Le président de la Chambre, Nabih Berry, s'entretenant avec le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, à Aïn el-Tiné, le 1er octobre 2024. Photo tirée du compte X du CPL
Les regards sont tournés vers Nabih Berry depuis l’assassinat, vendredi dernier, du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Conscient de son statut privilégié en période de vacance à la tête de l’État, le président de la Chambre a pris un ferme engagement sur l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité (qui avait mis fin à la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah) et le déploiement de l’armée au Liban-Sud. Il a même fait un pas en arrière en matière de présidentielle, lâchant –au moins dans la forme – l’idée d’un dialogue avant le scrutin et en approuvant l’élection d’un président consensuel, ce qui pourrait représenter un premier pas vers l'abandon de la candidature du chef des Marada, Sleiman Frangié, appuyé jusque-là par le tandem chiite. De toute évidence, Nabih Berry a d’abord voulu adresser des messages de bonne intention à la communauté internationale qui presse pour un retour au calme et l’élection d’un nouveau président. Sauf que ses concessions verbales ne semblent pas suffire pour satisfaire tous les protagonistes locaux. Certains d’entre eux n’ont pas tardé à le presser de passer à l’acte.
C’est dans ce cadre que s’inscrit l’entretien tenu mardi à Aïn el-Tiné entre M. Berry et le bloc du Renouveau (opposition), rassemblant Michel Moawad, Achraf Rifi et Fouad Makhzoumi. À l’issue de la réunion, ce dernier a insisté sur l’importance de parvenir à un « cessez-le-feu immédiat », soulignant qu’« il faut presser la communauté internationale d’exercer un forcing sur Israël pour qu’il mette fin à son agression ». Et le député beyrouthin de souligner la nécessité pour les Libanais de faire preuve de solidarité en ces moments difficiles. Une source parlementaire confie dans ce cadre que les trois députés ont insisté devant M. Berry sur l’importance de préserver la sécurité des propriétés privées en période d’exode du Liban-Sud. Un point que M. Berry a dit avoir évoqué avec le commandant de l’armée, Joseph Aoun, lundi, et avec le chef des Forces de sécurité intérieure, Imad Osman, qu’il a reçu mardi. Le souci sécuritaire sera également au menu de la réunion prévue mercredi au Sérail entre le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, et le Renouveau.
Il n’empêche que c’est surtout la question de la présidentielle qui a été discutée longuement. Selon nos informations, le bloc du Renouveau a demandé à M. Berry de détailler son pas en arrière opéré sur ce dossier. Le chef du législatif s’est alors mis à rappeler que ce sont uniquement les Forces libanaises (plus grand groupe parlementaire de l’opposition) qui ont rejeté son appel au dialogue », raconte une personnalité présente lors de la réunion. « Nous avons précisé que nous sommes également contre tout dialogue avant la présidentielle », souligne un membre du groupe, faisant valoir que ses collègues se sont prononcés pour une séance électorale ouverte avec des tours de vote successifs pour élire un président consensuel… avant un cessez-le-feu. « Devant nous, Nabih Berry s’est montré très clair en dissociant la présidentielle de l’issue de la guerre. Sauf qu’il ne semble pas disposé à ouvrir les portes du Parlement pour passer à l’acte à partir de demain matin », poursuit ce parlementaire, déplorant le fait que le maître du perchoir « ne semble pas pressé de combler le vide présidentiel, en dépit de la situation de guerre ». Mais un autre membre du groupe raconte qu’avant de passer aux choses concrètes, Nabih Berry veut voir les protagonistes locaux mener des « concertations » pour s’entendre sur une liste restreinte de candidats. « Il est donc encore pour un dialogue léger qui durerait quelques jours ou se tiendrait entre les tours de vote », commente un député de l’opposition qui a requis l’anonymat. Selon les informations de L’Orient-Le Jour, les discussions entre les anti-Hezbollah à ce sujet sont déjà en cours dans les coulisses où circulerait notamment le nom de Joseph Aoun. « Car au vu de la guerre en cours, ce n’est pas n’importe quel président qui devrait être élu », estime le député cité plus haut.
Bassil : la résistance plutôt que l’armée
Mais si le chef de l’institution militaire est perçu comme incarnant la troisième voie prônée par la communauté internationale pour combler le vide à Baabda, le général doit encore franchir un obstacle de taille : le veto du leader du Courant patriotique libre, Gebran Bassil. S’exprimant également à l’issue d'un entretien avec M. Berry, mardi, le leader chrétien n’a pas fait mention de l’armée ni de son rôle en évoquant la guerre en cours. Il a préféré souligner le rôle de la « résistance » à ce niveau. « Les combattants de la résistance font leur devoir sur le terrain. Quant à nous, nous devons faire preuve de solidarité pour concrétiser le vivre-ensemble », a-t-il lancé, estimant que « la résistance a aujourd’hui l’opportunité de rétablir l’honneur du pays ». Paradoxalement, M. Bassil a toutefois fait valoir que « la confrontation avec Israël exige un État en bonne et due forme, et non seulement une résistance ».
Il n’en demeure pas moins que le leader du CPL est conscient que le futur chef de l’État devrait faire l’objet d’un consensus élargi. « L’important, c’est de nous entendre », a-t-il dit, affirmant que « toutes les considérations de forme sont négligeables face à la gravité de la situation ». Une pique évidente à son grand rival chrétien, le chef des FL, Samir Geagea, qui s’oppose à tout dialogue tenu sous la houlette de Nabih Berry avant la présidentielle. « Nous refusons qu’un camp impose un président aux autres, même si l’un d’eux subit une défaite », a encore dit M. Bassil, dans une allusion à peine voilée au camp du Hezbollah qui vient d’essuyer de sérieux coups au niveau militaire, les derniers en date étant l’assassinat de Hassan Nasrallah et le début d'opérations terrestres israélienne au Liban-Sud. Et M. Bassil de conclure en affirmant qu’il est « facile de s’entendre sur un président rassembleur ». Un point qui devrait être au menu des entretiens prévus mercredi entre M. Berry et des partis de l’opposition ainsi que les quatre députés ex-CPL, à savoir Élias Bou Saab, Alain Aoun, Simon Abi Ramia et Ibrahim Kanaan.


1. Bassil et CPL continuent leur mission de saper les fondations de l’état et l’armée, et de réhabiliter la milice criminelle du Hezballa. Ils n’ont aucune honte ni conscience. 2. On s’en contrefiche de la 1701. C’est la 1559 que l’on veut. FINI LE HEZBOLLA.
06 h 38, le 04 octobre 2024