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La bombe C de Netanyahu

Par la furie meurtrière qui l’habite, l’homme fait songer à ces criminels endurcis, auteurs de toutes sortes de méfaits allant du meurtre au vol à main armée en passant par le kidnapping et le racket, et qui courent en liberté en narguant la justice. Rien que pour leurs forfaits passés, de tels personnages sont déjà passibles de peines de prison cumulées pouvant totaliser deux ou trois existences humaines. Ils n’ont, dès lors, aucune bonne raison de prendre leur retraite, ils vont continuer à tuer et voler de plus belle. À Gaza et en Cisjordanie comme au Liban, c’est exactement ce que fait Benjamin Netanyahu.

Pour châtier le territoire exigu d’où est partie l’opération Déluge d’al-Aqsa, ce sont tous les feux de l’enfer qu’y a déversés le Premier ministre israélien, faisant des dizaines de milliers de morts, pour la plupart des civils. Il ne cesse de faire bombarder hôpitaux et ambulances, bâtiments publics et écoles, habitations et camps de tentes, espérant monter la population de Gaza contre le responsable de ses malheurs, le Hamas. Encore plus vicieux est cependant le procédé, tel qu’il est appliqué en ce moment au Liban : tel qu’il se poursuivra sans aucune pitié, a tenu à préciser Netanyahu, alors que nul n’en escomptait de sa part. Car tout à sa chasse au Hezbollah, l’État hébreu n’a pas pour autant épargné la population chiite, considérée comme le vivier du parti pro-iranien. Les Israéliens l’ont délogée en masse de la région frontalière et de la banlieue sud de Beyrouth, la jetant sur les routes, la pourchassant même jusque dans ses lieux d’hébergement sans le moindre souci des victimes collatérales que causait chacun de ses raids ciblant quelque responsable du parti pro-iranien.

Lundi l’ennemi passait à la vitesse supérieure, frappant la localité chrétienne d’Aytou, dans le nord du pays, où avaient trouvé refuge des déplacés. Non content d’élargir spectaculairement l’aire de ses attaques, il pouvait se targuer aussi d’un taux de rendement pour le moins extravagant : 22 personnes réduites en bouillie pour un cadre supérieur de la milice éliminé. Or le Liban pluriel n’est pas le monochrome Gaza, et Israël le sait mieux que quiconque. Ce million et quart de citoyens hébergés un peu partout à la va-vite ont certes eu droit à un magnifique élan de solidarité nationale. Mais le meurtrier harcèlement menace, à la longue, de distiller la peur sur les lieux d’accueil. Laquelle peur risque à son tour d’engendrer le doute, la suspicion, voire la méfiance et la désaffection, dans un pays qui, avant la guerre déjà, supportait le poids d’une masse phénoménale de réfugiés et migrants clandestins syriens. On transpire à l’idée, mais un résident sur trois, ou presque, vit aujourd’hui hors de chez lui sur notre minuscule territoire. Plus terrifiante que tous ses engins de mort est cette bombe à retardement qu’Israël s’ingénie à planter dans la maison libanaise : bombe C comme chaos car porteuse, faut-il craindre, de désordres socio-économiques et sécuritaires : toutes calamités s’ajoutant à la scandaleuse impréparation d’un État failli et à l’aventurisme effréné de la milice.

Hier le Premier ministre sortant promettait un contrôle renforcé à l’aéroport de Beyrouth pour ôter à l’ennemi tout prétexte de viser cette installation proprement vitale ; mais n’était-ce pas là reconnaître que ledit contrôle n’y était jamais suffisant pour exclure les rumeurs persistantes sur les cargaisons d’armes iraniennes destinées à longueur d’années au Hezbollah ? Le Liban officiel n’a-t-il vraiment rien d’autre à faire que d’attendre quelque salvatrice résolution de l’ONU ou alors l’aide humanitaire et sécuritaire pouvant résulter de la conférence internationale qu’organise la France le 24 octobre ? Où en est par ailleurs l’urgence qu’il y a à élire un président de la République ? L’opposition attend-elle donc que les chars israéliens soient arrivés à Tyr, à Saïda, à Damour, à Beyrouth, pour se décider à surmonter ses clivages, pour se constituer en Comité de salut public : pour forcer littéralement, de plein droit, les portes du Parlement cadenassées par son propre président, allié du Hezbollah et lui-même patron de milice ?

Non moins brumeuses sont les dispositions que déclinait hier le cheikh Naïm Kassem, successeur de facto de Hassan Nasrallah. Celui-ci a certes réaffirmé son acceptation d’un cessez-le-feu hors de tout lien avec le conflit de Gaza ; mais en cas de refus israélien, a-t-il averti, c’est une guerre tous azimuts que livrera le Hezbollah.

Reste évidemment à demander si d’asséner des coups de plus en plus durs à l’ennemi, comme érigé en doctrine nouvelle par Kassem, comme commandé par l’Iran, a quelque chance d’enrayer le déferlement de violence dont nous sommes l’objet. Si de faire mal à la brute peut encore atténuer l’immense douleur qui assaille déjà le Liban.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Par la furie meurtrière qui l’habite, l’homme fait songer à ces criminels endurcis, auteurs de toutes sortes de méfaits allant du meurtre au vol à main armée en passant par le kidnapping et le racket, et qui courent en liberté en narguant la justice. Rien que pour leurs forfaits passés, de tels personnages sont déjà passibles de peines de prison cumulées pouvant totaliser deux ou trois existences humaines. Ils n’ont, dès lors, aucune bonne raison de prendre leur retraite, ils vont continuer à tuer et voler de plus belle. À Gaza et en Cisjordanie comme au Liban, c’est exactement ce que fait Benjamin Netanyahu.Pour châtier le territoire exigu d’où est partie l’opération Déluge d’al-Aqsa, ce sont tous les feux de l’enfer qu’y a déversés le Premier ministre israélien, faisant des dizaines de milliers de...