Cette photo prise depuis une position dans le nord d'Israël montre un drone du Hezbollah intercepté par les forces aériennes israéliennes au-dessus du nord d'Israël le 25 août 2024. Photo Jalaa MAREY / AFP
Depuis le 30 juillet, date de l’assassinat par les Israéliens de son responsable militaire dans la banlieue sud de Beyrouth, le Hezbollah a promis de répondre. Mais à tous ceux qui le sollicitaient, Libanais ou étrangers, il refusait de donner des indications sur la date et le lieu de sa riposte. Alors que le mois d’août tire à sa fin, beaucoup ont commencé à croire que la riposte n’aurait pas lieu et que le Hezbollah se contenterait de la guerre psychologique entretenue par le flou sur ses intentions. Mais voilà qu’à l’aube du dimanche 25 août, il a envoyé 320 missiles et un grand nombre de drones sur plusieurs cibles militaires en Israël, affirmant ensuite que la première partie de sa réponse a été ainsi accomplie. Depuis, les spéculations vont bon train sur l’efficacité de cette riposte et sur la réaction attendue de la part des Israéliens.
Pour pouvoir évaluer la réponse du Hezbollah, il faut d’abord essayer de comprendre les raisons qui l’ont poussé à choisir ce timing précis.
Selon des sources diplomatiques arabes, le Hezbollah a reçu récemment des informations précises sur l’intention des Israéliens de lancer une vaste attaque contre le Liban, dans le genre de celle qui avait eu lieu en juillet 1981 contre le siège de l’OLP à Beyrouth, ou de celle qui avait eu lieu du 25 au 31 juillet 1993, et qui consistait en une semaine de bombardements intensifs sur le Liban. Ce procédé été appelé « les jours de combats », qui sont moins qu’une guerre élargie et plus que des raids. En juillet 1993, cette opération avait constitué la première attaque d’envergure menée par les Israéliens contre le Hezbollah présidé par un nouveau secrétaire général Hassan Nasrallah. Aujourd’hui, le fait de lancer une opération similaire était considéré par les Israéliens comme le seul moyen possible de rétablir la supériorité israélienne sur le « front du Nord », et celui de permettre aux colons du Nord de rentrer chez eux à l’approche de l’ouverture de la nouvelle année scolaire au début de septembre.
Des émissaires diplomatiques avaient donc transmis aux parties libanaises l’imminence du projet israélien, et le Hezbollah a donc décidé de réagir au plus tôt. Il s’agissait pour lui de lancer une attaque spectaculaire qui montre aux Israéliens sa force, sa puissance militaire et sa détermination, sans pour autant attaquer des cibles civiles pour ne pas donner à son ennemi un prétexte qui le pousserait à élargir la confrontation. De plus, le timing choisi correspond à la célébration par la communauté chiite du quarantième de la mort de Hussein qui, après toutes ces années, continue à avoir un grand symbolisme pour elle, sur le plan du dévouement, de la loyauté et du sacrifice. Enfin, cette attaque du Hezbollah a lieu alors que les négociations pour un accord à Gaza reprennent au Caire et elle peut donc être considérée comme un moyen de pression sur ces négociations, pour pousser les Israéliens à faire des concessions jusque-là rejetées... Les sources diplomatiques arabes ne sont pas catégoriques sur le sujet mais elles laissent entendre que des contacts secrets, directs ou non, ont été établis entre les camps américain et iranien, tous deux ayant des représentants à Oman, mais aussi au Qatar et en Irak. Les Américains auraient été ainsi informés de la prochaine riposte du Hezbollah. Ils auraient aussitôt dépêché le chef d’état-major des armées américaines, le général Charles Brown, dans la région pour tenter d’empêcher tout débordement. C’est ainsi, ajoutent les mêmes sources, que les Israéliens pourraient avoir été mis dans le secret. Ce serait la raison pour laquelle ils auraient mené 40 raids dans la nuit de samedi à dimanche contre des localités au sud du Liban. Ce sont d’ailleurs ces attaques qui leur ont permis hier de déclarer très vite avoir mené une opération préventive, samedi dans la nuit, pour atténuer l’impact de la riposte du Hezbollah.
En effet, selon les médias israéliens, sans les raids israéliens de la nuit de samedi, le Hezbollah comptait envoyer plus de 1 000 missiles contre des cibles israéliennes. Par conséquent, « l’opération préventive israélienne » l’a contraint à réduire l’intensité de son attaque et à la vider quasiment de son contenu.
Du côté du Hezbollah, on tourne en dérision cette théorie. Des sources proches de la formation affirment ainsi que les Israéliens bombardent des localités du Sud, de la Békaa et parfois même dans la région de Saïda, sans avoir de cibles précises, juste pour faire peur aux Libanais et étaler leur puissance de feu. Par contre, dans l’opération menée à l’aube de dimanche, le Hezbollah a réussi à boucler un front de 1 500 km, de l’est à l’ouest. Il a commencé par envoyer les 320 missiles pour « occuper le dôme de fer » et permettre ainsi aux drones qu’il a envoyés par la suite d’atteindre leurs cibles militaires. La plupart des casernes et des bases du Nord ont été atteintes par les drones du Hezbollah. Mais l’élément nouveau et surprenant, c’est qu’une base située à 100 km de la frontière libanaise et à près de 7 km de Tel-Aviv a été atteinte. Le Hezbollah a ainsi établi une nouvelle équation : la banlieue de Beyrouth contre la banlieue de Tel-Aviv. Indépendamment de l’importance de la cible atteinte, c’est déjà une première que le Hezbollah puisse toucher des cibles aussi éloignées dans l’intérieur israélien, sans que ses drones soient interceptés par la défense antiaérienne israélienne.
Pour le Hezbollah, si la réaction israélienne à cette attaque reste limitée, il aura réussi à imposer ses propres règles d’engagement et à rétablir ce qu’il appelle « l’équilibre de la dissuasion ». Mais si les Israéliens veulent malgré tout élargir la confrontation, il sera prêt à mener une guerre plus vaste. Toutefois, les signes qui lui sont parvenus tout au long de la journée de dimanche montrent que la tendance dominante reste à maintenir la confrontation sous un plafond précis... en attendant la suite des événements.


Merci pour cette analyse Mme Haddad . N'en deplaise aux grincheux !
14 h 06, le 26 août 2024