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Culture - Cinéma

Premier Festival du film arabe à Lisbonne, pour briser les stéréotypes

La première édition du Lisbon Arab Film Festival, qui cherche à présenter une face du monde arabe autre que celle monochrome de la violence et des conflits, a reçu un accueil enthousiaste et chaleureux.

Le Festival du film arabe de Lisbonne, organisé par Saoussen Khalif et João Gonçalves, a attiré un public nombreux. Photo DR

À l’heure où l’image du monde arabe est ternie par les violences et conflits qui s’y déroulent et par un public qui se noie dans le tapage visuel et discursif qu’on lui relaie massivement et à répétition, seuls d’autres images et d’autres récits peuvent venir contrer le discours mainstream dominant. Tel est le propos du Festival du film arabe de Lisbonne (du 1er au 5 octobre), qui a révélé la créativité, la poésie et la diversité de cette vaste partie du monde, tout autant que ses réalités sociales et les nombreux défis auxquels il fait face. Soutenu par Culturgest, la fondation de la banque portugaise la Caixa Geral de Depositos, un des grands acteurs de la scène culturelle lisboète, cet événement a vu le jour sur l’impulsion de deux jeunes passionnés : Saoussen Khalifa, Franco-Tunisienne interprète de conférence établie à Lisbonne, et João Gonçalves, enseignant et cinéphile intéressé par le monde arabe. Leur proposition a très vite séduit le directeur de Culturgest qui voyait précisément, selon Saoussen Khalifa, une lacune dans le manque de programmation culturelle au Portugal qui soit en lien avec le monde arabe – y compris notamment dans le cinéma –, alors que cette terre qui attire maintenant de nombreux expatriés – dont beaucoup de Libanais – et réfugiés arabes est imprégnée d’influence arabo-andalouse. Avec leur énergie et leur passion, les deux fondateurs ont réussi à fédérer autour d’eux pour cette première édition, hormis l’équipe de Culturgest, une autre de cinq personnes, des bénévoles et des partenaires tels que l’ambassade du Maroc, la mission diplomatique palestinienne et la municipalité de Lisbonne. Et l’alchimie a pris, et l’intuition des initiateurs a été confirmée. Ils ont été 2 200 spectateurs à assister au festival avec des salles combles tous les soirs, à tel point qu’il a fallu durant deux soirs passer de la petite salle – 142 sièges – à la grande – 600 sièges – du prestigieux centre culturel de la capitale lusitanienne. Une prochaine édition est prévue pour 2025. Nous nous sommes entretenu avec Saoussen Khalifa.

Une scène du film « Everybody Loves Touda » de Nabil Ayouch. Photo DR

Comment est née l’idée de ce festival du film arabe, une première au Portugal ?

Arrivée à Lisbonne il y a cinq ans, j’ai tout de suite remarqué les influences arabes dans la ville et le pays, produit de liens historiques très forts et de plusieurs siècles d’influence arabe. On le voit dans l’architecture, la gastronomie, et même la physionomie des Portugais du Sud. Ce sont des influences qui ne sont pas reconnues, pas vraiment conscientes. L’idée était de donner une visibilité à ces liens et à la culture arabe très peu présente dans le pays, alors qu’il accueille de plus en plus de ressortissants arabes, et de promouvoir le dialogue entre le Portugal et le monde arabe.

Il y a ici une perception très conventionnelle du monde arabe et peu de connaissances. L’objectif est de montrer une autre image de la région ainsi que sa diversité, et de briser les stéréotypes.

Quels ont été les critères de sélection ?

Nous avons voulu présenter certains défis et enjeux caractéristiques de différentes régions du monde arabe. Nous avons privilégié des films qui abordent des questions sociales : l’émancipation des femmes, la liberté, la foi, les droits de l’homme. Nous avons choisi de nous focaliser sur ces questions, sans entrer dans les débats politiques ; d’ouvrir comme des petites fenêtres qui donnent sur des réalités sociales du monde arabe. Il y a des histoires d’amour aussi. Et en termes visuels, même s’ils sont pour beaucoup réalistes, ce sont de beaux films : les couleurs, les paysages, de belles images…

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Nous avons cherché également à créer un équilibre entre les différents genres proposés : drame, comédie, thriller, etc. et avons opté principalement pour la fiction. Seul le film d’ouverture, Bye-bye Tibériade de Lina Soualem, dans lequel joue la célèbre Hiam Abbas, est un documentaire. Il relate le parcours d’une famille palestinienne, cinq femmes au fil de cinq générations, une histoire personnelle avec en toile de fond la situation politique et le conflit israélo-palestinien et son impact sur la vie de cette famille. Le film raconte l’exil, les allées et venues dans le pays, la volonté de transmettre une histoire, les rêves et les désirs de ces femmes palestiniennes qui aspirent à se réaliser tout en maintenant un lien fort avec le pays et ses traditions.

Les dix films projetés ont été sélectionnés ou primés dans les grands festivals tels que Cannes, Malmö, Marrakech et les JCC (Journées cinématographiques de Carthage, NDLR). En parallèle des projections, il y a eu également durant le festival deux réceptions, y compris une cérémonie de thé, pour faire découvrir la gastronomie du Moyen-Orient et du Maghreb, et une conversation, avec Dima Mohammed – chercheuse spécialisée en argumentation politique – axée sur la dimension culturelle et identitaire des films.

Une image du film « Bye-bye Tibériade » de Lina Soualem. Photo DR

Quel film libanais a été projeté ? Quels ont été les temps forts du festival ?

C’est Costa Brava de Mounia Akl que nous avons choisi pour représenter le Liban, et il a été très apprécié. La salle était pleine. Les temps forts ont été les films d’ouverture et de clôture : Everybody Loves Touda du Franco-Marocain Nabil Ayouch, l’histoire de la lutte d’une femme marocaine, chanteuse traditionnelle qui se bat pour faire reconnaître son art. À travers son combat, on voit tous les préjugés, le machisme, la mentalité conservatric, et la volonté d’émancipation de l’héroïne et son désir de donner une vie meilleure à son fils. Le film avait été présenté dans la sélection officielle de Cannes. Le film de clôture, Inshallah a Boy (Inchallah walad), premier long-métrage d’un jeune réalisateur jordanien, Amjad el-Rasheed, qui avait déjà eu beaucoup de succès à l’international, a aussi captivé le public. C’est l’histoire d’une femme dont l’époux meurt soudainement et qui doit lutter dans une société – régie par la loi islamique – où la femme n’a pas le droit d’hériter de son mari si elle n’a pas un garçon. Le film relaie son combat pour imposer ses droits.

À l’heure où l’image du monde arabe est ternie par les violences et conflits qui s’y déroulent et par un public qui se noie dans le tapage visuel et discursif qu’on lui relaie massivement et à répétition, seuls d’autres images et d’autres récits peuvent venir contrer le discours mainstream dominant. Tel est le propos du Festival du film arabe de Lisbonne (du 1er au 5 octobre), qui a révélé la créativité, la poésie et la diversité de cette vaste partie du monde, tout autant que ses réalités sociales et les nombreux défis auxquels il fait face. Soutenu par Culturgest, la fondation de la banque portugaise la Caixa Geral de Depositos, un des grands acteurs de la scène culturelle lisboète, cet événement a vu le jour sur l’impulsion de deux jeunes passionnés : Saoussen Khalifa, Franco-Tunisienne interprète...
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