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Culture - Festival

Les Musicales (libanaises) d’automne à Paris, entre traditions, résonances et créations

Sur trois dimanches, Les Musicales du Liban à Paris proposent actuellement des concerts de musique classique qui font résonner des œuvres occidentales et orientales, avec une programmation ambitieuse de haute volée, à la cathédrale Notre-Dame, rue d’Ulm.

Les Musicales (libanaises) d’automne à Paris, entre traditions, résonances et créations

Georges Daccache au piano, accompagnant le chœur du Festival des Musicales du Liban, fondé cette année et dirigé par Fadi Khalil, ainsi que la soprano Marie-Josée Matar pour le concert du 17 novembre à la cathédrale Notre-Dame de la rue d’Ulm à Paris. Photo fournie par Les Musicales du Liban

L’engagement de Zeina Saleh Kayali pour la musique libanaise d’hier et d’aujourd’hui se joue sur plusieurs fronts. Dans ses livres, mais aussi au sein de la résidence musicale Beit Tabaris à Beyrouth, où ont été organisées en octobre deux master class proposées par Joe Lteif autour de la musique de Puccini, dont le centenaire de la mort est commémoré cette année. En décembre, d’autres conférences sont déjà prévues, dont celle d’Étienne Kupélian, sur Boghos Gélalian. Le 17 novembre a été lancée la 6e édition d’automne des Musicales du Liban, festival qu’elle a fondé avec le pianiste Georges Daccache en 2019. « Le festival tend à faire connaître la musique savante libanaise, tout en la faisant dialoguer avec de la musique occidentale. Néanmoins, pour notre premier concert, nous avons décidé de rendre hommage au poète Saïd Akl, décédé il y a 10 ans. Pour l’occasion fut interprétée une cantate dont il a écrit le livret, intitulée Fakhreddine, mise en musique par le compositeur Iyad Kanaan. Les autres pièces musicales de ce concert étaient toutes liées à un texte du poète, dont la moitié de l’œuvre littéraire n’a pas encore été diffusée», précise l’experte musicale.

Pour ce premier concert, Georges Daccache était au piano, accompagnant le chœur du festival, fondé cette année et dirigé par Fadi Khalil, ainsi que la soprano Marie-Josée Matar. Arrivée en France il y a 10 ans avec le soutien de la cantatrice Mihaela Mingheras, la jeune femme a été très émue d’interpréter une œuvre sur une figure patrimoniale importante de l’histoire libanaise. « Saïd Akl évoque les grandes étapes de la vie de Fakhreddine, les guerres, l’exil après la défaite, le retour, par de beaux effets de contrastes. Iyad Kanaan incarne ces images par sa musique. Je suis heureuse d’avoir participé à la première française de cette œuvre, avec le chœur du festival », lance la cantatrice. Venue en France pour travailler le répertoire musical occidental, elle apprécie de pouvoir travailler des pièces arabophones. « Si le travail vocal technique est le même dans toutes les langues, la prononciation de certaines lettres arabes sont plus difficiles à chanter, notamment les consonnes gutturales. Le travail consiste à ne pas trop déformer la langue. Après mes concerts, je suis fière lorsque le public vient me dire qu’il a beaucoup apprécié le chant lyrique arabe », poursuit la musicienne . « Nous avons également interprété le cycle de Wajdi Abou Diab, créé pour le festival, une mélodie de Wadih Sabra, sur un texte de Saïd Akl, et une œuvre de la compositrice Rita Ghosn, interprétée en France pour la première fois », ajoute-t-elle.

Pour mémoire

Dans le « laboratoire » de Gabriel Yared à Beit Tabaris

Rita Ghosn a appris la musique au Trinity College of Music de Londres. « J’improvisais naturellement au piano avant et après les leçons, et j’ai eu la chance d’être encouragée dans cette voie par mes parents. Très tôt j’ai nourri le rêve, en plus de devenir concertiste, de composer et d’interpréter au piano mes futures œuvres orchestrales », explique la compositrice. Son langage musical semble avoir évolué au fil du temps. « En 1988, pour mes œuvres de jeunesse aux États-Unis, on a qualifié mon univers musical de classique, romantique avec des résonances méditerranéennes, des influences harmoniques de l’École française. Dix ans plus tard, à Paris pour les sonnets de Louise Labé que j’ai mis en musique, le compositeur Pierre Petit parle d’un langage musical qui ne suit aucune mode, qui n’obéit à aucun parti pris, il parle aussi d’un certain lyrisme authentiquement féminin, et je me reconnais assez dans cette perception », constate-t-elle. Le 17 novembre, c’est le poème Nuit qui a été interprété. « J’ai composé ce poème musical pour le concours de l’École normale de musique de Paris en 1983, j’avais choisi de mettre en musique un texte de Saïd Akl en français, c’est une œuvre pour soprano et piano. Ce poème musical m’a valu un prix de composition cette année-là ; j’avais eu le privilège de le faire écouter à Saïd Akl qui y avait été très sensible. Quelques années plus tard, je l’ai transcrit à la demande de la grande mezzo Viorica Cortez en l’adaptant à son registre et en créant une version pour voix et orchestre. Elle l’a interprétée en création mondiale aux côtés d’autres œuvres vocales et orchestrales de ma composition en 1988, à Denver aux États Unis. Pour ce festival à Paris, j’ai beaucoup apprécié cette belle incitative de Zeina Saleh Kayali, la profondeur lyrique de Marie-Josée Matar et la grande sensibilité musicale de Georges Daccache », conclut la musicienne.

Sonate norvégienne, danse levantine et tradition syriaque

« Le 24 novembre, la programmation sera interprétée par les deux frères Khalifé, Sary au violoncelle, Ayad au piano. Ils vont proposer des sonates d’Edward Grieg, de Boghos Gélalian, Toufic el-Bacha, et une de leurs compositions, qui est une création mondiale ! » annonce fièrement la cofondatrice du festival Les Musicales. « Le violoncelle est un instrument qui m’a toujours attiré par sa profondeur sonore et sa versatilité. Il peut exprimer une grande palette d’émotions, des plus sombres aux plus lumineuses. C’est un instrument qui, par sa tessiture, se rapproche beaucoup de la voix humaine, ce qui me permet de m’exprimer avec une sincérité et une intimité uniques », confie Sary Khalifé. Dans le travail musical conjoint des deux frères, la gémellité semble être un atout. « Travailler ensemble est une expérience naturelle, presque intuitive. Nos sensibilités musicales, bien que distinctes, se complètent parfaitement. En tant que frères jumeaux, il y a une symbiose profonde qui se crée entre nous. Nous partageons cette même écoute attentive, cette envie d’expérimenter, tout en respectant nos rôles respectifs, moi au violoncelle et Ayad au piano. On se comprend au-delà des mots, et cela nous permet d’être très libres dans notre travail », ajoute-t-il. « Quand Sary apporte une ligne mélodique, je vais instinctivement chercher à la compléter ou à la magnifier au piano. Dimanche prochain, nous interpréterons une œuvre de Grieg influencée par le folklore norvégien. Sa structure oscille entre moments dramatiques, lyriques et dansants ; elle reflète à la fois les tensions intérieures de Grieg et son attachement à ses racines norvégiennes. Ensuite, nous tissons des liens avec des compositeurs libanais, notamment avec une sonate brève de Gélalian et une romance de Toufik el-Bacha. Cette diversité fait ressortir l’universalité des émotions », surenchérit Ayad Khalifé.

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Les Musicales du Liban ont commandé une création aux deux frères musiciens. « Nous avons composé Danse levantine, une pièce délicate et enjouée. Le Liban, malgré son histoire mouvementée, est un pays où la musique et la danse ont toujours occupé une place centrale dans la vie sociale. Les festivités, qu’elles soient familiales ou publiques, se déroulent souvent en musique, qui devient un exutoire pour les émotions collectives. Danse levantine incarne cet esprit de fête. Nous avons voulu marquer une rupture avec le côté introspectif de certaines œuvres du programme, pour offrir un moment de légèreté », explique le violoncelliste. « Toutes les œuvres jouées dans le programme émanent de compositeurs qui ont tenté, à leur manière, de faire coexister deux facettes de leur identité artistique : leur amour de la musique folklorique de leur pays, mais aussi un attachement à l’héritage de la musique classique européenne. De la même façon, avec notre pièce, nous avons souhaité faire résonner des éléments de tradition levantine avec une forme musicale plus européenne. Danse levantine conclut ce voyage sur une note joyeuse et pétillante », conclut le pianiste avec entrain.

Le dernier concert de la trilogie aura lieu le 1er décembre et sera centré sur les voix sacrées du Liban. À l’orgue, Georges Daccache accompagnera les cantatrices Lena Farah et Salam Geha. « Les musiciens proposeront des pièces sacrées de la tradition syriaque, ainsi que des œuvres de Boulos el-Achkar, Youssef el-Khoury, Youssef el-Achkar, Louis el-Hage et Khalil Rahmé », annonce enfin Zeina Saleh Kayali. D’année en année, le festival prend de l’ampleur et permet de faire rayonner le patrimoine musical libanais, son exigence artistique et sa diversité.

L’engagement de Zeina Saleh Kayali pour la musique libanaise d’hier et d’aujourd’hui se joue sur plusieurs fronts. Dans ses livres, mais aussi au sein de la résidence musicale Beit Tabaris à Beyrouth, où ont été organisées en octobre deux master class proposées par Joe Lteif autour de la musique de Puccini, dont le centenaire de la mort est commémoré cette année. En décembre, d’autres conférences sont déjà prévues, dont celle d’Étienne Kupélian, sur Boghos Gélalian. Le 17 novembre a été lancée la 6e édition d’automne des Musicales du Liban, festival qu’elle a fondé avec le pianiste Georges Daccache en 2019. « Le festival tend à faire connaître la musique savante libanaise, tout en la faisant dialoguer avec de la musique occidentale. Néanmoins, pour notre premier concert, nous avons décidé de...
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