Personne qui compte des billets de 100 000 LL. Joseph Eid/AFP
Cela fait 24 jours que les tirs transfrontaliers entre le Hezbollah et Israël ont pris une tournure sans précédent. Israël pilonne des villages dans le Sud, la Békaa et la banlieue sud de Beyrouth, faisant plus de 2 000 morts et plus d’un million de déplacés. Et pourtant, la livre libanaise, qui s’est stabilisée aux alentours des 89 500 LL/USD après quatre ans de fluctuation et dépréciation massives, tient bon. Cela peut-il durer ?
Dollarisation protectrice
En période d’incertitude – ou de guerre –, les gens se précipitent généralement pour convertir leur argent dans des monnaies jugées plus sûres, à l’instar du dollar. En l’occurrence, au Liban, les individus vendraient leurs livres libanaises pour acheter des dollars, entraînant la dépréciation de cette première. Mais, comme pour la guerre de juillet 2006, cela ne se produit pas actuellement au Liban, mais pour des raisons différentes, résume Layal Mansour, experte en politique monétaire.
En 2006, lorsque la guerre de 33 jours avec Israël a éclaté, la livre était restée stable. Mais à l’époque, le paysage économique était bien différent, avec notamment une parité monétaire à 1 500 LL/USD. Anticipant une ruée vers les dollars, la banque centrale (BDL) est rapidement intervenue pour bloquer les retraits de dollars auprès des distributeurs automatiques pendant tout le conflit. « Cette mesure a été prise pour éviter toute pression sur les réserves de change de la BDL, ce qui aurait conduit à leur épuisement et à une dépréciation de la livre », explique Layal Mansour. Et d’ajouter : « Il est important de noter qu’à l’époque, les gens disposaient de livres qu’ils pouvaient convertir entre les mains. »
Or cela n’est plus le cas aujourd’hui. Compte tenu des faibles volumes de livres en circulation et d’une économie entièrement dollarisée, les règles de l’offre et de la demande ne sont plus valables aujourd’hui, affirme-t-elle. Le gouverneur par intérim de la BDL, Wassim Manssouri, a « asséché les livres existant sur le marché », abonde le conseiller financier et monétaire Ghassan Chammas. Pour stabiliser le taux de change sans épuiser les réserves en devises de la BDL , le gouverneur a appliqué un resserrement de la politique monétaire, faisant passer la masse monétaire en circulation de plus de 80 000 milliards de livres à environ 52 000 milliards de livres aujourd’hui, selon le dernier bilan de la BDL. Quant à ses réserves, elles ont connu une légère baisse au cours de la première quinzaine d’octobre – passant de 10,6 à 10,3 milliards de dollars –, la BDL ayant injecté des devises dans le circuit pour permettre aux banques de payer les montants supplémentaires alloués aux déposants par le biais d’amendements aux circulaires 166 et 158. « C’est une baisse légère et ces réserves servent précisément à ce type d’objectif », commente une source à la BDL.
Parallèlement, la politique budgétaire restrictive du gouvernement s’est traduite par une hausse des impôts et une baisse des dépenses. Depuis le début du mandat de Wassim Manssouri, fin juillet 2023, la BDL a non seulement cessé de financer l’État, mais elle a également joué un rôle dans les politiques budgétaires menées au Liban, en collaboration avec le ministère des Finances. Les dépôts du gouvernement auprès de la BDL ont atteint l’équivalent de 5 milliards de dollars (en livres, dollars et « lollars »), une somme à laquelle l’exécutif ne peut cependant pas immédiatement accéder. Celle-ci est « stérilisée » à la BDL ; « il pourrait s’agir d’un accord entre la banque centrale et le ministère des Finances », expliquait en septembre dernier à L’Orient Today Jean Riachi, PDG d’I&C Bank.
« Depuis environ un an, les gens ne demandent plus de livres parce que tout est tarifé en dollars – y compris les dépenses et les revenus du gouvernement », commente Layal Mansour. « Les dollars circulent donc librement entre les différents agents économiques, dont les employeurs, les employés et les consommateurs », continue-t-elle.
Non seulement les gens détiennent moins de livres aujourd’hui, mais ils ne les convertissent pas en dollars. « C’est pourquoi nous n’avons pas de dépréciation. Le fait que nous utilisions des dollars nous protège en quelque sorte jusqu’à présent », ajoute-t-elle. « Tant que la masse monétaire n’augmente pas et qu’il n’y a pas d’injections drastiques sur le marché, la livre restera stable », souligne de son côté Jean Riachi.
Un retour de la planche à billets ?
« En temps de guerre, la banque centrale peut être amenée à imprimer de l’argent pour couvrir ses dépenses », explique Layal Mansour. Cette somme additionnelle pourrait être dédiée aux personnes déplacées, à la construction de logements temporaires ou à des projets de reconstruction dans la période d’après-guerre. Avant même le début de l’offensive terrestre et de l’intensification des frappes aériennes israéliennes, un débat houleux s’était ainsi déjà engagé au sein de la classe politique sur le coût de la reconstruction et sur la manière dont il devrait être réparti.
Début août, des sources proches du ministère des Finances misaient sur un excédent budgétaire pouvant potentiellement atteindre 1,4 milliard de dollars à la fin de l’année et une enveloppe supplémentaire de plus de 2 milliards de dollars supplémentaires que la BDL pourrait ajouter à ses actifs extérieurs. Un pactole qui a incité certains politiciens à demander l’affectation partielle (ou même totale) de ces fonds à la reconstruction du Sud après la guerre. Quant à la réponse à la crise humanitaire d’urgence provoquée notamment par les déplacements massifs de populations et les victimes civiles des bombardements, si elle est pour l’instant essentiellement couverte par des aides étrangères en devises qui évitent à la BDL d’imprimer davantage de livres, celle-ci pourrait être contrainte d’intervenir en cas de diminution ou interruption de ces aides. « Chaque fois que la banque centrale décide d’augmenter la masse monétaire en imprimant davantage de livres, vous pouvez être sûr qu’une dépréciation s’ensuivra », résume Layal Mansour.
Reste enfin le scénario catastrophe d’un blocus général et prolongé, comme en 2006. Si cette hypothèse semble pour l’instant infirmée, sa concrétisation « pourrait entraîner une pénurie de dollars, car ceux-là sont introduits au Liban en espèces par l’intermédiaire de personnes désignées autorisées à prendre l’avion légalement et à transporter les fonds dans le pays », explique Ghassan Chammas.




Le ministre de la Santé lance une plateforme avec les données du conflit : 380 morts depuis le cessez-le-feu
Hahahaha. Stable ?! Au niveau de quel repere ?!
03 h 08, le 21 octobre 2024