Le chef du courant des Marada Sleiman Frangié s’exprimant au palais présidentiel de Baabda, le 11 janvier 2022. Photo d’archives Dalati et Nohra
Après avoir perdu son principal partenaire depuis 2006, le Courant patriotique libre, le Hezbollah est-il en train de perdre tous ses alliés chrétiens ? La question se pose suite aux dernières positions, déclarées ou non, du chef du courant des Marada, Sleimane Frangié. Depuis le début de la course présidentielle, Frangié avait en effet été choisi par le tandem chiite comme son candidat privilégié et ce dernier semblait décidé à faire tout son possible pour que le zaïm zghortiote puisse devenir président de la République. À douze jours de la séance électorale prévue le 9 janvier, les chances de Frangié semblent toutefois très limitées, pour ne pas dire inexistantes, et l’incapacité du tandem chiite à faire arriver son candidat est de plus en plus évidente. Frangié paie en quelque sorte le prix de l’appui du Hezbollah à sa candidature, alors que jusqu’à récemment, un tel appui était son principal élément de force. Qu’est-ce qui a changé pour que ce qui a été longtemps considéré comme un atout (en 2016, le général Michel Aoun avait été élu pour diverses raisons mais son principal et plus ancien soutien était le Hezbollah) devienne un handicap ?
Il est encore difficile de répondre avec certitude. Mais ce qui est sûr, c’est qu’à partir de 2005, suite au retrait des troupes syriennes du Liban et à sa décision de s’impliquer de façon plus significative dans les dossiers internes libanais, le Hezbollah a sciemment adopté la stratégie de se rapprocher autant que possible des composantes chrétiennes. Il estimait à ce moment-là en avoir besoin puisque ses responsabilités sur la scène interne étaient en train d’augmenter et qu’avec l’assassinat – imputé à Damas – de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005, il était en train de perdre le soutien des sunnites. Il avait donc plus que jamais besoin de celui des chrétiens. Pour le Hezbollah, les chrétiens du Liban ont un certain point sur la scène occidentale, notamment en Europe, qui pourrait lui être utile. C’est à ce moment précis que Michel Aoun, alors président du bloc du Changement et de la Réforme, a pris l’initiative d’ouvrir un dialogue avec le parti chiite, qui a été couronné, quelques mois plus tard, par « l’entente de Mar Mikhaël » en février 2006. À partir de cette date et jusqu’à l’élection de Aoun à la présidence, les relations entre les deux parties se sont renforcées... jusqu’à ce que les divergences apparaissent sur la gestion du pouvoir du nouveau président. Mais c’est surtout avec l’approche de la fin du mandat de Aoun et l’appui du Hezbollah à la candidature de Frangié que « l’entente de Mar Mikhaël » a reçu un coup fort. Dès lors, les deux alliés n’ont cessé de s’éloigner l’un de l’autre, surtout avec la décision du Hezbollah d’ouvrir un front de soutien à Gaza à partir du Liban dès le 8 octobre 2023. Aujourd’hui, selon leurs déclarations, le CPL et le Hezbollah ne sont plus des alliés, mais ils ne sont pas pour autant des adversaires.
Le Hezbollah a donc perdu une couverture chrétienne de poids, mais a essayé de s’en construire une autre via Frangié, mais aussi via des personnalités chrétiennes indépendantes. Il a choisi d’appuyer la candidature de Frangié pour la présidence de la République, se mettant ainsi à dos les autres composantes chrétiennes. Les tiraillements ont duré des mois, mais l’agression israélienne et l’accord qui a été conclu pour l’application de la résolution onusienne 1701 ont affaibli la position du Hezbollah. Ce dernier a été contraint de laisser le principal négociateur, le président de la Chambre Nabih Berry, faire des contacts pour trouver un « candidat d’entente » qui ne constituerait un défi pour aucune partie. Frangié et son camp n’ont pas caché leur déception et ils ont commencé à lancer des rumeurs sur le fait que ce dernier compte se retirer de la course pour appuyer la candidature du chef de l’armée le général Joseph Aoun. La semaine dernière, tout le monde attendait ainsi l’annonce officielle que devait faire à ce sujet le chef des Marada. Mais la grande surprise a été que Frangié n’a pas annoncé son retrait de la course, et par conséquent, il n’a pas parlé de son appui à qui que ce soit. Cette attitude serait dictée par deux considérations. D’une part, Frangié aurait renoncé à sa décision d’annoncer son retrait de la course pour donner une raison au tandem chiite de ne pas soutenir la candidature du général Aoun. Et jusqu’à présent, les deux composantes chiites ne veulent pas donner leur appui au patron de la troupe. D’autre part, Frangié chercherait à obtenir un prix pour son retrait. Selon ses proches, il ne serait plus question pour lui de faire des cadeaux sans contrepartie, d’autant qu’au cours des deux dernières années, il a beaucoup pâti des développements du dossier présidentiel.
Mais quel prix veut Frangié ? Nul ne le sait exactement, mais les regards se dirigent vers les prochaines législatives prévues en principe en mai 2026. Ce dossier est justement un des autres aspects de l’influence du Hezbollah sur la scène chrétienne. De fait, en raison des découpages des circonscriptions et malgré l’adoption de la loi sur un scrutin proportionnel, il y a encore une dizaine de sièges chrétiens qui sont tributaires d’une certaine façon du vote chiite. Au cours des législatives de 2018 et de 2022, le Hezbollah a essayé de distribuer ses voix dans ces circonscriptions de façon à renforcer le bloc du CPL, tout en réservant quelques sièges à des personnalités chrétiennes indépendantes.
Cette fois, Frangié pourrait donc vouloir que son bloc parlementaire (4 députés) soit agrandi. Mais il faudrait encore pour cela que le Hezbollah soit en mesure de distribuer des voix. Or, dans la situation actuelle, et avec les conséquences de la guerre israélienne sur son environnement chiite, le Hezbollah a pour priorité de maintenir, avec le mouvement Amal, son emprise sur les 27 députés de confession chiite du Parlement. S’il lui reste encore des voix, il songerait alors à les donner. Il doit aussi penser aux députés sunnites qui sont dans sa mouvance pour préserver un minimum de couverture sunnite. D’ailleurs, en 2022, le Hezbollah avait préféré donner son surplus de voix dans la circonscription de Baalbeck-Hermel au député sunnite originaire de Ersal, Melhem Hojeiri, plutôt qu’au candidat maronite émile Rahmé, et c’est le candidat des Forces libanaises Antoine Habchi qui a été élu.
Le Hezbollah aura-t-il donc en 2026 la même latitude que lors des précédentes élections pour favoriser ses alliés chrétiens ? La question se pose aujourd’hui avec acuité, sachant que depuis les revers essuyés par « l’axe de la résistance », de moins en moins de personnalités chrétiennes sont en train d’afficher leur soutien au Hezbollah. Ce dernier pourra-t-il donc avoir encore des alliés chrétiens ? D’ici à 2026, beaucoup de choses peuvent encore se passer...


Mme Haddad ne semble avoir remarqué que le Hezbollah appartient au passé. Il faudrait qu’elle se réveille un peu et qu’elle regarde bien la réalité du terrain. Les chiites demeurent nos partenaires dans la nation mais le Hezbollah KHALAS, FINI, KAPUT, FINISHED. L’adoration sans borne ne peut quand même pas paralyser tout le cerveau
15 h 57, le 28 décembre 2024