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Culture - Concert

Théo Fouchenneret, quel flux passionnel !

Le pianiste français a donné, à l'église Saint-Élie de Kantari à Beyrouth, un récital remarquable dans le cadre du festival Beirut Chants.

Théo Fouchenneret, quel flux passionnel !

Le pianiste français Théo Fouchenneret, premier prix du Concours international de Genève en novembre 2018. Photo Beirut Chants

Dix-neuf heures, voici enfin une heure civilisée pour les récitals et les concerts. Dix-neuf heures, c'était l'heure aussi du récital de piano que Théo Fouchenneret allait donner à l'église Saint-Élie de Kantari dans le cadre du festival Beyrouth Chants et en collaboration avec l'Union européenne, avec un programme consacré à Beethoven, Chopin, Fauré et surtout la Fantaisie, opus 17 de Robert Schumann. La dernière fois qu'il a nous été donné d'écouter l'Opus 53, c'était ici à Beyrouth, in illo tempore par Caroline Haffner dont nous gardons un souvenir indélébile. Sonate pour piano numéro 21, opus 53 dédiée au comte Waldstein – ou L’Aurore comme on l'appelle en France – de Beethoven. Dès les premiers battements du premier mouvement, on a compris qu'on avait affaire à un pianiste de grand talent. Il joue ce mouvement avec une grâce sobre malgré quelques hésitations au début.

L'Adagio molto fait de soupirs où le son presque se gagne sur le silence, articulé avec une ferveur murmurée et presque suspendue et d'où il laisse sortir soudain, avec un naturel bouleversant, affirmé et bientôt envolé, le thème du Rondo final. Dans l'articulation de ce thème à la couleur de l'aube grise (Aurore) qu’il lui donne presque poignante, nul n'a fait émerger ces sept notes dans la brume, solennelle et comme tremblante. Premier prix du concours international de Genève, ses affinités avec Chopin semblent évidentes ainsi que ses qualités de solidité et de puissance d'une technique accomplie malgré un piano qui parfois ne répondait pas à ses exigences. Fidélité au texte, clarté des traits, c'est un Chopin raffiné, peut-être un peu scolaire, que nous écoutons.

Sous les voûtes de l'église Saint-Élie de Kantari, un pianiste de grand talent. Photo Beirut Chants

Le meilleur parti est tiré des contrastes d'ombres et de lumières qui structurent cette quatrième ballade. La sonorité demeure toujours belle surtout dans les passages « piano » baignés d'une poésie simple aux accents directs. Jouer Chopin demande une telle personnalité et un ensemble de qualités si difficiles à réunir que rares sont les virtuoses qui parviennent à s'y imposer.

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Et voici enfin la Fantaisie de Schumann.

Cette pièce porte en épigraphe des vers du poète et philosophe allemand Frédérich Schlegel : « Parmi tous les sons qui peuplent le songe terrestre aux couleurs diaprées, court une secrète mélodie douce à l'oreille de qui sait écouter. C'est un cri d'amour, une explosion de lyrisme, le déchirement d'un cœur inassouvi, d'une âme assoiffée d'absolu qui frôle le délire parce qu'elle n'arrive pas à surmonter la souffrance. » Schumann écrit à Clara Wieck en avril 1839 : « Toi seule peux comprendre la Fantaisie en te reportant à ce malheureux été de 1836 où je renonçais à toi. » Fantaisie en trois mouvements jouée d'un bout à l'autre avec passion et dans un climat fantastique avec un accent farouche, c'est l'interprétation que nous en a donné monsieur Fouchenneret.

L'ambassadrice de l'Union européenne Sandra de Waele prononçant un mot de bienvenue avant le récital de Théo Fouchenneret à l'église Saint-Élie de Kantari. Photo Beirut Chants

Un état de grâce poétique où les flambées d'enthousiasme alternent avec des rêveries extasiées. Florestan et Eusebius se passent inlassablement le relais. Musicien merveilleusement doué, son interprétation a de quoi surprendre, avec des instants fragiles et précieux, une des versions les mieux éclairées qu'il nous a été donné d'écouter ces derniers temps. Quel flux passionnel. Souci permanent du détail, impeccable technique, son sens de la construction, son dynamisme ont fait de cette soirée un moment unique avec cet équilibre difficile à obtenir qui nous paraît remarquable. Version bouleversante qui mène au silence et nous livre la réalité derrière les Chants de l'aube.

Dix-neuf heures, voici enfin une heure civilisée pour les récitals et les concerts. Dix-neuf heures, c'était l'heure aussi du récital de piano que Théo Fouchenneret allait donner à l'église Saint-Élie de Kantari dans le cadre du festival Beyrouth Chants et en collaboration avec l'Union européenne, avec un programme consacré à Beethoven, Chopin, Fauré et surtout la Fantaisie, opus 17 de Robert Schumann. La dernière fois qu'il a nous été donné d'écouter l'Opus 53, c'était ici à Beyrouth, in illo tempore par Caroline Haffner dont nous gardons un souvenir indélébile. Sonate pour piano numéro 21, opus 53 dédiée au comte Waldstein – ou L’Aurore comme on l'appelle en France – de Beethoven. Dès les premiers battements du premier mouvement, on a compris qu'on avait affaire à un pianiste de grand talent. Il joue ce...
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