Au terme d’une valse-hésitation savamment chorégraphiée, l’hirondelle Hochstein a bien fini par se poser hier à Beyrouth. Elle nous a même fait la faveur de gazouillis à consonance nettement optimiste en attendant de s’envoler dans les prochaines heures pour Israël ; mais elle ne s’est pas encore muée en cigogne portant à bout de bec ce bébé impatiemment attendu : un providentiel cessez-le-feu.
Concocté par la diplomatie américaine, cuisant actuellement à feu vif, ce projet prévoit en gros une trêve renouvelable de 60 jours, période durant laquelle l’armée régulière sera déployée au Liban-Sud d’où sera exclue toute présence milicienne, conformément à la résolution 1701 de l’ONU. Parce que la priorité absolue va résolument à l’arrêt de l’hémorragie, le Liban n’était que trop heureux d’y souscrire, tout en émettant des réserves sur certains points mineurs. Comme par magie, a été vite supprimée du texte initial une clause jugée absolument inacceptable, puisqu’elle autorisait Israël à rééditer ses frappes contre le Hezbollah à l’avenir si celui-ci violait son engagement à se retirer avec armes et bagages au-delà du fleuve Litani. S’il a rendu justice à la dignité nationale, ce salutaire coup de gomme n’a en rien entamé toutefois les intentions d’un ennemi habitué, de toute manière, à faire peu de cas de la chose écrite. Le plus important n’est pas le papier, affirmait lundi Benjamin Netanyahu devant la Knesset, mais les opérations systématiques qui pourraient très bien reprendre même après un cessez-le-feu : apparente allusion aux traditionnelles filières d’armement du Hezbollah à travers la frontière syrienne. De tout cela on peut déduire qu’à défaut de voir consigné dans le plan Hochstein ce fameux droit de poursuite dont il a usé et abusé naguère contre la guérilla palestinienne, Israël semble s’être satisfait de discrètes mais solides garanties américaines quant à ses initiatives futures. En somme, et si la guerre de Gaza se poursuit imperturbablement, si la crise des otages piétine elle aussi, Netanyahu peut déjà se targuer d’avoir considérablement amoindri les capacités du Hezbollah et pavé la voie à un retour à ses habitations de la population de Haute Galilée. Toute la question est donc de savoir s’il s’en tiendra là.
Bien plus graves sont cependant pour nous, Libanais, les incertitudes pesant sur le cessez-le-feu, et qui viendraient se greffer sur la plus invraisemblable, la plus absurde des situations de guerre. L’on y voit en effet un État réduit à sa plus simple expression, du fait de la vacance présidentielle, négocier l’arrêt d’un conflit qu’il n’a jamais voulu mais dont le pays tout entier est en train de payer le prix exorbitant en morts et en destructions. Et encore, négocier serait beaucoup trop dire. Car le chef du pouvoir législatif, lui-même allié du Hezbollah, et celui d’un gouvernement de simple expédition des affaires courantes ne font en réalité, pour le moment du moins, que servir de boîte postale entre le médiateur américain et l’initiatrice de cette calamiteuse guerre, la milice. Laquelle, à son tour, se borne à suivre les injonctions de son commanditaire iranien qui, par l’envoi d’une succession de maîtres d’école à Beyrouth, prétend même guider, sinon coiffer carrément, les négociateurs libanais.
Ce cercle on ne peut plus vicieux, il va de soi que seule une stricte application des résolutions onusiennes pourrait entreprendre de le briser. Encore faut-il cependant que soient respectés de toutes les parties les engagements contractés, le moindre incident pouvant se traduire en effet par des tensions internes dont le pays, déjà exsangue, se passerait bien. C’est ce test en tous points décisif qui attend le Hezbollah, une fois refoulé au nord du fleuve Litani, et qui va se retrouver en vase clos, dans un espace sensiblement réduit, avec une écrasante majorité du peuple plus que jamais réfractaire à ses ruineuses aventures. Quelle vocation guerrière et libératrice pourrait-il décemment revendiquer encore ? Quels sacrifices nouveaux reste-t-il en état d’exiger de ses propres foules ? Fallait-il absolument que le gros de son formidable arsenal fût détruit par Israël plutôt que remis de plein gré aux forces légales libanaises ? N’est-il pas grand temps pour la milice de déchanter d’un Iran miné tout autant qu’elle-même par les infiltrations ennemies et résolu à combattre jusqu’au dernier Libanais, Irakien ou Yéménite ?
Il faut bien que tout ce sang libanais versé pour les douteuses causes d’autrui finisse par servir à quelque chose…


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef