Photo d’illustration Bigstock
En hommage à toutes les personnes qui ont perdu la vie par suicide depuis 2019, victimes d’une crise économique exacerbée, qui a plongé tant d’âmes dans le désespoir.
Ma muse, je prévois que notre pays se draine,
Aucun amour ne saurait calmer mon cœur en peine.
Je vois mon peuple exilé aux confins de la terre,
S’embarquant sans leur espoir aux ports qui désespèrent
Je débarquerai avant l’heure, plein de dignité,
Et je suivrai de grands héros vers l’immortalité !
Je sais que tu souffres de mon choix impitoyable,
Que la douleur t’apportera des jours intenables.
J’ai pris ma décision, convaincu que tu comprendras,
L’amour qui nous unit suffit à aligner nos choix.
Pense aux mères en détresse allaitant leurs enfants,
Suppliant tous les dieux de couper cette faim du temps,
Pense à nos grands-parents qui vivent dans la souffrance,
Sans remède pour apaiser leur douleur intense.
Pense à tous ces écoliers, fatigués de trop rêver,
À tous ces jeunes qui ne rêvent que de s’en aller.
Pense à ces pères, sans cesse, allant et revenant,
Portant le chagrin dans leur cœur enchaîné aux tourments
Pense aux hommes qui survivent sans travail ni repos,
S’allongeant dans l’ombre… ressassent à jamais leurs maux.
Pense à tous nos proches amis qui sont partis au loin
Ayant échappé leur patrie et risqué leur chemin
Souviens-toi de ces moments où, tout démunis d’argent,
Nous affrontions nos soucis, tels de faibles débutants…
Ma muse, je suis tourmenté par la vie au Liban
Nous oscillons entre incendies et plusieurs feux couvant
Je ne veux plus vivre au merci de dix-huit « confessions »,
Je refuse les chaînes de la discrimination.
Je ne veux plus choisir des ennemis dans ma nation,
Ni haïr ou adorer quelques autres horizons
Je ne peux plus accepter qu’il y ait des gens comme moi
Qui vont mourir et triompher pour nous sauver la foi
J’attends que triomphe enfin notre plein humanisme,
Et que l’on perçoive la vie à travers ce prisme.
Je rêve d’un pays où régnerait l’égalité,
Où les faibles seraient soutenus par la société
Nous ignorons les bases d’une vraie communauté,
Célébrant la suprématie… de notre absurdité !
Ma muse, tes larmes brouilleront l’encre des lettres,
J’espère que ces mots noyés nous feront renaître
Ma muse, ne pleure pas pour moi, tel est mon destin,
Je ne mérite ton amour que moulé au chagrin.
Raconte à ceux qui nous connaissent, mon grand mystère,
Que par le sang de tristesse j’ai mené la guerre…
J’ai beau tolérer en moi le chaos et son discours
J’ai trouvé le courage pour mettre fin à leurs jours
Ma muse, si tu penses qu’un soin pourrait nous sauver,
Dis-le et je resterai puisque j’aime tant t’aimer.
Je me perds entre l’amour et la haine du Liban
Et ce convoi dans les médias de jeunes insouciants
Me fait songer au suicide pour m’offrir d’autres voies
Si au lendemain j’existe ce serait grâce à toi !
J’ai vu plusieurs camarades glisser vers ce tournant
Suis-je moi si je les suis au suicide apaisant ?
Ma muse, tel qu’un oisillon ayant perdu son nid
Mais il sait qu’il existe bien… en un lieu défini
Son vol lui faisant peur et son refuge l’appelle
Il sait qu’entre ses parois la vie sera plus belle
Mais il ne sait comment ce calme nid s’identifie
Est-ce le nid de la mort, ou bien celui de la vie ?
Où, qui, quand, comment, quoi, pourquoi m’apportera demain ?
Si notre amour a les réponses j’attendrais ma fin
Si notre amour me donne espoir dans ses intempéries
Je suis la cure d’amour, me soignant en qui je suis
* * *
Le suicide est un acte désespéré, souvent motivé par des pensées et des émotions si pesantes que la mort semble devenir la seule échappatoire aux souffrances de la vie. Plus le stress et les difficultés s’accumulent, plus le risque de suicide, tant en fréquence qu’en gravité, augmente. Ce stress est généralement exacerbé par le chômage et les difficultés financières. Cependant, toutes les personnes qui envisagent le suicide ne passent pas à l’acte. Des facteurs génétiques et héréditaires jouent un rôle important dans la survenue de l’acte suicidaire. De plus, des facteurs de risque tels que la consommation de substances psychoactives augmentent également la probabilité de passage à l’acte. À l’inverse, des facteurs de protection, tels que le soutien familial, les croyances religieuses et un sens significatif attribué à la vie, peuvent prévenir le passage à l’acte. Ainsi, le comportement suicidaire apparaît comme une déviation dans le processus de gestion d’une situation critique, illusionnant la personne concernée en lui faisant croire que la seule solution réside dans le suicide. Souvent, cet acte est accompagné de remords, et il est préférable de prévenir plutôt que de décrire ce passage à l’acte irréversible.
La prévention commence par le traitement de la cause profonde du stress, qui, dans le contexte libanais, est essentiellement liée à la crise multiforme, principalement politique et économique, qui touche notre pays depuis longtemps et qui s’est accentuée depuis 2019. Elle passe également par la déstigmatisation du suicide en tant que manifestation d’une maladie mentale. Sensibiliser les personnes à risque à l’importance de demander de l’aide est crucial.
La prévention nécessite également la mise en place de structures offrant une prise en charge immédiate, telles que des lignes d’assistance, des services d’urgence psychiatrique et des hospitalisations accessibles à ceux qui en ont besoin. Je souhaite rappeler qu’au Liban, les tiers payants se désengagent de la couverture des tentatives de suicide en milieu hospitalier, une pratique qui reflète une époque régressive où le suicidé était considéré comme un criminel envers son propre corps.
En cette fin de mois de la prévention du suicide, rappelons-nous que nous sommes tous vulnérables face aux aléas de la vie, que nous acceptions ou non le risque inhérent de vivre sous la pression du stress quotidien, et que certains, face à ce stress, peuvent envisager l’illusion du suicide comme une ultime « solution ».
Chef de service de psychiatrie à l’Hôtel-Dieu de France
Professeur associé à la faculté de médecine de l’Université Saint-Joseph
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