et de l’armée libanaise. Lorsque le Liban possédera des avions F-35 et des systèmes THAAD, nous pourrons alors discuter de l’armement de la résistance, qui a accompli les miracles les plus complexes pour libérer et protéger le pays », a-t-il ironisé.
Les avions F-35 (Lockheed Martin F-35 Lightning II) et les systèmes de défense antimissile THAAD (Terminal High Altitude Area Defense) sont des équipements militaires sophistiqués fabriqués aux États-Unis et utilisés par Israël. Malgré cette intransigeance vis-à-vis du Premier ministre, le Hezbollah a amorcé un dialogue direct avec le président de la République, Joseph Aoun, sur la question des armes. Histoire de donner l’impression de ménager le général Aoun, qui bénéficie d’un clair soutien international et avec lequel il doit « cohabiter » jusqu’en 2031.
Salam persiste et signe : Taëf prévoit le monopole des armes
De son côté, Nawaf Salam ne lâche rien. S’exprimant devant une délégation de la diaspora libanaise mercredi au consulat libanais aux Émirats arabes unis, il a insisté : « Je rappelle ce que prévoit l’accord de Taëf : la souveraineté de l’État doit s’étendre sur l’ensemble du territoire, les armes doivent être exclusivement entre les mains de l’État et celui-ci doit reprendre son autorité sur les décisions de guerre et de paix. » Mais il a également critiqué l’occupation israélienne persistante de plusieurs zones dans le sud du Liban, affirmant qu’elle « empêche le gouvernement » d’étendre son contrôle dans la zone et de se réapproprier le monopole des armes. L’armée israélienne continue d’occuper, au Liban-Sud, cinq points qu’elle estime « stratégiques », en violation de l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024 qui réclame un retrait israélien complet de la région, où doit se déployer l’armée libanaise avec pour mission de démanteler, avec les forces de l’ONU, les infrastructures du Hezbollah au sud du fleuve Litani. M. Salam a aussi affirmé que son gouvernement « travaille à renforcer la sécurité, avec pour objectif-clé de restaurer et d’étendre la souveraineté de l’État sur l’ensemble de son territoire ».
Le Premier ministre est depuis mardi aux Émirats pour le Sommet arabe des médias 2025, où il s’est entretenu avec des responsables de plusieurs États du Golfe. S’adressant aux émigrés libanais, M. Salam a par ailleurs dit savoir que « la plupart d’entre (eux) sont ici parce que la situation au Liban n’est pas normale depuis des années, en raison des guerres et des crises récurrentes ». « Cependant, votre présence aux Émirats a contribué à soutenir le Liban ces dernières années », a-t-il salué, avant de réitérer sa « détermination ferme à poursuivre le projet de réforme et de souveraineté ». L’objectif principal du gouvernement est de reconstruire l’État et de restaurer la confiance du peuple libanais et des investisseurs, a-t-il souligné dans ce cadre. « Aujourd’hui, le pays a une nouvelle chance », a-t-il lancé, ajoutant que son souci est de « restaurer la confiance » de la diaspora et de tous les Libanais dans l’État. « Nous avons un seul projet : reconstruire l’État. Cela commence par des réformes financières, administratives et politiques. Nous avons déjà commencé à concrétiser certaines de ces réformes, bien que le gouvernement n’ait la confiance du Parlement que depuis trois mois. » Il a dans cette perspective rappelé que son cabinet a déjà pu faire adopter les amendements à la loi sur le secret bancaire, un texte sur l’indépendance de la justice, ainsi qu’un mécanisme pour les nominations administratives. « Beaucoup d’entre vous viendront au Liban dans les semaines et les mois à venir, et vous constaterez certainement un changement clair, notamment sur la route de l’aéroport », s’est satisfait le Premier ministre, plusieurs semaines après le lancement d’un projet de réhabilitation de la route reliant l’Aéroport international de Beyrouth à la capitale.



Trump juge « totalement inacceptable » la réponse de l'Iran pour mettre fin à la guerre
“Je rappelle que vous êtes Premier ministre du Liban grâce au soutien de la révolution iranienne à la résistance qui a libéré le pays, restauré l’État et les terres et vaincu Israël.”… Qui Ca? Quoi Ca? Quand ça? Comment Ca? Mais sur quelle planète vit-il? Je parie que Quand Elon Musk arrivera enfin sur Mars, il trouvera que Kabalan l’y a devançe!
22 h 01, le 29 mai 2025