Maestro Toufic Maatouk dirige l’Orchestre libanais et le chœur de l’Université antonine à l’église Saint-Joseph de l’USJ. Photo Ihab Fayad/Beirut Chants Festival
Une atmosphère électrique enveloppait l’église Saint-Joseph, à Monnot, mercredi soir. Sous la nef, des banquettes pleines à craquer de spectateurs pris d’une effervescence expectative. « Après deux mois sous les bombes, ce concert apparaît comme un miracle, une bénédiction ! » souffle à sa voisine une mélomane quinquagénaire qui affirme ne pas rater les concerts du Festival Beirut Chants depuis sa création il y a 17 ans. Pour son coup d’envoi, l’événement musical gratuit a programmé, avec des extraits du Messie de Haendel, la Messe du couronnement (KV 317) de Wolfgang Amadeus Mozart. Cette œuvre liturgique, interprétée par le chœur de l’Université antonine et l’Orchestre libanais, avec la soprano Mira Akiki, la mezzo-soprano Grace Medawar et le baryton-basse Cesar Naassy, était dirigée par Toufic Maatouk.
On a tout de suite été surpris par la sûreté du style que le chef donne à la Sinfonia, d’ouverture du Messie de Handel.
Les airs de la basse-baryton chantés par César Naassy, dont la technique est un peu précaire pour aborder cet air terrifiant, si l’on peut juger uniquement par le récitatif et l'Aria qui suit, But who may abide.
Quant à Mira Akiki avec son aria Rejoice Greatly, elle a bien dominé sa partie vocale, et sa voix est néanmoins fort belle. Le chœur est d'une extrême musicalité à en juger par l’Hallelujah qui semblait être dominé par l'enthousiasme et la fluidité mélodieuse.
Mais ce n’est qu’un jugement partiel quand on n’a que de rares extraits. Quant à la Messe du couronnement de Mozart, les choses changent. Par-delà le souffle qui l’anime, le chef a imposé dès le début une religiosité faite d'affirmation péremptoire, certes, mais authentique.
Son interprétation de la Messe bénéficie d'une « couleur locale », ce qui a rendu le résultat sonore curieux. Mais c'était beau. Le ténor Béchara Moufarrej a fort bien chanté tout ce qui lui revient. La voix n'est pas d'une exceptionnelle beauté, mais le style est sûr et on n'a trouvé aucune faute de goût, ce qui valait aussi pour les autres solistes.
Les pancartes brandies à la fin par le chœur « We want peace », « Donnez-nous la paix. » Photo Ihab Fayad/Beirut Chants Festival
La direction du père Maatouk était vive, aérée, très dynamique, un peu trop peut-être. Sa conception de l'œuvre se rapproche par la jeunesse, l'éclat et son sens inné des volumes sonores et des équilibres orchestre/chœur, toujours amplifiés par un système sonore parfois nuisible.
Ce n'est plus la grandeur qui a dominé mais la fluidité mélodieuse des voix, du chœur et de l'orchestre. Une mention particulière pour le hautbois solo – Étienne Kupélian – dans l’Agnus Dei qui a été maintes fois comparé au Dove Sono de la comtesse dans les Noces de Figaro. Et jamais la Dona nobis pacem n’aura résonné à nos oreilles de cette façon si intense et si émotionnelle par ces temps troubles que nous traversons. Nous en avons bien besoin, surtout avec les pancartes brandies à la fin par le chœur « We want peace », « Donnez-nous la paix. » Et un Adeste Fideles clôturait ce concert inaugural.
Sous la nef de l'église Saint-Joseph de l'USJ, des banquettes pleines à craquer de spectateurs mélomanes. Photo Ihab Fayad/Beirut Chants Festival
Cette année encore, Beirut Chants propose un calendrier riche et diversifié, des expériences musicales variées pour satisfaire tous les goûts, à travers dix-neuf concerts, disséminés entre Monnot, Gemmayzé, Zouk Mosbeh, Sin el-Fil, Kantari, Sursock et Balamand. La clôture aura lieu le 23 décembre, avec un hommage au compositeur italien Giacomo Puccini pour le centenaire de sa mort, en collaboration avec l’Institut culturel italien. Béchara Moufarrej, accompagné du chœur et de l’orchestre de l’Université Notre-Dame, interprétera des chefs-d’œuvre sous la direction du père Khalil Rahmé à l’église Saint-Maron, Gemmayzé, à 19h. Entre le coup d’envoi et la finale, autant de rendez-vous où la musique efface le bruit des bombes qui tonnent et devient le langage universel de la persévérance et de l’espoir.


