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Ce que les maires doivent à la nostalgie

Au Liban, on a souvent tendance à confondre le rôle du député avec celui du président de municipalité. Sans doute à cause de la tradition qui fait apparaître, à chaque veille d’élections législatives, des chantiers d’asphaltage sur nos routes éternellement mitées. Un candidat qui a accès à l’asphalte a, dit-on, le bras long. C’est qu’il empiète sur les prérogatives du président de municipalité, équivalent du maire, dont les responsabilités, éminemment civiques, devraient également comprendre la réparation des chaussées. Depuis le municipium romain, la municipalité est ce conseil de gestion et d’administration des villes qui doit faire du mieux qu’il peut, souvent avec le peu qu’il a, pour que sa cité représente à échelle réduite l’idéal d’un pays.

En cette veille d’élections municipales, comme à chaque échéance de ce type, se dévoilent les tragiques inégalités entre villes et régions. Le Liban profond n’est pas le rugissant Beyrouth. Le Sud dévasté n’est pas comparable au reste du pays. Tripoli, deuxième ville par la taille, la démographie et l’importance de son port, demeure marginalisée. Quand on y vient de l’extérieur, c’est à peine si l’on y passe une journée. L’appréhension soulevée par les pègres confessionnelles, l’éventualité d’un attentat ou de la reprise des combats entre sunnites et alaouites, l’abondance de réfugiés, l’extrême pauvreté qui y règne font qu’on ne s’y sent pas en sécurité. Et pourtant… Beauté et amabilité de Tripoli ! Douceur de ses vieilles maisons patriciennes, de sa vaste corniche où le soleil se couche en splendeur, moirant sa foire moderniste et sa franque citadelle de couleurs immémoriales ! Les préjugés qui lui collent à la peau la détachent injustement du reste du pays. À tel point que les stratèges de la partition qui tracent leurs lignes depuis 1975 considèrent sérieusement son annexion par la Syrie – et récemment la Turquie. Tant à faire encore pour rendre à cette ville sa civilité. Qu’un conseil municipal s’y penche, et c’est elle, nettoyée, réaménagée, réanimée, apaisée dans ses polarisations, réconciliée avec elle-même, qui serait le joyau du pays.

A contrario, certains conseils municipaux ont la main lourde sur les réaménagements et améliorations. Ceux-ci, notamment sur le littoral, vont dans le sens d’une gentrification qui prive les habitants de leur accès vital à la mer. On pense notamment à Batroun où les petites plages sauvages sont devenues des complexes balnéaires qui attirent, certes, un tourisme branché, mais dénaturent la ville et la dépossèdent de son essence. Le danger avec les municipalités est bien dans la vision extrême – et parfois la cupidité – de leurs conseils.

On est souvent plus fier d’appartenir à une ville ou un hameau qu’au Liban global. C’est là qu’on est chez soi, parmi les siens et leur accent à lui seul patrimoine, vivant au rythme des rituels, perpétuant des traditions plus profondes que des racines. À n’importe quel Libanais de la diaspora, prononcez seulement le nom de son village et vous êtes son ami, son frère, son cousin pour la vie. Évoquez la hrissé, cette bouillie de blé et de viandes qui pantèle sur un feu de bois allumé sur la place, battue à tour de rôle par tous les membres de la communauté. Dites abboulé, le feu de joie qui marque la fin de l’été, dans lequel chacun jette sa brindille, ou mfatta’a, autre bouillie de riz, de sucre, d’épices et d’eau, haute tradition beyrouthine, et le regard se perd et le cœur fond. Les conseils municipaux ne savent pas ce qu’ils doivent à la nostalgie de leurs administrés. Proches de leurs électeurs, certains ont le talent de répondre aux besoins au-delà des attentes. C’est ainsi que dans les années 80, un maire zélé de Zouk Mikael, ville envahie par de nouveaux habitants fuyant Beyrouth bombardé, avait cru résoudre le problème de la propreté en créant de petites structures en béton poétiquement baptisées « Hôtel des ordures » !

Puissent les nouveaux élus désignés par les urnes ce dimanche traiter leurs villes avec douceur. Arrêter le massacre des arbres et des animaux errants, œuvrer au rapprochement des communautés opposées dans les villages mixtes, entretenir des bibliothèques publiques, favoriser les activités solidaires et l’intégration de l’étranger, la simplicité des architectures, la présence des fleurs, le dégagement de l’horizon. Loin de la politique, leur responsabilité est la plus belle. Elle consiste à créer du bonheur et du lien. C’est dans leurs mairies que se trouvent les ferments de paix.

Au Liban, on a souvent tendance à confondre le rôle du député avec celui du président de municipalité. Sans doute à cause de la tradition qui fait apparaître, à chaque veille d’élections législatives, des chantiers d’asphaltage sur nos routes éternellement mitées. Un candidat qui a accès à l’asphalte a, dit-on, le bras long. C’est qu’il empiète sur les prérogatives du président de municipalité, équivalent du maire, dont les responsabilités, éminemment civiques, devraient également comprendre la réparation des chaussées. Depuis le municipium romain, la municipalité est ce conseil de gestion et d’administration des villes qui doit faire du mieux qu’il peut, souvent avec le peu qu’il a, pour que sa cité représente à échelle réduite l’idéal d’un pays. En cette veille d’élections...
commentaires (3)

Interpellée

Hitti arlette

15 h 01, le 02 mai 2025

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Commentaires (3)

  • Interpellée

    Hitti arlette

    15 h 01, le 02 mai 2025

  • De toutes les constructions illégales qui amochent le littoral du nord au sud, seul Batroun vous a interpellé. Le hasard est bizarre.

    Hitti arlette

    14 h 38, le 02 mai 2025

  • la creativite et l'imaginations mises au service des EDILES. n'est pas la force des libanais , leur resilience aussi ?

    L’acidulé

    09 h 55, le 01 mai 2025

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