Des panaches de fumée s’échappent du site d’une frappe aérienne israélienne à Zibqine, dans le sud du Liban, le 25 août 2024. Kawnat Haju/AFP
Dimanche à l'aube, le Hezbollah a finalement riposté à l’assassinat de son chef militaire Fouad Chokor, directement après des frappes israéliennes « préventives » qui ont visé de nombreux villages du sud du Liban, près d'une heure auparavant.
Le 30 juillet, une frappe aérienne sur la banlieue sud de Beyrouth, attribuée à l’armée israélienne, a tué Fouad Chokor, trois femmes et deux enfants, blessant également au moins 80 personnes. Cette attaque faisait suite à la mort de 12 enfants dans le village de Majdel Chams, sur les hauteurs du Golan syrien occupé par Israël, dans un bombardement. Israël a attribué cette attaque au Hezbollah, ce que ce dernier a fermement démenti. Depuis octobre 2023, le Hezbollah et Israël se livrent à des attaques transfrontalières quasi quotidiennes le long de la frontière israélo-libanaise, parallèlement à la guerre d’Israël contre Gaza, suite à l’opération Déluge d’al-Aqsa lancée par le Hamas contre l’État hébreu le 7 octobre dernier.
La riposte du Hezbollah
Selon le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a prononcé un discours dimanche soir, la principale cible de l’opération de dimanche était la base israélienne de Glilot, où se trouve l’unité 8200 de l’armée israélienne, à « 110 kilomètres de la frontière libanaise et à 1 500 mètres de Tel-Aviv ». L’unité 8200 est la plus grande et la plus importante unité de collecte d’informations de la direction du renseignement militaire israélien, selon le site officiel de l’armée israélienne. Elle opère dans toutes les zones et en temps de guerre, explique le site, les membres de l’unité rejoignent les quartiers généraux de combat « afin de permettre un flux d’informations plus rapide ».
L'armée israélienne a, elle, démenti que cette base a été touchée.
Hassan Nasrallah a également affirmé que la deuxième cible était une base aérienne et un site de défense antimissile situés à 75 kilomètres du Liban et à 40 kilomètres de Tel-Aviv. On ne sait pas encore si le parti a réussi à toucher ces bases ou si le système de défense antimissile israélien Dôme de fer a intercepté les projectiles.
Réagissant aux frappes du Hezbollah, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé que l’armée israélienne avait « intercepté tous les drones lancés par le Hezbollah en direction d’une cible stratégique dans le centre du pays ».
Le parti chiite a commencé l’attaque en lançant 320 roquettes Katioucha sur onze positions israéliennes différentes : la caserne de Meron (qui est le quartier général du contrôle du trafic aérien dans le Nord et a été visée à de nombreuses reprises depuis octobre), une position à Neve Ziv, la base de Ga’aton, une position à Za’oura, la base de Sahal, la caserne de Kilaa, quatre casernes dans le Golan syrien occupé (Kilaa, Yoav, Nafah et Yarden), la base de Aïn Zetim et la base de Ramot Naftali.
Ces roquettes ont servi à « inonder le système de missiles d’interception et à ouvrir un espace pour que les drones puissent passer et atteindre les cibles souhaitées », selon l’expert militaire et ancien correspondant de guerre Elijah Magnier. Avant l’attaque, certains analystes ont déclaré que le Hezbollah pourrait utiliser des missiles de précision pour cibler les villes israéliennes de Haïfa ou de Tel-Aviv, ce que le parti a finalement décidé de ne pas faire.
Selon M. Magnier, si le Hezbollah a utilisé des drones plutôt que des missiles de précision, c’est parce qu’il souhaite encore éviter une guerre totale. L’utilisation de ces missiles pourrait entraîner de lourdes représailles de la part d’Israël, ce qui augmenterait le risque de guerre. « Le fait que le Hezbollah n’ait pas utilisé ces missiles de précision est une décision intelligente, a estimé M. Magnier. Le Hezbollah dit à Israël qu’il ne veut pas montrer toutes les armes dont il dispose, à moins qu’Israël ne décide d’entrer dans une guerre totale et, dans ce cas, le parti n’aurait pas de lignes rouges. »
Commentant la riposte du parti chiite, l’expert militaire Riad Kahwaji a souligné qu’« il n’y a aucune preuve jusqu’à présent que le Hezbollah a ciblé une base près de Tel-Aviv », ajoutant que « le parti s’en est tenu à ses règles d’engagement autoétablies en gardant les cibles dans la profondeur habituelle – ne dépassant pas 20 kilomètres ». « Le Dôme de fer israélien a abattu la plupart des projectiles et l’armée de l’air israélienne a intercepté certains des drones », a-t-il ajouté.
Frappe aérienne israélienne « préventive »
Avant l’attaque du Hezbollah, Israël a mené des raids intensifs sur des villages du Liban-Sud, tout au long de la nuit et de la matinée de dimanche, raids qu’il a qualifiés de « préventifs ».
M. Magnier doute fortement que ces frappes israéliennes aient été effectivement « préventives », comme le prétend Israël. « Cette soi-disant frappe israélienne préventive contre le Liban-Sud est douteuse car l’attaque du Hezbollah est intervenue après la frappe préventive, ce qui signifie que l’attaque était programmée et a eu lieu de toute façon », a noté l’expert, ajoutant que la « frappe préventive » est également douteuse étant donné qu’elle n’a pas « atteint son objectif » ou qu’elle n’a pas empêché la riposte prévue par le Hezbollah.
M. Kahwaji a souligné pour sa part l’absence de preuve dans un sens ou dans l’autre : « Nous ne savons pas ce qu’Israël a visé ni quels dégâts il a causés, car il n’y a pas de preuves visuelles. » L’armée israélienne a déclaré dimanche qu’elle avait attaqué des milliers de lanceurs de roquettes au Liban avec plus d’une centaine d’avions de chasse. « Ce chiffre est exagéré, il s’agit plutôt de dizaines de tirs de roquettes, ce qui est tout de même significatif si c’est vrai », a estimé l’expert.
« Comment est-il possible de détruire autant de bombes, qui étaient prêtes à être lancées, et de ne tuer personne ? C’est impossible. Où est l’unité responsable du lancement de ces missiles ? Cela ne colle pas », a affirmé M. Magnier, en réaction aux déclarations de l’armée israélienne.
Selon Fox News, celle-ci a frappé des sites de lancement au Liban « quelques minutes avant que le Hezbollah ne prévoie de tirer des milliers de roquettes sur le centre d’Israël ».
Il n’est toujours pas clair si l’attaque du Hezbollah aurait été plus forte si Israël n’avait pas lancé ces « frappes préventives ». Par cette attaque, le Hezbollah entendait rétablir la dissuasion après le bombardement israélien sur la banlieue sud de Beyrouth. Hassan Nasrallah a expliqué dans son discours de dimanche que le parti devait réagir afin de « maintenir l’équation de la dissuasion ». Toutefois, il n’est pas encore certain que cette attaque suffise à dissuader Israël de mener à l’avenir d’autres opérations similaires à celle qui a coûté la vie à Fouad Chokor.




Bof !! Pt'être ki fo laisser la place aux 150000 victimes à Gaza pour exprimer leur opinion!
22 h 40, le 26 août 2024