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Plus loin que Gaza

À nous le pompon ! L’Iran ne s’était jamais trop préoccupé de défendre Gaza en s’en prenant de front au bourreau israélien ; si en avril dernier la République islamique lançait des centaines de missiles sur Israël, c’était en effet pour riposter de suite à un raid visant son propre consulat à Damas. Pour venger Hassan Nasrallah par contre – et avec lui un commandant pasdaran et le chef du Hamas Ismaïl Haniyé assassiné il y a deux mois déjà en plein centre de Téhéran –, les Iraniens ont fait spectaculairement monter les enchères en tirant encore plus de missiles, balistiques cette fois. Ils entendaient visiblement démentir de la sorte les infamantes rumeurs de lâchage qui ont circulé lors de la toute récente décapitation du Hezbollah. Le procédé peut s’avérer localement payant, à en juger par les frénétiques tirs de réjouissance qui ont salué la nouvelle dans la banlieue sud de Beyrouth. Mais maintenant que la machine de guerre ennemie en a fait sa cible privilégiée, c’est du Liban et non plus de Gaza que risque de se déclarer ce dantesque embrasement régional que l’on redoute depuis bientôt un an : excès d’honneur dont notre pays se serait bien passé …


Parlons-en précisément, de notre pays. Le malheur et aussi la perspective de malheurs de plus en plus énormes seraient-ils donc seuls capables de donner un magistral coup de fouet à une classe dirigeante incroyablement léthargique ; d’enfiévrer l’ensemble de la faune politique ; de susciter un tel concert d’appels à l’union sacrée entre Libanais ?

Prévisible était pourtant, dès le premier jour, l’issue d’une confrontation aussi inégale que celle qu’initiait le Hezbollah en signe de soutien aux défenseurs de Gaza. Mais il aura fallu en venir aux ultimes épisodes du sanglant feuilleton, avec leur cortège de mort, de dévastation, pour voir les autorités légales se résoudre à surmonter ses coupables inhibitions. Le même reproche peut d’ailleurs être adressé à une opposition remuante certes, mais qui pour avoir vu venir le désastre n’a jamais réussi à accoucher d’une feuille de route valable : d’un projet assez explicite pour convaincre de son sérieux, assez réaliste cependant pour rallier le gros des forces politiques ou sectaires en présence.

Aujourd’hui plus que jamais, le Liban sempiternellement exposé aux coups de l’ennemi israélien n’a d’autre voie de salut qu’une stricte application des résolutions onusiennes. Il n’y va pas seulement de son intégrité territoriale, mais aussi de sa paix et de sa stabilité intérieure. Cette question est même devenue l’un des pivots sur lesquels doit s’articuler, sans plus d’ambages, notre volonté de partager un destin commun dans une région du monde en pleine ébullition. Car si elle prône la pacification du Sud sous les auspices de l’armée régulière et de la Force intérimaire internationale, la résolution 1701 que s’efforce de réactiver la diplomatie mondiale est surtout vitale par sa réaffirmation de la 1559 qui commande le désarmement de toutes les milices. Non seulement cette question a exposé le Liban à plus d’une guerre dévastatrice, mais elle n’a cessé de le miner de l’intérieur.

Dans la quête de franches et durables retrouvailles au sein d’une famille libanaise réunie au grand complet, c’est un rôle décisif qui, dans l’immédiat, pourrait être dévolu au président de l’Assemblée et leader du mouvement Amal, étroit allié du Hezbollah au sein de ce qu’il est convenu d’appeler le tandem chiite. Avec le Premier ministre démissionnaire Nagib Mikati, Nabih Berry représente comme on sait le pouvoir légal libanais, en l’absence prolongée de tout chef de l’État. Cette scandaleuse lacune, on la doit en grande partie d’ailleurs à un chef de législatif qui considère le Parlement comme sa chose personnelle et qui a systématiquement torpillé le scrutin présidentiel. En revanche, le leader du mouvement Amal (lui aussi doublé d’une milice) semble paradoxalement le mieux placé pour œuvrer à une sereine réinsertion de la communauté chiite, particulièrement éprouvée par la guerre, dans notre singulière, parfois cavalière, souvent fantasque manière d’exercer la démocratie. Car pour truffée de défauts qu’elle soit, celle-ci doit redevenir cet espace privilégié d’Orient où peuvent être librement déclinées toutes les idéologies pour peu qu’elles se soumettent à la loi et bannissent tout recours à la violence, tout chantage aux armes. À cette fin, il ne pourrait s’agir seulement d’orienter le public traditionnel du Hezbollah sur la voie du pragmatisme, et donc de la modération. Il est juste et même nécessaire en effet que puissent librement s’exprimer à nouveau les voix contestataires chiites longtemps étouffées, parfois dans le sang.

Nabih Berry est-il vraiment prêt pour un tel chantier ? Et puis de quel Berry est-il question ? Celui qui à en croire Mikati est à fond pour la résolution 1701 et pour l’élection d’un président consensuel, ce qui implique l’abandon du candidat du tandem ? Celui qui assure dans une interview que le Hezbollah n’est pas loin de ses vues, alors même que le cheikh Naïm Kassem continue de professer le jumelage avec Gaza ? Ou alors celui qui monte sur ses grands chevaux pour exclure tout diktat étranger dans une affaire aussi intime que l’élection d’un président ?

La période actuelle est celle de tous les périls. Seuls des hommes d’État sont en mesure d’en faire celle de toutes les opportunités.

Issa GORAIEB
 igor@lorientlejour.com

À nous le pompon ! L’Iran ne s’était jamais trop préoccupé de défendre Gaza en s’en prenant de front au bourreau israélien ; si en avril dernier la République islamique lançait des centaines de missiles sur Israël, c’était en effet pour riposter de suite à un raid visant son propre consulat à Damas. Pour venger Hassan Nasrallah par contre – et avec lui un commandant pasdaran et le chef du Hamas Ismaïl Haniyé assassiné il y a deux mois déjà en plein centre de Téhéran –, les Iraniens ont fait spectaculairement monter les enchères en tirant encore plus de missiles, balistiques cette fois. Ils entendaient visiblement démentir de la sorte les infamantes rumeurs de lâchage qui ont circulé lors de la toute récente décapitation du Hezbollah. Le procédé peut s’avérer localement payant, à en juger par...