De gauche à droite : Fadi Tabbal et Julia Sabra, le duo de Snakeskin dans un portrait signé Gabriel Ferneini, ainsi que Kid Fourteen, de son vrai nom Khodr Ellaik. Photo DR
Le concert solidaire « Music for Beirut », organisé par l’association SPLNTR, le 19 octobre, à Gand en Belgique, propose une programmation originale et moderne qui met à l’honneur des artistes de la scène électronique libanaise, sous l’impulsion de Firas el-Hallak.
Cinéaste et directeur artistique de l’association SPLNTR, qu’il a cofondée avec quatre autres artistes, el-Hallak organise différents événements musicaux, tout en gardant en tête la période douloureuse que vit sa région d’origine. En novembre 2023, il a invité le groupe libanais Sanam, qui retravaille la musique traditionnelle en rock moderne, pour une levée de fonds dédiée à Gaza. « Pour le concert dédié à Beyrouth, j’ai invité Snakeskin, composé de Julia Sabra, du groupe Postcards, et Fadi Tabbal. Leur musique se rattache à une pop électronique expérimentale et rêveuse. La seconde performance est assurée par Kid Fourteen, de son vrai nom Khodr Ellaik, musicien solo basé à Paris. Il est le fondateur des premiers groupes punk à Beyrouth, Après plusieurs années de travail en groupe, il poursuit ses recherches musicales en solo », explique le directeur artistique, qui sourit en précisant que le style de Kid Fourteen est plus apaisé qu’à ses débuts.
« Kid Fourteen propose une exploration du son et une expérience acoustique, où se croisent l’anglais et l’arabe. Son nouvel album, Heart is a Malady, est très différent des autres, on peut y découvrir des lectures de textes poétiques, comme ceux de Farouk Choucha, Abou el-Kacem Chebbi, Mahmoud Darwich, Badr Shakir al-Sayyab… » poursuit le cinéaste. Les fonds seront reversés à des associations qui distribuent des repas et des produits de première nécessité aux déplacés, à Beyrouth et à Tripoli. « La deuxième ville du Liban est également débordée par l’arrivée des réfugiés et elle reçoit beaucoup moins d’aides que la capitale, nous allons également l’aider », poursuit el-Hallak, qui souligne le nombre déjà important de réservations pour le concert « Music for Beyrouth ».
« Dans nos cœurs et dans nos têtes, nous sommes au Liban »
Snakeskin repose sur un duo basé à Beyrouth, qui propose une version visionnaire de la pop électronique, sous-tendue par des questionnements contemporains. « Notre musique est mobile, elle suit nos sautes d’humeur, nos émotions, elle est parfois inconfortable et parfois lumineuse », précise Julia Sabra, compositrice et chanteuse du trio indépendant Postcards. Son travail avec le musicien et producteur Fadi Tabbal est le résultat d’une amitié solide et d’une collaboration ancienne. Dans l’album They Kept Our Photographs, sorti le 10 octobre, chez London’s Mais Um Records, on est dans le prolongement de l’opus précédent In Parenthesis vol. 1, début 2022, centré sur les explosions au port. « They Kept Our photographs permet de retrouver la dimension céleste de notre paysage sonore, mais s’y ajoute la violence que connaissent aujourd’hui la Palestine et le Liban. Une poésie viscérale nous permet d’explorer la noirceur et la complexité de ce que l’on voit et ce que l’on ressent. On a approfondi nos recherches électroniques et on est plus proches de l’hyperpop », précise la musicienne.
Le public gantois et le public européen pourront bientôt découvrir le nouvel album de Snakeskin. « Nous sommes actuellement en tournée en Europe, nous avons quitté le Liban il y a quelques jours, et c’est difficile. Participer à un concert pour notre pays nous semble un peu absurde, parce que dans nos cœurs et dans nos têtes, nous sommes au Liban. Fadi et moi sommes tous les deux des membres de Tunefork Studios, et on a travaillé avec Beirut Synthetizer Center pour lever des fonds pour les déplacés, à Gand, nous continuons dans ce sens », ajoute la chanteuse.
Khodr Ellaik a tout d’abord été le chanteur et le leader de différents groupes punk rattachés à la contre-culture, Beirut Scum Society et Frainedly Faces. En 2015, il devient Kid Fourteen. « C’est mon surnom de personnage solo, mais c’est au sein des groupes punk que j’ai appris à créer, j’ai découvert comment mener une production, comment l’adapter formellement à mon rythme, mon goût, à ma ligne musicale… Mon style varie selon les albums et même à chaque enregistrement. Cela dépend d’où j’en suis à ce moment précis, en termes d’intérêts musicaux, d’influences ou d’émotions. Jusqu’à présent, j’ai navigué entre la Synth and Noise Pop, le Post Punk, le Dark Wave, la musique expérimentale électronique, l’ambient, ou encore l’exploration du saxophone et du free jazz », explique Ellaik.
« Pour le concert à Gand, je vais proposer des versions abstraites des titres de mon dernier album, Heart is a Malady, ainsi qu’une sélection de chansons d’amour », annonce-t-il. De but en blanc, il s’interroge sur le sens de son engagement en tant qu’artiste dans le contexte libanais actuel. « Penser à ce que ce concert signifie pour le Liban est très lourd pour moi. De mon point de vue, ma performance musicale n’a aucun sens et aucun impact sur les terribles souffrances de ma famille, de mes amis et de tous les gens qui souffrent dans mon pays. Je ne sais pas ce que signifie une levée de fonds associée à un divertissement, c’est certainement discutable sur un plan moral, tout comme pour les levées de fonds du genre “Dancing for Gaza” ou bien “Raving for Peace” », lance-t-il avec conviction. « Force est de constater que dans les pays occidentaux, il y a peu de musiciens prêts à s’engager dans les levées de fonds, même quand ils sont, eux et leurs familles, directement touchés par la crise en question. Et en même temps, le fait de ne pas être rémunéré est problématique pour des musiciens qui viennent de pays dévastés par les crises, car souvent ils ont besoin de ces ressources pour leurs proches et pour eux-mêmes », déplore sobrement Kid Fourteen. Pour novembre, Firas Hallak est en train d’organiser dans l’ancienne capitale du comté de Flandre un festival pluridisciplinaire, Eye on Palestine.
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cofondée avec quatre autres artistes, el-Hallak organise différents
événements musicaux, tout en gardant en tête la période douloureuse que
vit sa région d’origine. En novembre 2023, il a invité le groupe
libanais Sanam, qui retravaille la musique traditionnelle en rock
moderne, pour une levée de fonds dédiée à Gaza. « Pour le concert dédié à
Beyrouth, j’ai invité Snakeskin, composé de Julia Sabra, du groupe
Postcards, et Fadi Tabbal. Leur musique se rattache...




