Un appartement partiellement détruit par le raid israélien sur un immeuble résidentiel de Basta, dans le centre de Beyrouth, jeudi 10 octobre 2024. Mohammad Yassine/L’Orient-Le Jour
« Je ne pensais pas que cela pouvait avoir lieu dans notre rue. » Au lendemain matin du raid israélien ayant détruit deux immeubles situés dans deux quartiers voisins de Beyrouth, Basta et Ras el-Nabeh, les habitants peinent à comprendre ce qui a conduit l’armée israélienne à cibler une zone, à majorité sunnite et chiite, au cœur de la capitale libanaise, dans un contexte d’escalade depuis le 23 septembre de la guerre d’attrition entre l’État hébreu et le Hezbollah qui perdurait depuis près d’un an.
« Cet endroit n’a rien à voir avec le Hezbollah », dénonce Yasser*, 36 ans, un habitant de Basta résidant à quelques rues du bâtiment ciblé la veille au soir par une frappe aérienne, la troisième sur Beyrouth intra-muros depuis le début de l’escalade israélienne. « Ce qu’il s’est passé est un massacre. J’ai vu un bébé et des enfants de deux ou trois ans extraits des décombres par les secouristes. Il n’y a que des civils ici, des habitants du quartier et quelques déplacés », a-t-il ajouté, dans des propos recueillis vendredi matin par notre journaliste sur place Lyana Alameddine.
Des membres de la Défense civile à la recherche de personnes enfouies sous les décombres, jeudi 10 octobre 2024. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Sept enfants tués sur 12 déplacés
Au milieu de ces décombres, semblables à ceux qui jalonnent la banlieue sud depuis fin septembre, au moins 22 personnes ont été tuées et 117 ont été blessées, selon un premier bilan provisoire du ministère de la Santé.
Parmi elles, figurent notamment cinq membres d’une même famille, les Najdi, rattrapés par la cruauté d’une guerre qu’ils avaient pourtant tenté de fuir trois semaines auparavant en quittant leur maison de Srifa, dans le caza de Tyr, au Liban-Sud. « Ils étaient partis le premier jour de l’escalade israélienne, dès le lundi (23 septembre), pour se réfugier dans cet immeuble à Ras el-Nabeh », confie le moukhtar du village, Khodr Najdi, joint par L’Orient-Le Jour. « Les parents s’appelaient Mehdi et Fatima, et les enfants Bassam, Hassan et la petite dernière Lola. Je ne me souviens plus de leurs âges, mais ils étaient encore tous les trois à l’école. Le père travaillait dans une entreprise de pâte pour narguilé, qui s’appelle Mazaya », confie-t-il, avant de préciser sans même attendre qu’on lui pose la question : « Ce sont des civils, ils n’ont à voir avec aucun parti. »
La famille Najdi, originaire de Srifa (Liban-Sud). Image issue du compte Facebook de la municipalité de Srifa
Plus tard dans la journée, la page Facebook du petit village a publié le nom d’une sixième victime de cette frappe, Ali Anbar, tué dans le raid israélien sur l’immeuble de Basta, à quelques dizaines de mètres de celui visé à Ras el-Nabeh. « Comment notre village perd-il autant de martyrs l’un après l’autre ? » a commenté l’auteur de cette publication.
Même son de cloche sur celle de Meis el-Jabal, une autre localité du Liban-Sud, dans le caza de Marjeyoun : « Notre village pleure la mort des martyrs Hajj Ali Youssef Ammar, dit Abou Yamen, et de ses deux petites-filles : Joud Ammar (3 ans) et Tala Choucair (7 ans). »
Ali Ammar et ses deux petites-filles, Joud et Tala, originaires de Meis el-Jabal (Liban-Sud). Image issue du compte Facebook de la municipalité de Meiss el-Jabal
« Vous vous souvenez du père qui pleurait la mort de sa fille May Ammar, tombée en martyre avec son mari et ses deux enfants lors d’une frappe aérienne qui a visé leur magasin à Meis el-Jabal le 5 mai dernier ? Le hajj Ali est devenu un martyr à son tour avec ses deux petites-filles. Sa maison faisait partie du bâtiment ciblé à Basta », écrit un autre internaute.
« Encore cinq disparus »
Trois autres victimes ont été recensées depuis jeudi soir, en la personne de Ali Qablan et ses deux filles, Téa et Léa, respectivement âgées de 9 et 6 ans, également originaires de Meis el-Jabal. Ils avaient, eux aussi, fui le Liban-Sud ces dernières semaines.
Ali Qablan et ses deux filles, Téa et Léa, originaires de Meis el-Jabal (Liban-Sud). Image issue du compte Facebook de la municipalité de Meis el-Jabal
« Il y a encore cinq disparus. Depuis le début de nos interventions dans la banlieue sud, on s’est habitué à voir ce genre de scènes, à voir des morts, des morceaux de corps. C’est difficile, mais on s’y fait », nous confiait ce vendredi matin un membre de la Défense civile souhaitant rester anonyme. « Par contre, les civils présents ne sont pas habitués comme nous. Ce sont des immeubles résidentiels qui ont été frappés, à Basta comme à Ras el-Nabeh », déplore-t-il.
Selon des médias israéliens et des sources de sécurité citées par Reuters, ces bombardements visaient Wafic Safa, le responsable de l’unité de coordination du Hezbollah. D’après plusieurs médias locaux, celui-ci aurait été blessé, mais en aurait réchappé, sans que cette information soit confirmée par le parti chiite, qui n’a pas répondu aux sollicitations de L’OLJ.
Avant ces deux dernières frappes sur Beyrouth jeudi soir, dont les victimes n’ont pas encore été comptabilisées, le dernier bilan quotidien du ministère de la Santé faisait état d’au moins 2 229 tués et 10.380 blessés depuis le 8 octobre 2023. La plupart des victimes, en majorité des civils, ont été tuées à partir du 23 septembre dernier, date à laquelle Israël a lancé son offensive aérienne militaire.


Et dire que celui qui a déclenché cette guerre n est plus..
08 h 07, le 17 octobre 2024