Cette période funeste pour le Liban pourrait nous pousser tous à une prise de conscience.
Notre pays est plus divisé que jamais. Nous sommes déchirés d’un côté par un mouvement pro-iranien jusqu’au-boutiste et suicidaire, et de l’autre, par ceux que les peurs confessionnelles ont rendu perméables aux chants des sirènes occidentales, au point d’oublier qui est leur vrai frère. Entre ceux qui ont cédé leur libre arbitre aux mollahs de Téhéran et ceux qui pensent naïvement que Trump va les sauver, toute modération devient trahison, le fossé semble immense.
Un constat pour tous ceux comme moi qui rejettent la politique du Hezbollah : il est affligeant de voir certains d’entre nous se désolidariser de nos frères et compatriotes issus de la communauté chiite. Déshumaniser l’autre ou se ranger du côté d’un ennemi qui dynamite nos écoles, mosquées et monastères, nous enlève vraiment le peu de dignité qu’il nous restait.
Indépendamment de nos désaccords politiques, nous nous devons d’être un peuple solidaire dans les bonheurs et dans les épreuves. Toute victime libanaise doit être pleurée indépendamment de son parti et de son obédience. Oui, le jeune qui ose se battre au péril de sa vie contre un ennemi dont la cruauté destructrice est dénoncée mondialement mérite encore notre respect même si nous sommes contre cette guerre et contre la politique du Hezbollah.
Au contraire, pour en finir avec la logique milicienne, nous ferions mieux de couper l’herbe sous le pied de ceux qui essayent de nous séparer de notre communauté chiite. L’amour entre les Libanais est la seule voie pour sauver ce pays ! Nos dirigeants Joseph Aoun et Nawaf Salam ont la légitimité suffisante pour renverser la table actuelle et proposer un changement du pacte national pour inviter la communauté chiite à réintégrer pleinement cet État duquel elle a à moitié divorcé. Le jour où on acceptera que la présidence de la République devienne tournante entre les trois communautés majoritaires, le jour où on imaginera un président du Conseil sunnite, puis chiite, puis maronite à tour de rôle, en échange d’un désarmement de toutes les milices non étatiques, nous aurons enlevé l’argument principal de l’Iran pour manipuler nos compatriotes et les arrimer à son agenda suicidaire et impérialiste. Imaginez quelqu’un comme Ali Mourad président de la République en 2030, quel mal y aurait-il à cela ? Sans les nommer, lui préférera-t-on encore, par peur inepte et confessionnelle, certains de ceux qu’on a installés à Baabda ces dernières décennies, avec les tristes résultats qu’on connaît ?
Simultanément, le gouvernement devrait rouvrir les canaux diplomatiques avec toutes les parties, y compris l’Iran. Un Liban neutre est un État qui compose avec tous. États-Unis, France, Iran, Syrie, Russie, Chine, Arabie… Si on prétend même vouloir parler à Netanyahu, un odieux criminel de guerre, pour sauver le pays, on doit aussi en même temps parler à Khamenei. Créer un équilibre en notre faveur plutôt qu’être tour à tour la marionnette impuissante des uns, puis celle des autres. Une tâche ardue mais indispensable.
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