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Société - Guerre Au Liban

Mohammad Khazaal, médecin resté dans la Békaa pour « se battre sans armes »

Interne dans un hôpital près de Paris, le docteur de 28 ans tente de combler, bénévolement, le vide médical dans une zone pilonnée par l’aviation israélienne.

Mohammad Khazaal, médecin resté dans la Békaa pour « se battre sans armes »

Mohammad Khazaal soignant un jeune garçon lors de l'une de ses tournées dans le nord de la Békaa. Photo Mohammad Khazaal

Alors que l'armée israélienne continue de frapper violemment la Bekaa, sommant ce mercredi 30 octobre les habitants de plusieurs villages, dont Baalbeck d'« évacuer immédiatement », nous vous proposons la relecture de cet article écrit en date du 15 octobre


« Aujourd’hui, tous les patients que j’ai soignés étaient des femmes. » Entre deux coupures d’électricité, encore plus fréquentes ces derniers temps, Mohammad Khazaal raconte au bout du fil le déroulé de sa dernière tournée. Au volant de sa voiture, ce médecin de 28 ans sillonne depuis près d’un mois le nord de la Békaa pour venir en aide aux nombreux blessés par les bombardements israéliens.

Membre du service de médecine interne de l’hôpital Avicenne en Seine-Saint-Denis, en périphérie de Paris, le natif de Laboué, près de Ras Baalbeck, était rentré passer quelques semaines au pays cet été, malgré un contexte de guerre larvée entre le Hezbollah et l’État hébreu depuis le 8 octobre 2023. Mais lorsque l’escalade israélienne fut enclenchée à la mi-septembre, quitter sa famille pour retourner dans son hôpital francilien est vite devenu un choix inconcevable, alors que quatre hôpitaux, trois au Liban-Sud et un dans la banlieue sud de Beyrouth, ont déjà été mis hors service.

Depuis, le jeune docteur se déplace chaque jour au gré des raids israéliens pour essayer de panser les plaies dans une région considérée en temps normal comme un désert médical. Malgré l’aide financière de l’ELMS (European Lebanese Medical Society), le manque d’approvisionnement en médicaments et en matériel médical complique encore davantage une mission qui comprend déjà de nombreux risques : selon notre décompte, plus de 70 secouristes et pompiers libanais ont été tués dans des frappes israéliennes visant des hôpitaux et des ambulances après un an de guerre.

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Qu’est-ce qui a motivé votre choix de ne pas repartir en France poursuivre votre travail et vos études pour rester au Liban ?

Lorsque l’escalade a débuté et que les morts et les blessés ont afflué par centaines autour de chez moi, je ne pouvais pas, en tant que médecin, quitter les miens pour retourner en France. L’idée de poser des diagnostics dans mon hôpital à Bobigny alors que mon pays est en train de souffrir m’était insupportable. Sur le plan personnel, il m’était aussi impossible de quitter ma famille. Il n’y a pas de zone sécurisée ici : si ma famille doit mourir, je mourrai avec elle.

Quelle est la situation dans le nord de la Békaa ces derniers jours ?

Elle est très difficile depuis le début de l’escalade. Chaque jour il y a des nouveaux blessés en raison des bombardements qui ne s’arrêtent jamais. On a le sentiment d’être submergés et isolés car nous avons de plus en plus de mal à obtenir du matériel.

Des secouristes sur le site d'un bâtiment bombardé près d'al-Ain, dans le nord de la Békaa. Photo Mohammad Khazaal)

Aujourd’hui, j’ai vu huit patients, tous des femmes. En tant que Libanais, c’est lourd moralement de voir mon pays se faire bombarder tous les jours, mais ça l’est aussi en tant que médecin car, si j’essaye d’aider un maximum, c’est comme si j’essayais de combattre sans armes. Je suis tout seul.

Comment s’organisent vos tournées et comment faites-vous pour choisir les endroits où vous intervenez ?

Les patients que je soigne sont des habitants des villages autour de Laboué, là où j’habite. J’interviens grâce au bouche-à-oreille. Les gens communiquent entre eux et beaucoup savent maintenant qu’il y a un médecin à proximité qui peut se déplacer à leur domicile et qui le fait gratuitement. En général, je n’ai plus qu’à attendre qu’on me contacte directement par téléphone.

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Je ne me déplace pas dans toute la Békaa, je reste dans les alentours de Ras Baalbeck, où il y a un centre pour déplacés où je me rends souvent. J’évite d’aller trop loin car les routes sont très dangereuses, les bombardements sont tellement aléatoires qu’il est impossible de savoir si telle ou telle zone peut être frappée au moment où on s’y rend.

Quels sont les types de blessure que vous devez traiter le plus ?

La plupart du temps, je soigne des blessures causées par des éclats de pierres, projetées par les explosions. Cela donne lieu à beaucoup de traumatismes crâniens, de plaies, de fractures et de brûlures qui nécessitent des interventions chirurgicales, voire des amputations.

Un homme blessé à la jambe. Photo Mohammad Khazaal

Le plus frustrant, c’est lorsqu’on doit soigner des patients qui se retrouvent avec des complications à cause du manque de prise en charge et de suivi : aujourd’hui encore, j’ai dû traiter une plaie infectée car la personne n’avait pas reçu d’anticoagulants préventifs, comme cela est nécessaire lorsqu’on immobilise un membre inférieur. Avec le manque de temps et de moyens, les pansements ne sont pas toujours bien faits ou ils sont laissés trop longtemps avant d’être changés… C’est la première fois que je me retrouve confronté à ce genre de chose. Je n’ai jamais vu ça en France.

Quel est le profil de ces blessés ?

La majorité sont des femmes. L’autre jour, je me suis occupé d’une mère qui étendait son linge sur son balcon quand elle a reçu des éclats de pierre à la tête de la maison voisine bombardée au même moment. Bien sûr, il y a aussi beaucoup d’enfants. Je ne veux pas faire de politique, mais je peux vous assurer que tous ceux que j’ai soignés sont des civils. Je les connais, ils n’ont rien à voir avec le Hezbollah ni aucun autre parti politique. Il y a quelques jours à Laboué, un commerçant que je connaissais a été ciblé alors qu’il venait récupérer des fruits et des légumes avec son pick-up… Vous voyez à quel point ces frappes sont aléatoires.

Quid du réapprovisionnement en matériel ?

Le matériel médical est de plus en plus difficile à obtenir car les pharmacies n’ont déjà plus de stocks. J’ai récemment reçu 200 euros de l’ELMS (European Lebanese Medical Society), l’association dont je fais partie, mais j’ai dû faire le tour de toutes les pharmacies de la région pour trouver ce dont j’avais besoin.

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Nous agissons en coopération avec le ministère de la Santé pour coordonner la venue des distributeurs de matériel et de médicaments. Mais beaucoup ne parviennent pas à monter jusqu’à la Békaa à cause des bombardements. Vu le nombre d’attaques contre des ambulances, tout le monde a peur de se retrouver ciblé sur le chemin.

Un message à faire passer ?

Dans ce genre de situation, il est de notre devoir de médecins de nous mobiliser autant que possible. Il y a beaucoup de médecins libanais expatriés qui ne peuvent pas venir sur place bien sûr, mais qui ont d’autres solutions pour aider, comme offrir des consultations à distance, envoyer du matériel de base (pansements, médicaments, Betadine) ou donner de l’argent pour nous permettre d’acheter ce dont nous avons besoin sur place.

Si vous le souhaitez, vous pouvez contribuer à la collecte de fonds que nous avons mise en place. L’argent récolté permet de nous aider, nous, à l’ELMS, à acheter du matériel, mais aussi les ambulanciers avec qui nous travaillons. Notre pays a besoin de nous. Maintenant.

Alors que l'armée israélienne continue de frapper violemment la Bekaa, sommant ce mercredi 30 octobre les habitants de plusieurs villages, dont Baalbeck d'« évacuer immédiatement », nous vous proposons la relecture de cet article écrit en date du 15 octobre. « Aujourd’hui, tous les patients que j’ai soignés étaient des femmes. » Entre deux coupures d’électricité, encore plus fréquentes ces derniers temps, Mohammad Khazaal raconte au bout du fil le déroulé de sa dernière tournée. Au volant de sa voiture, ce médecin de 28 ans sillonne depuis près d’un mois le nord de la Békaa pour venir en aide aux nombreux blessés par les bombardements israéliens. Membre du service de médecine interne de l’hôpital Avicenne en Seine-Saint-Denis, en périphérie de Paris, le natif de Laboué, près de Ras...
commentaires (5)

Grande admiration pour ce que vous faites ! Pour ceux que vous soulagez au Liban, et pour la prise de conscience que les français bénéficient encore de soins médicaux de qualité

Cartier Murielle

20 h 11, le 29 octobre 2024

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Commentaires (5)

  • Grande admiration pour ce que vous faites ! Pour ceux que vous soulagez au Liban, et pour la prise de conscience que les français bénéficient encore de soins médicaux de qualité

    Cartier Murielle

    20 h 11, le 29 octobre 2024

  • Ce sont les gens comme vous qui sont les seuls héros de la guerre. Que Dieu vous protège et merci !

    Politiquement incorrect(e)

    14 h 20, le 23 octobre 2024

  • Bonjour, j'ai une pharmacie en France, je pourrais vous procurer certaines choses antalgiques, pansements, bandes, ..dites moi ! Merci

    Sofie Zacchia

    03 h 53, le 17 octobre 2024

  • RESPECT. Bravo.

    LE FRANCOPHONE

    14 h 54, le 15 octobre 2024

  • Bravo Monsieur et merci pour votre dévouement.

    KHL V.

    14 h 15, le 15 octobre 2024

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