Le duo complémentaire Christina Haddad et Marc Reaidy Baz. Photos DR/Montage L'OLJ
Il a un visage d’ange. Elle, une crinière tout feu tout flamme et un sourire à damner un saint. Ensemble, ils forment un duo inattendu, flamboyant, contrasté. Marc Reaidy Baz et Christina Haddad unissent leurs différences sur scène dans Popéra, le 30 avril au Casino du Liban. Un spectacle audacieux à la croisée des styles et des sensibilités.
Des univers distincts
Ces deux-là ne viennent pas du même monde. Christina Haddad a fait ses armes dans les piano-bars les plus réputés de Beyrouth, où elle a appris à capter, hypnotiser, embarquer un public aussi éclectique qu’exigeant. Elle s’est rapidement construit un solide parcours de scène, dans la musique de variétés, avant d’exporter son talent bien au-delà des frontières, en Jordanie, en Égypte, aux Émirats arabes unis, aux États-Unis... Partout où elle passe, elle allume un feu. Connue pour sa puissance vocale et son énergie scénique magnétique, elle fait voler en éclats les barrières entre les genres. Christina Haddad navigue avec aisance entre pop, jazz, variété internationale, crossover classique et théâtre musical. Showgirl par excellence, elle ose l’extravagance sans jamais sacrifier l’émotion.
Face à elle, Marc Reaidy Baz, ténor libanais à la voix d’or, semble tout droit sorti d’un autre univers. Il est issu d’une école classique, celle de l’opéra avec un grand O. Mais ce serait une erreur de le réduire à ce cadre-là : ce passionné de bel canto s’est spécialisé dans le crossover vers la pop, une sorte d’opéra moderne, plus ouvert, plus accessible, sans jamais renier l’exigence du chant lyrique. Il mène d’ailleurs, depuis plus de deux décennies, une double vie avec une assiduité déconcertante : artiste sur scène, directeur financier dans une holding libanaise depuis plus de trente ans. Rigoureux, structuré, passionné — un homme d’équilibre entre la scène et les chiffres. Son répertoire est vaste et multilingue ; il chante en italien, en français, en russe, en turc, en polonais. Coach vocal, comédien à l’occasion, il s’engage aussi pour des causes humanitaires — notamment auprès de The Neonate Fund et du Centre du cancer pour les enfants du Liban — et collectionne les distinctions.
Unis par leurs différences
Alors, qu’est-ce qui réunit ces deux artistes ? « Nos contradictions », répond simplement Marc Reaidy Baz. Ils ne partagent pas un genre musical, ni une approche de la scène, ni un style vocal. Mais c’est justement cette différence qui les attire l’un vers l’autre. Ce n’est pas leur première collaboration, mais c’est bien la première fois qu’ils conçoivent ensemble un spectacle formel pensé comme un tout.
Dans Popéra, ils ont voulu créer une véritable synergie théâtrale, avec douze musiciens sur scène — percussions, violons, piano, violoncelle, guitares et basses. Tous des artistes locaux, triés sur le volet et formés spécialement pour ce projet, à l’exception d’une partie acoustique portée par une pianiste russe. Les arrangements, eux, sont entièrement inédits, signés Simon Tarabay, qui dirige également la formation. « L’idée, c’est de jouer avec des morceaux que tout le monde connaît, de leur offrir une seconde vie », explique Marc Reaidy Baz. Car Popéra, comme son nom l’indique, n’est pas élitiste. Il ne s’adresse pas à un public de niche. C’est un spectacle populaire dans le sens le plus noble du terme : accessible, généreux et ouvert.
Côté programme, les deux artistes — tous deux polyglottes — ont puisé dans des répertoires espagnol, arabe, italien, turc et russe, mais aussi dans les musiques de films. « Nous allons proposer un répertoire très différent, mais toujours lisible. On ne va pas mélanger Céline Dion à Bocelli, on va transformer les titres, en changer les arrangements, les voix, créer des solos, des duos », détaille Marc Reaidy Baz. Christina Haddad, elle, est dans la variété pure, dans le show, dans l’instant. Lui se veut plus classique, plus sobre. Deux écoles, deux tempéraments et une même exigence.
Mais Popéra ne sera pas qu’un simple concert. C’est un spectacle dramatique musical, avec des passages chantés, bien sûr, mais aussi des moments parlés, racontés. Des transitions travaillées, des univers qui s’entrechoquent. « Il y aura des nuances, des contrastes, de la légèreté, mais aussi des respirations plus sombres. Dans nos échanges, quand je reprends le micro, c’est pour exprimer une note plus mélancolique, plus compliquée peut-être », indique-t-il.
Popéra, est un projet sans sponsors — ce qui est rare et courageux —, produit par Music Saga et Neo Vision Plus. Un projet qui mise tout sur l’artistique. Juste deux artistes sincères, engagés, qui croient fermement que la scène peut émouvoir, faire vibrer, surprendre.
Le spectacle se déroulera dans le cadre d’un dîner assis, mais les organisateurs ont pensé à tout : une option « boisson uniquement » est disponible, avec des billets allant de 45 à 120 dollars. De quoi ouvrir les portes du Casino du Liban à un public plus large.
*Popéra, le 30 avril à 20h30 au Casino du Liban, Salle des Ambassadeurs
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