Dans d’autres pays, les cours commencent avec une sonnerie. Au Liban, en 2024, ils débutent avec une prière silencieuse pour que le ciel reste calme. Ici, apprendre n’est pas facile. Étudier, c’est presque un acte de courage. Rêver d’un avenir meilleur, c’est aller à contre-
courant de la réalité.
Cette année, la guerre n’était plus une menace lointaine. Elle était partout. Les drones volaient au-dessus de nos têtes jour et nuit, les explosions faisaient trembler les murs et les alertes nous rappelaient constamment que nos maisons, nos écoles, nos vies n’étaient jamais entièrement à l’abri.
Dans ce chaos, pourtant, les élèves libanais continuaient de se battre. Pas seulement pour assimiler leurs leçons, mais pour préserver un fragment d’espoir. Comment fait-on pour étudier sous les bombes ? Comment garde-t-on foi en l’avenir quand il semble s’effacer à chaque nouvelle détonation ?
Au début, nous essayions tous de maintenir une illusion de normalité. Les professeurs affirmaient que les cours pourraient continuer en ligne, mais la guerre avait tout compliqué. Beaucoup d’entre nous n’étaient même pas chez eux : nous étions hébergés chez des proches ou avions fui nos villages d’origine. Dans ces conditions, suivre un cours devenait un défi logistique.
Les débats autour du retour à l’école en présentiel n’ont pas tardé à émerger. Était-il encore possible de garantir un semblant de sécurité dans les établissements scolaires ?
Certains pensaient qu’un retour en classe serait un acte de défi face à la guerre. D’autres, terrorisés par les bombardements, jugeaient cette idée irresponsable.
Étudier en ligne, c’était une lutte contre une réalité chaotique. Les coupures d’électricité étaient incessantes, la connexion était instable, et nous ressentions toujours cette tension qui pesait sur nos épaules. Lire un texte ou rédiger une réponse tout en gardant l’œil sur son téléphone, prêt à fuir au moindre danger.
Parfois, au milieu de cette réalité chaotique, certains moments nous rappelaient ceux vécus lors de la pandémie de 2020. Suivre un cours en pyjama, grignoter discrètement devant l’écran, ou encore ces longues pauses après une question du professeur… Ces petites scènes, bien qu’étranges, nous rappelaient que, malgré tout, nous étions toujours là, à étudier, comme nous l’avions fait pendant le confinement.
Au Liban, nous avons appris à nous battre au quotidien. Nous avons appris à rêver même quand tout semblait perdu. Nous sommes devenus une génération qui sait étudier sous les bombes et trouver la lumière dans les ténèbres.
Personne ne sait ce que l’avenir nous réserve. Mais une chose est sûre : si le Liban se relève un jour, ce sera grâce à nous. Parce que nous avons refusé de laisser la guerre nous voler nos rêves. Parce que, malgré tout, nous avons continué à espérer.
Ibtissam DOUGHAN
Maya CHÉHAB
Bana SALAHEDDINE
Élèves de première au Lycée Makassed Khadija el-Kobra
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