Des dégâts causés par la frappe israélienne qui a visé le village de Kfour, dans le caza de Nabatiyé, au Liban-Sud, le 17 août 2024. Photo Mohammad Yassine/L’OLJ
Dans l’attente des résultats du nouveau round de négociations qui se tiendront cette semaine au Caire en vue d’aboutir à un cessez-le-feu à Gaza, le front entre le Hezbollah et Israël s’enflamme. Ce week-end a en effet témoigné d’un embrasement, peut-être le plus violent depuis le 8 octobre, des deux côtés de la frontière. Une flambée des violences qui intervient sur fond de signaux contradictoires quant aux résultats du premier round des pourparlers tenus en fin de semaine dernière à Doha. D’abord, le raid israélien visant un présumé dépôt d’armes du Hezbollah à Nabatiyé. Résultat : un massacre dans lequel 10 civils syriens, dont des enfants, ont péri. Ensuite, la riposte du Hezbollah qui a lancé une salve de roquettes Katioucha sur Ayelet HaShahar, un site israélien ciblé pour la première fois depuis le début de cette séquence. Une escalade qui a suivi la révélation, vendredi, par le parti chiite de sa « ville souterraine » dans une vidéo baptisée « Imad 4 » montrant ce qui semble être des tunnels souterrains et de grands lanceurs de missiles. Ces développements, ainsi que l'attaque de drone visant un combattant présenté par Tel-Aviv comme un commandant de l’unité d’élite du Hezb, al-Radouane, dans la région de Tyr, traduisent la volonté des deux belligérants de continuer à échanger des messages incendiaires à l'heure où toute la région flirte avec la guerre totale et que la diplomatie peine à se frayer un chemin. Il semblerait qu’Israël cherche à marquer, par le feu, sa force de dissuasion à l’heure où le Hezbollah - qui a, lui, de nouveau eu recours à la dissuasion par la guerre psychologique - fait toujours planer la menace d’une riposte ferme à l’assassinat de son cadre militaire, Fouad Chokor, dans la banlieue sud de Beyrouth.
« 100 % civil »
Après deux journées relativement calmes, la tension est donc remontée d’un cran dans la nuit de vendredi à samedi. Dix personnes ont été tuées par une frappe israélienne sur un bâtiment habité par des familles syriennes, à quelques kilomètres à l’ouest de Nabatiyé. Il s’agit de la frappe ayant fait le plus de victimes depuis le début du conflit. Le raid a visé un immeuble d’une zone industrielle entre les localités de Kfour et Toul, qui a été totalement détruit. La déflagration qui a suivi le bombardement a endommagé des maisons avoisinantes, selon notre correspondant au Liban-Sud Mountasser Abdallah. L’armée israélienne a, quant à elle, affirmé avoir visé dans cette frappe « un entrepôt d’armes du Hezbollah ».À l’hôpital Cheikh Ragheb de Nabatiyé, samedi, la consternation et la colère se mêlaient aux pleurs des proches des victimes, pour beaucoup des femmes inconsolables vêtues de noir. « Deux des enfants de ma sœur ont été tués, un autre est en soins intensifs et mon autre neveu y est également », raconte Hussein al-Hussein à l’AFP, en énumérant les membres de sa famille tués ou blessés pendant qu’« ils dormaient ». Dans une pièce voisine, des proches pleuraient une famille de quatre personnes : le concierge, sa femme et leurs deux enfants, indique un proche à l’AFP. Leurs corps ont été enveloppés dans des draps rouges ornés de fleurs. Les dépouilles mortelles de six des dix victimes ont été rapatriées dimanche vers la Syrie.
Sur le site de la frappe, il ne restait que des débris de béton, des morceaux de métal et quelques vêtements et chaussures d’enfants. Debout devant l’usine, son propriétaire, Hussein Tahmaz, affirme que le site était « 100 % civil ». « C’est ici que nous avions l’habitude de charger nos marchandises », dit-il en montrant l’épave d’un camion. Le bâtiment était une annexe d’un entrepôt de deux étages où habitaient le concierge, sa famille ainsi que des ouvriers, dit à l’AFP le maire Khodr Saad : « Qu’ont fait ces enfants pour mériter cela ? Ils ont fui leur pays pour échapper à la mort, et c’est ici qu’ils la trouvent. »
La riposte du Hezbollah
En riposte à cette frappe, le Hezbollah a touché un nouveau site en Israël. Dans un communiqué, il a affirmé avoir « tiré des salves de roquettes Katioucha sur Ayelet HaShahar en riposte aux agressions de l’ennemi israélien, notamment celle qui a coûté la vie à des civils syriens » à Nabatiyé. Le parti chiite a également tiré samedi des salves de roquettes Katioucha sur une localité du nord d’Israël et revendiqué une série d’attaques contre des sites israéliens. Les sirènes d’alerte aux roquettes ont retenti à Ayelet HaShahar et « environ 55 projectiles ont été identifiés en provenance du Liban, dont certains tombés dans des terrains vagues », selon l’armée israélienne. Aucune victime n’a été signalée, mais des incendies ont éclaté dans le secteur.
Un combattant du Hezbollah a par ailleurs été tué samedi dans une frappe de drone israélien sur une moto à Kadmous, au nord de Tyr. Le Hezbollah a annoncé dans un communiqué la mort de Hussein Ibrahim Kassab, né en 1989 et originaire de Tayr Debba au Liban-Sud. L’armée israélienne a confirmé avoir éliminé cet homme, affirmant qu’il était commandant au sein de la force al-Radouane. Plus tôt dans la journée, deux soldats israéliens ont été blessés dont l’un grièvement dans la chute d’une roquette tirée depuis le Liban sur la région de Misgav Am, à la frontière nord de l’État hébreu, selon l’armée israélienne.
La Finul pas épargnée
Dimanche, trois Casques bleus ont été légèrement blessés par une frappe israélienne dans les environs de Yarine. Les soldats onusiens circulaient à proximité dans un véhicule « clairement identifié », a indiqué la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), contactée par L’Orient-Le Jour. Les soldats en patrouille sont rentrés « sains et saufs à leur base », a-t-on indiqué de même source, ajoutant : « Nous rappelons fermement à toutes les parties et à tous les acteurs qu’il leur incombe d’éviter de blesser les soldats de la paix et les civils. » Une source de la Finul a indiqué à l’AFP que l’explosion était probablement due à une frappe aérienne à proximité qui ne visait pas directement les Casques bleus.
En outre, une frappe de drone israélien a ciblé une mobylette à Chebaa, dans le caza de Hasbaya, tuant son conducteur et blessant une deuxième personne, selon des sources médicales et le ministère libanais de la Santé. En fin de journée, les Brigades de la résistance ont annoncé la mort de l’un de leurs membres, Fadi Kassem Kanaan, né en 1985 et originaire de la localité de Chebaa. Il s’agit bien, selon les informations obtenues par notre correspondant dans le Sud, de la victime de la frappe de drone. Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a indiqué sur X que la frappe sur Chebaa avait visé « des saboteurs » du Hezbollah. Le blessé, qui se trouve dans un « état stable » selon le ministère, est le frère du combattant tué, selon nos informations. Après cette frappe, un autre drone a ciblé, dans la même localité, un bâtiment, selon une source sécuritaire. Ce bombardement a fait deux blessés, deux Libanais qui ont été hospitalisés.
« Réduire les déplacements » dans le nord d’Israël
De son côté, le Hezbollah a revendiqué dix frappes dimanche, notamment contre la caserne de Beit Hillel, face à Khiam (Marjeyoun), avec « une salve de roquettes Katioucha », ainsi que contre un groupe d’infanterie israélien dans la localité israélienne de Chtoula, contre les positions de Zar’it, du « matériel de surveillance sur le site de Roueissat el-Alam », sur les hauteurs contestées de Kfarchouba, la position de Malikiyah, le site de Jal el-Alam et deux positions situées dans les fermes de Chebaa contestées : celle de « Zebdine », visée avec des roquettes, et celle de « Roueissat el-Qarn », avec des « missiles ». Selon le Haaretz, les résidents se trouvant encore dans le nord d’Israël ont été appelés à « réduire leurs déplacements et rester près de zones protégées ».



"... Dans l’attente des négociations, Israël et le Hezbollah jouent ..." - pas besoin d'en dire plus
17 h 13, le 19 août 2024