Des Palestiniens transportent des marchandises et des effets personnels sur la route côtière el-Rashid, reliant le nord de Gaza à Nusseirat, dans la partie centrale de l'enclave palestinienne, le 4 avril 2025. Photo AFP/ Eyad Baba.
Une déclaration publiée lundi par les journalistes gazaouis Hind Khoudary, Mezher Jeebat et Ahmed Bassiouni, dénonçant certaines pratiques médiatiques au sein de la bande de Gaza, a suscité un vif débat avant d’être retirée. Les signataires y critiquaient ce qu’ils qualifient de « mise en spectacle des images des martyrs » et de « violation de la vie privée des familles », accusant certains confrères de « privilégier l’engagement sur les réseaux sociaux au détriment de la dignité humaine ».
« L’agression récente contre la bande de Gaza est devenue un scoop journalistique qui dépasse notre récit palestinien. Les photos de martyrs ne sont pas un scoop ! », affirmaient-ils dans ce texte publié sur les réseaux sociaux.
Les journalistes y rapportaient notamment que « des Palestiniens avaient entravé les opérations de la Défense civile et des équipes médicales pour filmer ou photographier les blessés et les corps dans les zones ciblées » avant même leur prise en charge. « Tout cela a été fait dans le but de prendre des photos et d’enregistrer des vidéos en tant que scoop journalistique ou de les publier sur les réseaux sociaux, écrivaient-ils. C’est un vrai problème que les Gazaouis doivent reconnaître, et il faut laisser les équipes médicales faire leur travail, car notre sang ne se réduit pas à des algorithmes ».
La déclaration a été publiée peu après une frappe israélienne qui a visé une tente de journalistes dans le sud de Gaza, dans l’enceinte de l’hôpital Nasser à Khan Younès. Deux journalistes palestiniens ont été tués et huit autres blessés, certains grièvement, selon des sources médicales et le syndicat local des journalistes. Parmi eux, Ahmad Mansour, grièvement brûlé lors de l’attaque, est décédé mardi. Des images montrant le journaliste en flammes, ont largement circulé sur les réseaux sociaux.
La publication a divisé la communauté journalistique locale. Certains ont salué le courage de ses auteurs, d’autres l’ont jugée trop sévère. Le journaliste Hani Abou Rizk a notamment réagi : « L’événement a eu lieu et il est terminé, et il est juste d’apprendre de ses erreurs. Il y a eu des comportements inappropriés, c’est vrai. Mais en parallèle, il y a aussi eu du courage de la part de plusieurs collègues qui ont éteint les flammes et sauvé des vies. Celui qui reçoit un missile à côté de lui perd le contrôle, perd la tête, et ne sait plus comment agir ». « À la fin, nous sommes dans une guerre d’extermination, et ce n’est pas la faute d’une ou deux personnes si la situation entière semble compromise. Concentrons-nous sur le crime, et dénonçons l’occupation et ses actions contre nos collègues. », a-t-il conclu. La publication a depuis été retirée.


