Le dissident et poète égyptien Abdel-Rahmane Youssef Qaradaoui lors d'une manifestation à Istanbul, le 5 octobre 2018. Photo OZAN KOSE / AFP
Le procureur général près la Cour de cassation, Jamal Hajjar, a ordonné l’arrestation du dissident et poète égyptien Abdel-Rahmane Youssef Qaradaoui, détenu par les autorités libanaises depuis le 28 décembre. Il a également adressé deux notes aux Émirats arabes unis et à l’Égypte pour les informer de cette arrestation et leur demander de transmettre les requêtes d’extradition correspondantes.
Plus tôt aujourd'hui, une source judiciaire de haut rang avait indiqué à L'Orient-Le Jour que Abdel-Rahmane Youssef Qaradaoui devait être interrogé par la justice libanaise. Selon la source judiciaire contactée, M. Qaradaoui « a été arrêté et détenu au passage frontalier de Masnaa » alors qu'il revenait de Syrie, samedi.
L'arrestation de M. Qaradaoui, qui est le fils de Youssef Qaradaoui, leader spirituel des Frères musulmans décédé en 2022, a provoqué une vive indignation au Liban et à l'étranger, entraînant une manifestation à Beyrouth et le lancement d'une pétition en ligne réclamant sa libération.
La Sûreté générale devait initialement le transférer à Beyrouth dans la journée pour un interrogatoire au bureau du procureur général. Avant l'interrogatoire, des manifestants s'étaient rassemblés devant le palais de justice de Beyrouth, réclamant la libération immédiate du dissident, a rapporté l'Agence nationale d'Information (Ani, officielle) lundi.
Un passeport turc
Contrairement à ce qui avait été annoncé par la presse libanaise, l'arrestation de cet opposant n'est pas lié à l'émission d'une « notice rouge », un avis de recherche d'Interpol adressé aux forces de l'ordre du monde entier. Aucun avis n'a été publié au nom de Abdel-Rahmane Qaradaoui sur le site de l'organisation internationale.
Abdel-Rahmane Qaradaoui était entré au Liban avec un passeport turc. Selon les médias égyptiens, il est accusé d'incitation aux troubles politiques et de diffusion de fausses informations, des accusations que beaucoup considèrent comme politiquement motivées. Ces accusations sont liées à une série de condamnations, notamment une peine de trois ans pour prétendue diffusion de fausses informations et une autre de trois ans pour outrage à la justice, a rapporté l'Ani. Il est accusé d'avoir prétendument « incité à des troubles politiques. »
Ces accusations découlent de ses critiques virulentes envers les dirigeants égyptiens, en particulier depuis le coup d'État militaire de 2013 qui a renversé l'ancien président Mohammad Morsi, issu de la mouvance des Frères musulmans.
Ces derniers, une organisation déclarée terroriste par le gouvernement égyptien après la destitution de M. Morsi, sont au cœur des répressions du régime. Ce sont notamment ces répressions que M. Qaradaoui dénonce dans ses prises de position contre le pouvoir égyptien.
Alors que les appels à sa libération se multiplient, une pétition a commencé à circuler ces deux derniers jours, réclamant notamment l'arrêt des « pratiques de répression transfrontalière. » Son texte condamne l'implication présumée du gouvernement libanais dans sa détention, qu'elle qualifie de « violation manifeste des obligations internationales en matière de droits de l'homme. » Elle appelle le Liban à « honorer ses engagements en vertu des conventions internationales, en particulier la Convention contre la torture. »
Des milliers d'opposants au président égyptien Abdel Fattah el-Sissi ont été emprisonnés depuis le début de son règne.



Bravo au gouvernement libanais
19 h 22, le 30 décembre 2024