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Nos lecteurs ont la parole

Le Hezbollah, cette « résistance » qui nous tue...

Quelle acrobatie à la logique faut-il entreprendre pour accepter qu’en emboitant le pas à la guerre qui a lieu entre le Hamas et Israël, qu’en transformant le Sud-Liban en terre brûlée, en faisant vivre les habitants au rythme de la terreur, en envoyant à la mort de jeunes combattants, en faisant tuer hommes, femmes, enfants et personnes âgées, en paralysant l’économie, en noyant l’année scolaire, en déplaçant des milliers de personnes, au Liban, le Hezbollah ferait gagner la guerre au Hamas dans la bande de Gaza – le Hamas qui s’était engagé seul et en toute inconscience dans l’aventure sanguinaire du 7 octobre (Cour pénale internationale, 20 mai 2024) ? Comment se soumettre lorsque le Hezbollah déclare que ses cadres fauchés chirurgicalement par Israël, au Liban même, sont des « martyrs morts sur la route de Jérusalem » ? Libérer Jérusalem… phrase-clef qui galvanise les émotions, utilisée pour gagner le plébiscite de populations arabes qui n’ont pas fait le deuil du panarabisme ni de l’échec cuisant des armées arabes contre Israël…

Je ne vais pas m’étendre par ailleurs sur le monopole que détient le Hezbollah sur les décisions de paix et de guerre au Liban, monopole qui représente en soi une entorse à l’État de droit et à la Constitution. Je ne vais pas m’étendre non plus sur le fait qu’au sujet de la guerre en cours, Haret Hreik remplace désormais Beyrouth dans la presse, les allocutions de Hassan Nasrallah sont attendues comme celles dues à un président de République ou à un Premier ministre et que Ali Hassan Khalil – qui est inculpé dans l’affaire de la double explosion du port de Beyrouth – prend part aux négociations qui se déroulent avec les interlocuteurs étrangers en vue de trouver des solutions au conflit (Mounir Rabih, l’OLJ, 10 juin 2024). Je ne vais pas m’étendre non plus sur les gesticulations stériles de « l’opposition » dont les membres n’ont jusqu’à présent pas dénoncé le Hezbollah au niveau d’instances judiciaires internationales ni adressé une demande officielle de libération de la mainmise politique et militaire de l’Iran, par l’entremise du Hezbollah, sur le Liban.

Il est vrai qu’au regard du carnage qui se déroule à Gaza, Israël est coupable en vertu du droit international, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. La Cour pénale internationale a émis à cet effet des mandats d’arrêt à l’encontre de Benjamin Netanyahu et de Yoav Gallant pour les crimes perpétrés par Israël dans la bande de Gaza (CPI, 20 mai 2024). Les images et vidéos qui nous parviennent sont en effet traumatiques, insoutenables ; elles nous placent aux confins de la barbarie, de l’inhumain et de l’impuissance. Mais de là à nous pousser à blanchir le Hezbollah, à légitimer la guerre injustifiée qui se déroule au Liban même, par sens des responsabilités, par culpabilité face aux différents RDV manqués de l’humanité avec la Palestine, avec les Palestiniens ainsi qu’avec l’histoire, de là à cliver, à oublier que le Hezbollah a le sang des nôtres sur les mains, qu’il est l’allié de Bachar el-Assad et le principal vassal du régime iranien ?

Comment oublier qui est le Hezbollah ? Comment oublier la série d’assassinats politiques qui lui sont directement imputés, dont l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri pour lequel le Tribunal spécial pour le Liban a condamné à perpétuité Salim Ayache, l’un de ses membres (Nations unies, 18 août 2020) ? Comment oublier que le Hezbollah et son assise populaire partisane – qui subit la guerre actuellement – s’étaient attroupés pour remercier les soldats d’occupation syrienne lors de leur départ du Liban un 26 avril 2005 ? Et pour quoi ? Pour les 26 années d’occupation, d’exactions, d’humiliations, de disparitions forcées, d’assassinats politiques, de mainmise sur le système politique libanais ? Le sort de nos concitoyens torturés (Monika Borgmann, Lokman Slim, 2016, Tadmor) dans les prisons du régime syrien n’a toujours pas encore été élucidé. Comment oublier l’engagement du Hezbollah dans la guerre auprès du régime syrien qui a orchestré, entre autres, le massacre de Damour (Zeina Zerbé Damour – L’assaut, le massacre et la chute de la ville, 2024) sous l’égide de la Saïka, régime qui est responsable des assassinats de Kamal Joumblatt, du mufti Hassan Khaled et de René Mouawad pour ne citer que ceux-là ? Comment oublier le 8 mai 2007 et l’attaque du Hezbollah de Beyrouth et de la Montagne ? Comment oublier les sbires du Hezbollah et d’Amal lâchés méchamment contre nous, en convois de motos et en chemises noires, criant « Chia ! Chia ! » sur la place du 17 octobre ? Comment oublier les tentes incendiées, la menace que ces tentes qui abritaient la création d’un vrai dialogue entre les personnes représentait pour eux ? Comment oublier les intimidations qu’ils exercent avant tout à l’encontre des membres de la communauté chiite dont les prises de positions politiques opposantes sont aussitôt recadrées après torture, les personnes prêtant alors publiquement allégeance au sayyed, la voix enrouée, brisée ? Comment oublier le torpillage de la justice dans l’affaire du 4 août (Amnesty International, 25 janvier 2023), la paralysie de l’enquête en cours, le renversement affolant de situation quand Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter, inculpés, déposent une demande de récusation contre le juge Bitar (Jeanine Jalkh, L’OLJ, 13 octobre 2021), les affiches de soutien à Abbas Ibrahim convié à la barre, l’attaque armée terrorisante de Tayyouné orchestrée par Amal et le Hezbollah suite à ces inculpations, en octobre 2021 ? Comment oublier l’assassinat de Lokman Slim en plein fief du Hezbollah en février 2021 ? Comment oublier le régime de terreur et d’obscurantisme, les pièces de théâtre annulées, les films et les livres bannis sous prétexte de propagande sioniste ? Comment occulter l’interdiction d’entrée au Liban de comédiens ou de chanteurs sous bannière de visite rendue à Israël, probablement en tournée, avec les millions de dollars avortés en termes de présence de touristes et de roulement généré pour l’économie locale ? Comble de l’hypocrisie, la visite d’Amos Hochstein ne semble pas les déranger, celle d’Emmanuel Macron et d’autres chefs d’État, qui proclament leur amitié pour l’État d’Israël, non plus…

Ce texte se veut en définitive un appel à ne pas perdre le nord. J’ai eu des débats avec des personnes qui se disaient de l’opposition mais qui affirment, d’emblée aujourd’hui, se placer du côté du Hezbollah. J’ai l’impression que la cause palestinienne, si juste soit-elle, ainsi que la guerre qui se déroule à présent à Gaza nous confrontent tellement à l’impensable qu’elle est à même de générer au Liban des confusions. Le plus dangereux est qu’elle semble nous faire oublier qui sont nos assassins, nos occupants et le régime de terreur qu’ils exercent contre nous.

Zeina ZERBÉ

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Quelle acrobatie à la logique faut-il entreprendre pour accepter qu’en emboitant le pas à la guerre qui a lieu entre le Hamas et Israël, qu’en transformant le Sud-Liban en terre brûlée, en faisant vivre les habitants au rythme de la terreur, en envoyant à la mort de jeunes combattants, en faisant tuer hommes, femmes, enfants et personnes âgées, en paralysant l’économie, en noyant l’année scolaire, en déplaçant des milliers de personnes, au Liban, le Hezbollah ferait gagner la guerre au Hamas dans la bande de Gaza – le Hamas qui s’était engagé seul et en toute inconscience dans l’aventure sanguinaire du 7 octobre (Cour pénale internationale, 20 mai 2024) ? Comment se soumettre lorsque le Hezbollah déclare que ses cadres fauchés chirurgicalement par Israël, au Liban même, sont des « martyrs morts sur...
commentaires (3)

Je cite : ""J’AI EU DES DEBATS AVEC DES PERSONNES QUI SE DISAIENT DE L’OPPOSITION MAIS QUI AFFIRMENT, D’EMBLEE AUJOURD’HUI, SE PLACER DU COTE DU HEZBOLLAH"". Bien sûr, que de commentaires ICI pour lever l’ambiguïté à l’égard du Hezb. Les mêmes qui soutiennent son effort de guerre, dénoncent son action politique… C’est leur choix selon la démocratie libanaise tout en oubliant le mot du Cardinal de Retz : "On ne sort de l’ambigüité qu’à ses dépens"… Voilà, c’est tout…

Charles Fayad

02 h 05, le 29 juillet 2024

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Commentaires (3)

  • Je cite : ""J’AI EU DES DEBATS AVEC DES PERSONNES QUI SE DISAIENT DE L’OPPOSITION MAIS QUI AFFIRMENT, D’EMBLEE AUJOURD’HUI, SE PLACER DU COTE DU HEZBOLLAH"". Bien sûr, que de commentaires ICI pour lever l’ambiguïté à l’égard du Hezb. Les mêmes qui soutiennent son effort de guerre, dénoncent son action politique… C’est leur choix selon la démocratie libanaise tout en oubliant le mot du Cardinal de Retz : "On ne sort de l’ambigüité qu’à ses dépens"… Voilà, c’est tout…

    Charles Fayad

    02 h 05, le 29 juillet 2024

  • Reprocher au Hezb national ses alliances avec le régime syrien pour des faits commis avant 1982 relève de l’erreur d’appréciation. On a vu tellement de formations changer de camp, et s’associer même avec leurs ennemis d’hier, dont les Syriens. C’était pour ainsi dire "faire son chemin de Damas"…

    Charles Fayad

    01 h 50, le 29 juillet 2024

  • Quel florilège de "rappels" qui n’apporte rien de neuf au débat. Sans faire montre de la moindre preuve, l’auteure lui attribue la responsabilité de quelques cold case, et si l’on suit le narratif, on est tenté d’écrire qu’il est à l’origine de tous nos malheurs, et responsable même du réchauffement climatique. Pour rappel, cette formation politico-militaire chiite a vu son rôle grandissant à partir de l’invasion israélienne de 1982. Il était du bon côté en 1982 comme en 2000 et peut prétendre ainsi au titre de Résistant à une occupation. Et c’est moi, un anti Hezb primaire qui le dit...

    Charles Fayad

    01 h 44, le 29 juillet 2024

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