Le modèle Samba d'Adidas en version léopard. Capture d'écran
Si les premiers humains se drapaient de peaux d’animaux, il faut croire qu’ils distinguaient déjà peau et peau. Se draper de la peau d’un prédateur vous donnait une autre gueule qu’une pelisse de chèvre ou de lapin. Dans l’Antiquité, drapé d’une peau de fauve, un homme devenait intimidant, comme si le lion ou le tigre écorché jeté sur ses épaules ou entourant sa taille lui conférait une force surhumaine et un statut héroïque, mais surtout un degré supérieur sur l’échelle sociale. Acquises au prix de féroces combats contre les bêtes, ces peaux étaient déjà des trophées rares que certains déposaient aux pieds des femmes comme autant de déclarations d’amour, sinon d’affirmation de leur propre valeur. Les Amazones elles-mêmes se vêtaient de peaux de grands fauves, symboles de leur pouvoir, de leur domination et de leur lien avec les forces de la nature.
La civilisation faisant son chemin, la peau de fauve, jamais totalement éclipsée, réduit sa voilure au profit des tissages raffinés de soie ou de lin. Ce sont les grands empires coloniaux qui remettent le fauve à la mode, ramenant des confins de la terre vers le continent européen ces écorchés redoutables qui finissaient le plus souvent en tapis, tête comprise, gueule ouverte, savant mélange de tannage et de taxidermie. Leur présence dans un bureau couramment décoré de fusils de chasse et d’accessoires en ivoire racontait la rupture de l’homme avec la nature qu’il prétendait déjà dominer.
Il faut attendre l’après-guerre et ces années 1950 où Christian Dior, maître des sophistications, invente la version civilisée de la peau sauvage sous forme d’imprimé. Ouvrant solennellement la jungle urbaine, il lance une collection « Jungle » où le léopard devient une élégante seconde peau, un motif raffiné et sensuel. Plus besoin d’avoir du sang sur les épaules pour dominer la faune des villes, on peut désormais flirter avec le danger en sirotant un Martini sur la terrasse d’un café. La piste ainsi tracée va très vite devenir un boulevard. L’imprimé fauve clignote dans toutes les directions. Il permet d’être vu, admiré ou craint et son pouvoir transformateur est indéniable. Dès lors, pas un créateur qui ne propose le sien, le plus souvent calqué sur l’original, avec des variantes de zèbre ou de plumages exotiques. On le retrouve à la fois chez Dolce&Gabbana, le duo puisant son inspiration aux traditions siciliennes, mais aussi chez Yves Saint Laurent qui adorait provoquer avec élégance, ou Roberto Cavalli qui n’a pas son pareil pour faire feuler dans ses défilés. L’imprimé était finalement la meilleure contribution de la mode à la protection des grands fauves dont elle est largement coupable de l’extinction, en même temps que les safaris et la décoration douteuse qui en résulte.
Imprimé signature « Léopard » de Rabih Kayrouz, manteau de la collection automne-hiver 2025. Photo Rabih Kayrouz
Une aussi longue tradition de prestige liée aux taches et rayures des fauves ne peut pas disparaître. Elle est si inconsciemment et intimement liée aux codes de séduction, posant au premier coup d’œil le rapport de supériorité, que l’imprimé qui en découle demeure une constante dans tous les tableaux de tendances de toutes saisons. Pour autant, l’imprimé fauve n’est pas au goût de tout le monde. À la fois audacieux et répliqué à l’infini, il passe tantôt pour quelconque et tantôt pour vulgaire. Contrairement à la jungle où il sert de camouflage, en ville il est porté pour être vu. La discrétion faisant partie des codes de l’élégance, il suffit d’arborer le fauve par petites touches pour en véhiculer le message. Adidas l’a compris, qui lance cette saison un modèle Samba en version léopard. Le plus subtil est sans doute Rabih Kayrouz qui a littéralement inventé le sien, un tacheté à la croisée d’une créature chimérique et d’un carton à dessins.



Étonnement pour l orient cet article a l air d’une réclame pour Keyrouz et Adidas . Par contre porté du fauve n à rien de vulgaire sauf si on est vulgaire soit même
12 h 50, le 01 décembre 2024