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Culture

« Mais maintenant, il y a les Postcards... »

Musique

Une musique qui prend résolument racine dans l'indie folk et qui fait résonner un délicieux avant-goût de vacances et de liberté – cette même liberté que les jeunes musiciens prennent sur scène, avec audace et ambition.

04/06/2016

Connaissez-vous ces quatre musiciens ? Ils sont jeunes, ils sont beaux et les notes cristallines de leur musique donnent des envie de conquête : l'Amérique, les grands espaces canadiens, les vastes réserves naturelles...

La voix de Julia Sabra, douce et grave, résonne dans la pièce. La guitare s'allume dans les mains appliquées de Marwan Tohmé. Les premières notes évoquent des souvenirs, réveillent le timbre de voix cristallin de Bon Iver. Sans attendre, le vibrant Pascal Semerdjian nous ramène sur terre, au rythme savamment mené de la batterie. Les doigts de Rany Bechara, le « vieux de la bande », caressent la basse, se balancent de gauche à droite. Nous sommes à la fin de leur tournée, celle qui les a emmenés sur les routes du Liban. Les Postcards sont venus partager ce moment dans l'intimé d'un nouvel espace artistique à Kaslik. Sur le sol, des coussins et des poufs sur lesquels s'allongent quelques amis, heureux de trinquer, et des couples enlacés. L'on se sent en famille. Les lumières diffuses ont des airs d'anniversaire. Elles laissent entrevoir des esquisses aux murs et les visages attentifs du public.

Rapidement, ils invitent le public à battre la mesure sur un fond de guitare acoustique. Les rires fusent dans la salle. Eux reprennent de plus belle : avec légèreté et intensité, ils s'abandonnent à leur musique. À leur public aussi. Les instruments se succèdent les uns après les autres  : une diversité qui traduit les tons de leurs chansons. Le ukulélé, la mandoline, l'harmonica ou le clavier nous entraînent successivement sur des chemins différents, pour atteindre toujours un peu la même destination  : celle qui rassemble, fait sourire les visages et offre des applaudissements. Parfois, quelques paroles, quelques couacs viennent apporter une bonne touche de convivialité entre eux et leurs « invités ». Une simplicité qui leur donne davantage d'authenticité, dissimule à peine l'immense talent de ce jeune groupe. À la fin du concert, les cris fusent  : « Bis bis bis  !  »

 

Deux minigroupes dans un seul
Cette simplicité de la band, on la retrouve à leur table : si vous vous asseyez à côté d'eux, ils vous inviteront à trinquer autour d'une bière, et par n'importe laquelle : la locale, celle produite au Liban. Déjà, les rires fusent. L'histoire qui les a réunis ? Il y en a deux : « deux minigroupes dans le groupes ! ».

L'histoire de famille d'abord : celle de Pascal (le batteur) et Marwan (le guitariste), deux cousins qui, sur les mêmes bancs de l'école, ont commencé à jouer ensemble. « » Nous étions de grands fans de métal. C'est comme ça que nous avons rencontré Rany (le bassiste). » Pendant 5 ans, ils jouent à l'université. « C'était seulement pour la musique, nous n'étions pas vraiment amis. »

Pour les cousins, l'histoire ne s'arrête pas là. Elle s'ouvre sur un coup de foudre musical : « On a cliqué ! » La magie prend autour d'un feu de camps. « On a amené nos instruments et on a joué toute la nuit. » Ils sont déjà loin du métal, dans leur phase Beatles. Sur les tons folks de Mumford and Sons, « la première musique qu'ils trouvent en commun », les cousins découvrent la voix de Julia : « Nous avons aimé sa voix. » Elle se fait l'étincelle des Postcards. Le mariage ? Il sera consommé deux semaines après, lorsque Julia accepte leur proposition : « On veut faire un groupe sérieux et écrire des chansons. » L'idylle ne fait que commencer : des pubs de Beyrouth, ils montent sur scène, sans bassiste. Tout de suite, ils pensent à Rany, le métalleux. « Khallas, il est juste rentré dans la band. »

La musique des quatre compères se nourrit des voyages à travers l'Europe, de leurs différences aussi. Chacun arrive avec son style, ses influences. Ils ont dépassé le indie folk, se définissent un peu plus rock : « Nous sommes dans un état nouveau, musicalement. Nous sommes encore en train de découvrir ce que nous voulons être. »

Ce qui compte, c'est la proximité avec le public et d'être fidèles à ce qu'ils sont, sans prétention. « Nous jouons naturellement. Nous espérons que les gens vont ressentir la même chose : une musique personnelle, parfois difficile à partager. » Et maintenant alors ? Avant tout, ils veulent vivre de leur musique. Leurs répliques fusent, se cognent et se chamaillent, font entendre leurs rêves et leurs aspirations. On aperçoit l'Amérique. Pour Rany, le Sri Lanka. « C'est trop compliqué d'être un artiste au Liban... sauf si tu es une star en arabe et que tu chantes avec des seins ! » Ils éclatent de rire à l'unisson, avant de renchérir, plus sérieux : « Mais maintenant, il y a Postcards. » En 2017, le groupe prévoit de sortir un nouvel album. « Nous voulons prendre notre temps. » Une tournée se profile en septembre/octobre, du côté de l'Italie, de la France, du Portugal...

Des artistes comme on les aime  : une brunette attachante entourée de trois jeunes barbus en tee-shirts, talentueux et accessibles, ouverts à leur public, surtout passionnés de musique. Ils s'y jettent à pleine voix, à pleines mains, à tue-tête, nous font un peu goûter de cet univers qui fait vibrer leurs cordes vocales aussi bien que leurs guitares. « And I will take you somewhere far away, far awaaay... » Surtout, on aime qu'ils soient de Beyrouth  : un pied dans la montagne et le regard tourné vers des horizons nouveaux.

 

Pour mémoire

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