Photo de destruction dans la banlieue sud de Beyrouth. Photo Mohammad Yassine/L'OLJ
Les pertes économiques dues à la guerre d'Israël contre le Liban pourraient dépasser vingt milliards de dollars, tandis que le pourcentage de personnes vivant dans l'extrême pauvreté pourrait dépasser les 80 % dans les régions pilonnées, a averti l'Independent Task Force for Lebanon (ITFL), un groupe d’experts libanais, dans son dernier rapport publié le 20 octobre.
Le rapport est basé sur une compilation de données et chiffres recueillis de diverses sources, qui ont ensuite été utilisés par le groupe pour rédiger des recommandations adressées à l'État libanais et aux donateurs internationaux.
Ce groupe, qui fournit des analyses et des recommandations politiques, comprend les économistes Jad Chaaban, Kanj Hamadé, Roland Riachy et Ali Chalak, les chercheurs Joanne Haddad et Karim Safieddine, l’avocat Karim Daher, et les journalistes Ali Nourredine, Rasha Abou Zaki ainsi que notre collègue Mounir Younès.
Un coup dur pour les secteurs économiques clés
Les auteurs reprennent à leur compte l’évaluation des pertes directes subies jusqu'à présent par le cabinet Lebanese Institute for Market Studies (LIMS), qui les estime un à treize milliards de dollars, soit 70 % du PIB de 2023, alors que la poursuite du conflit pourrait potentiellement faire grimper la facture à plus 20 milliards de dollars. Alors que l'activité économique est paralysée dans le Sud et la Békaa, les auteurs s'attendent à ce que les ménages subissent d'importantes pertes de revenus, ce qui accentuerait encore plus la pression sur une économie déjà en lambeaux depuis 2019 – le PIB du Liban étant passé de 54,9 milliards de dollars en 2018 à 17,9 milliards de dollars en 2023 selon les mêmes sources. Début octobre, l'Institut de la finance internationale (IFI) indiquait s’attendre à une diminution de 7 % du PIB pour cette année.
Dans le détail, le texte relève le fait que cette guerre aura des conséquences « marquées et à long terme sur l'activité dans tous les secteurs, notamment dans l'agriculture, le tourisme, l'industrie et la construction ».
Les combats ont par exemple affecté ou détruit environ 50 000 entreprises enregistrées, soit 60 % du total dans le pays. En ce qui concerne le secteur agricole, les auteurs indiquent que « près d’un quart des terres agricoles du pays » ont été détruites, avec des pertes estimées à 2,5 milliards de dollars en juin 2024 selon les autorités.
Le secteur touristique, qui représente 30 % du PIB, « est presque complètement à l’arrêt » et a subi plus de 1,8 milliard de dollars de pertes selon le rapport. Le secteur industriel, quant à lui, pourrait s'être contracté de 50 % entre octobre 2023 et septembre 2024, avec des pertes évaluées à 2 milliards de dollars selon un rapport de The Policy Initiative. Les experts de l’ITFL s'attendent à ce que ce chiffre augmente au fur et à mesure que la guerre se poursuit.
En parallèle, « les dommages matériels causés par les bombardements des bâtiments pourraient atteindre environ un milliard de dollars par mois », ce qui représenterait une enveloppe totale de 5 milliards de dollars de dommages matériels directs en 2024, soit « environ 15 % du PIB », note l’ITFL en se basant sur les chiffres du rapport BMI Fitch de septembre 2024.
Le prix des politiques d'austérité
Les auteurs mettent aussi en évidence le coût élevé de la politique d'austérité menée par le gouvernement, en accord avec la banque centrale, qui a donné la priorité à la stabilisation de la livre libanaise, au contrôle des équilibres monétaires et à l'augmentation des réserves en devises de la BDL. Avec des impôts élevés et des dépenses publiques réduites au strict minimum, la réponse du gouvernement à la crise « a clairement manqué d'efficacité, en particulier en ce qui concerne la satisfaction des besoins de base des personnes déplacées dans les centres d'hébergement », note le rapport.
Sur les 1 200 écoles publiques que compte le pays, 500 ont été transformées en abris collectifs, tandis que 500 autres écoles publiques et 600 écoles privées ont été fermées en raison de la guerre. L'interruption de l'enseignement, qui touche environ 1,5 million d'élèves, devrait entraver le développement du capital humain au Liban à long terme.
Sur un registre social, le rapport estime que plus de 3 millions de personnes (soit 60 % de la population) pourraient basculer dans l'extrême pauvreté si la guerre se poursuit au même rythme, contre 1,6 million de personnes qui vivaient dans l'extrême pauvreté avant la guerre. Selon la Banque mondiale, 44 % de la population totale au Liban vivait sous le seuil de la pauvreté en 2022.
Enfin, les auteurs concluent leur rapport par une série de recommandations. Parmi celles adressées aux autorités libanaises : l'octroi d’allocations de loyer aux familles déplacées pour céder leur place dans les écoles aux élèves ; la modification du budget de l'État de l'année en cours et la révision des recettes prévues de sorte à les aligner sur les priorités actuelles ; et l'utilisation des réserves accrues de la BDL pour augmenter les retraits mensuels des déposants.
S’agissant des donateurs internationaux, les auteurs appellent, entre autres, à modifier la gouvernance et la distribution de l'aide, à orienter les programmes de soutien vers les producteurs locaux et à fournir une assistance technique au gouvernement libanais afin d'améliorer la collecte des impôts pour « couvrir les coûts de la réponse à la crise ».





Une facture à envoyer à l'Iran et à Israël. 50/50.
18 h 17, le 24 octobre 2024