Le Liban, autrefois décrit comme un carrefour de civilisations et un message de coexistence religieuse, est aujourd’hui pris dans une spirale de crises sans précédent. Entre ingérences étrangères et divisions internes, l’État libanais se réduit de plus en plus à une scène de théâtre où les grandes puissances régionales, telles que l’Iran et Israël, tirent les ficelles. Le Hezbollah incarne cette dérive, symbolisant à la fois la perte de souveraineté du Liban et son asservissement à des intérêts extérieurs.
Le Liban est devenu un pion dans le grand jeu géopolitique du Moyen-Orient, où la logique de l’oumma islamique prend le pas sur la réalité nationale libanaise.
La notion d’oumma, cette communauté musulmane transnationale, s’impose désormais comme une force qui façonne l’avenir du Liban. Les Libanais, qu’ils en soient conscients ou non, se retrouvent embarqués dans cette logique, souvent contre leur volonté.
Si l’ingérence étrangère est une cause majeure de la crise libanaise, elle n’est pas la seule. Un autre facteur, plus profond, réside dans ce qu’on pourrait appeler la « bêtise collective » des Libanais. Ce phénomène, loin d’être une simple critique, désigne un aveuglement volontaire, marqué par une adhésion irrationnelle aux théories du complot et à des récits simplistes. En refusant d’analyser la réalité avec lucidité, les Libanais se condamnent à reproduire les mêmes erreurs, incapables de s’extraire de leurs schémas de pensée figés.
Le proverbe arabe « à force de répéter les erreurs, l’âne finit par comprendre » ne semble pas s’appliquer ici. Les échecs successifs du pays n’ont pas conduit à un éveil ou une prise de conscience collective, mais plutôt à une forme d’aliénation renforcée. En suivant aveuglément des agendas qui ne leur appartiennent pas, les Libanais s’enferment dans un cycle d’erreurs répétées.
Pour une partie des Libanais, notamment les chrétiens, la solution réside peut-être dans une rupture, non pas physique, mais mentale et symbolique avec la logique de l’oumma. Cette rupture implique un changement de paradigme, une révision complète du « logiciel » utilisé pour interpréter la réalité du pays. Les illusions d’un Liban harmonieux, tel que prôné par Jean-Paul II, ou d’une coexistence possible avec l’islam dans un cadre démocratique et pluraliste, se révèlent aujourd’hui encore plus éloignées.
Ces illusions ont maintenu les chrétiens dans une posture d’attentisme, espérant une paix impossible dans un cadre idéalisé qui n’a jamais vraiment existé. Aujourd’hui, il devient de plus en plus évident que le Liban est utilisé comme un champ de bataille par des forces qui n’ont que faire de son histoire ou de sa population.
Le Liban, dans sa quête d’identité, s’est longtemps présenté comme un modèle d’accueil et de dialogue. Cependant, cette quête a été pervertie par des influences extérieures et des dynamiques internes qui ont mené à une paralysie totale. Il est temps pour les Libanais, particulièrement les chrétiens, de reconnaître que le projet de coexistence pacifique avec l’oumma a échoué.
Cette reconnaissance ne doit pas conduire au désespoir, mais à une prise de conscience cruciale. Les Libanais doivent désormais envisager une nouvelle voie, celle où ils reprennent le contrôle de leur destin, sans allégeance à des forces extérieures qui ne partagent ni leur histoire ni leurs aspirations.
Le Liban est à un tournant décisif de son histoire. Face à l’hégémonie de la logique de l’oumma et à l’aveuglement collectif qui gangrène la société, les Libanais doivent faire un choix : continuer à jouer le jeu d’acteurs étrangers ou se réinventer, en se libérant des illusions qui les ont conduits à leur actuelle soumission. Ce choix, bien que difficile, est peut-être la seule voie vers un renouveau authentique, où le Liban redeviendrait enfin maître de son propre destin.
L’illusion nationale libanaise réside dans la croyance en un Liban souverain, capable de résister aux forces extérieures tout en maintenant une identité forte. Mais la réalité montre un pays fragmenté, où les factions politiques et confessionnelles sont manipulées par des puissances étrangères, chacune poursuivant des intérêts divergents.
Le Hezbollah est la manifestation la plus visible de cette ingérence. Cependant, il n’est pas seul dans cette entreprise. Israël, l’Iran, la Syrie et d’autres acteurs régionaux ont tous contribué à faire du Liban un terrain de jeu géopolitique. Mais l’illusion persistante pour beaucoup de Libanais est de croire qu’il est possible de composer avec ces forces sans se perdre.
Le Liban, autrefois modèle de coexistence religieuse, s’est effondré sous le poids des guerres civiles, des ingérences étrangères et de l’incapacité des dirigeants à construire une véritable unité nationale. La montée du Hezbollah a cristallisé une fracture profonde : d’un côté, ceux qui voient en lui un défenseur contre Israël, de l’autre, ceux qui le considèrent comme une menace existentielle à la souveraineté libanaise.
Cette fracture ne se limite plus aux divisions confessionnelles. Les chrétiens, autrefois moteurs de l’identité libanaise, se sentent de plus en plus marginalisés.
La vision du Vatican, sous Jean-Paul II, d’un « Liban-message » capable de vivre en harmonie avec l’islam dans un cadre pluraliste, s’est heurtée à la réalité politique et confessionnelle du pays.
Les divisions confessionnelles, l’échec d’une citoyenneté inclusive et le déclin démographique des chrétiens ont transformé cette utopie en illusion. Il appartient désormais aux Libanais de choisir entre le renouveau ou la soumission et de redéfinir leur destin face à ces défis historiques.
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.


Votre article est "contre histoire ". La "Oumma" dont vous parlez n'a plus existe' depuis peut-être le Imam Ali. L'empire Islamique oui. Mais le concept "Oumma", qui sous entend une union fusionnaire, n'a vraisemblablement jamais existe' dans un Empire qui faisait autrefois le tiers du globe, et qui, crucialement, avait su préserver et protéger toutes les minorités, Chrétiens et Juifs entre autre. La tolérance des sociétés Islamiques n'a pas changé. A part DAESH, qui est une créature Occidentale. Tous les Libanais sont durement attachés à la présence Chrétienne. Faites un tour au Liban...
01 h 21, le 15 octobre 2024