La tour Eiffel illuminée en rose pour marquer le mois de sensibilisation au cancer du sein, Octobre rose. Thomas Samson/AFP
C’est nucléaire, mais c’est de la médecine : les progrès de l’imagerie, déjà cruciaux pour détecter et traiter les cancers du sein, s’étendent désormais à des « traceurs » de tumeurs et de métastases dans l’organisme.
Le principe : des molécules faiblement radioactives, appelées radiotraceurs, sont injectées en intraveineuse et, une fois dans le sang, se diffusent dans tout le corps des patientes.
« Une partie de la molécule émet des radiations, ce qui permet d’avoir des images ; une autre se fixe sur un récepteur », a résumé Romain-David Seban, médecin nucléaire et chercheur à l’Institut Curie, lors d’une conférence de presse en amont à la campagne d’Octobre rose.
Derrière un « concept faisant parfois un peu peur car il y a le mot nucléaire » se cache une technique pour mieux soigner, a exposé cet expert avant la campagne de sensibilisation annuelle au cancer du sein.
Avec plus de 61 000 nouveaux cas chaque année en France, le cancer du sein reste le plus fréquent chez les femmes, et le plus meurtrier, avec environ 12 000 décès par an.
Selon leur stade d’évolution, leur localisation dans l’organe, les cellules à partir desquelles ils se sont propagés ou encore la présence de récepteurs hormonaux, les cancers du sein diffèrent. Les ripostes thérapeutiques aussi.
Pour affiner le diagnostic, détecter d’éventuelles métastases ou mesurer, voire prédire la réponse aux traitements, il faut un maximum d’informations, et la médecine nucléaire peut jouer un rôle.
Cette imagerie déjà employée n’est pas invasive, car elle ne nécessite pas de biopsie et donne des informations sur tout l’organisme, là où une biopsie est très ciblée, vantent ses spécialistes.
Le Dr Seban a cité l’exemple d’une patiente « avec un cancer du sein triple négatif, venue faire un bilan d’extension pour voir si sa maladie était circonscrite ou pas ». « Comme il n’y avait pas de métastases, elle était éligible au traitement avec de la chirurgie, de la chimiothérapie et de la radiothérapie, plus de l’immunothérapie comme sa tumeur était relativement agressive », a-t-il expliqué.
Les progrès technologiques réduisent le délai pour obtenir des images après l’injection d’un radiotraceur, gage d’une attente et d’une fatigue moindres pour les patientes, observent les spécialistes.
Pour le moment, les médecins nucléaires utilisent surtout une machine appelée TEP-scanner, avec un radiotraceur ciblant les cellules du corps les plus consommatrices de sucre – dont font partie les cellules cancéreuses.
« Révolution »
Mais il y a parfois des faux positifs ou, au contraire, certaines métastases non visualisées.
D’autres pistes sont donc à l’essai pour le futur, dans l’espoir de meilleurs diagnostics, voire de prédictions sur les réactions aux traitements.
L’Institut Curie mise notamment sur un traceur se fixant à des cellules particulières du micro-environnement de la tumeur, les fibroblastes.
À l’étude dans des essais cliniques pour les cancers du sein triple négatif, les plus agressifs, un radiotraceur nouvelle génération (le « FAPI » ) pourrait mieux repérer les métastases, évaluer l’efficacité d’un traitement ou détecter précocement une rechute, selon ses spécialistes.
Des chercheurs expérimentent aussi un traceur ciblant les récepteurs aux hormones, particulièrement à l’estradiol, pour savoir s’ils sont présents dans le sein de certaines patientes, car ils conditionnent l’efficacité de l’hormonothérapie.
« De plus en plus d’essais cherchent, en combinant imagerie et médecine nucléaire, à voir quelles patientes vont très bien répondre au traitement ou pour lesquelles on pourrait réduire demain la chimiothérapie et/ou l’immunothérapie, voire qu’on pourrait ne plus opérer. C’est une révolution », a affirmé Anne Vincent-Salomon, directrice de l’Institut des cancers des femmes, cocréé par Curie, Paris Sciences et Lettres (PSL) et l’Inserm.
À l’avenir, une arme employée contre d’autres cancers (thyroïde, tumeurs neuro-endocrines ou prostate) pourrait aussi s’utiliser contre celui du sein.
Le mécanisme évoque la balistique : un radiotraceur spécifique du micro-environnement de la tumeur est couplé à des molécules capables de détruire ces cellules malades. Cette « radiothérapie interne vectorisée » est à l’étude pour le cancer du sein.
« L’image révolutionne la prise en charge en cancérologie. Loin d’une photographie qui décrit, on est dans l’image qui traite, voire qui prédit », a souligné Steven Le Gouill, directeur de l’ensemble hospitalier de Curie.
Outre sa finesse d’analyse croissante, elle apporte des réponses plus rapides aux soignants des capacités que l’intelligence artificielle devrait démultiplier.
Isabelle CORTES/AFP
Cancer du poumon : chute de mortalité chez les jeunes générations sans tabac
Interdire la vente de tabac aux jeunes nés entre 2006 et 2010 pourrait éviter près de 1,2 million de morts d’un cancer du poumon d’ici à la fin du siècle, selon une étude pilotée par l’agence pour le cancer de l’OMS, le CIRC, et publiée la semaine dernière.
Le tabagisme est le principal facteur de risque de cancer du poumon, cancer le plus fréquent et le plus meurtrier dans le monde.
Si la tendance actuelle se poursuit, plus de 2,95 millions de décès d’un cancer du poumon pourraient concerner les personnes nées entre début 2006 et fin 2010 – une cohorte de plus de 650 millions de personnes –, estiment les auteurs de l’étude publiée dans The Lancet Public Health.
Mais si les ventes de tabac étaient interdites pour cette génération, près de 1,2 million de ces morts pourraient être évitées d’ici à 2095, selon ce travail de modélisation, l’un des premiers à évaluer l’impact d’une « génération sans tabac ».
Globalement, plus de décès par cancer du poumon seraient potentiellement évitables chez les hommes (45,8 %) que chez les femmes (30,9 %), estime l’étude, qui couvre 185 pays et s’appuie notamment sur des données de mortalité et d’incidence du cancer sur les cinq continents.
Une tendance « probablement liée à la prévalence plus élevée et à l’apparition plus précoce du tabagisme chez les hommes », notent les chercheurs, également membres des universités de Saint-Jacques-de-Compostelle (Espagne), de Pretoria (Afrique du Sud), d’Otago (Nouvelle-Zélande), d’Ouro Preto (Brésil), de l’American Cancer Society et du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies.
Mais dans certaines régions du monde, comme l’Amérique du Nord, certaines parties de l’Europe, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, la proportion de décès évitables grâce à cette génération sans tabac serait plus élevée chez les femmes que chez les hommes.
C’est chez les femmes en Europe occidentale (77,7 %) et chez les hommes en Europe centrale et orientale (74,3 %) que le pourcentage de décès évitables apparaît le plus élevé au niveau régional.
Des initiatives pour une « génération sans tabac » ont été lancées dans plusieurs pays, comme la Nouvelle-Zélande, ou dans diverses régions d’Australie et des États-Unis.
Une politique de « génération sans tabac » ne suffira cependant pas face au fléau du tabagisme, soulignent les auteurs de l’étude. Pour le réduire, ils rappellent l’importance de mesures éprouvées, comme l’augmentation des taxes, les lieux sans tabac ou le soutien au sevrage.


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