Le Liban, souvent dépeint comme un carrefour de civilisations, est le théâtre d’une riche symphonie linguistique où le français et l’anglais occupent des positions prééminentes. Cette dualité linguistique est profondément ancrée dans l’histoire du pays, chaque langue portant en elle les marques d’influences culturelles et politiques distinctes. Le français, héritage du mandat français, incarne une tradition intellectuelle et artistique profondément enracinée dans le substrat libanais. L’anglais, symbole de la modernité, s’est imposé avec l’essor de la mondialisation. Le système éducatif libanais se présente comme une scène où le français et l’anglais mènent une danse délicate. Les écoles francophones, souvent associées aux missions catholiques et aux valeurs humanistes, ont façonné des générations d’élites libanaises. Cependant, l’anglais, en tant que langue des sciences, de la technologie et des affaires, attire de plus en plus d’étudiants vers les universités anglophones.
Cette cohabitation linguistique dans l’éducation reflète un équilibre entre l’attachement à un héritage culturel et le besoin d’adaptation aux exigences d’un monde en perpétuelle mutation. Le français et l’anglais nourrissent chacun à sa manière l’identité libanaise. La langue française continue d’inspirer de nombreux écrivains, poètes et artistes libanais. Les festivals de cinéma francophone, les théâtres et les galeries d’art sont autant de lieux où cette langue trouve son expression. Parallèlement, l’anglais, par sa prédominance dans les médias numériques, les plateformes de communication et la culture populaire, influence fortement les nouvelles générations. Les jeunes Libanais, en quête de connectivité et d’innovation, adoptent l’anglais pour s’imprégner dans une culture globale. Cette maîtrise des deux langues ouvre des perspectives variées et complémentaires. Le français, souvent perçu comme la langue des affaires et des relations internationales en Europe, permet aux Libanais de s’intégrer dans des réseaux professionnels de prestige. L’anglais, indispensable dans divers domaines, offre un accès privilégié aux marchés et aux innovations globales. Cette dualité crée une mosaïque d’opportunités où chaque langue apporte une valeur ajoutée spécifique. Cependant, cette harmonie linguistique n’est pas exempte de tensions. La prédominance croissante de l’anglais peut susciter des craintes quant à la marginalisation du français et à la perte d’un héritage culturel précieux. Les politiques éducatives et culturelles doivent ainsi naviguer entre la préservation de l’identité francophone et l’adaptation aux impératifs d’un monde globalisé. Cette tension est également visible dans les choix des familles libanaises, qui investissent dans une éducation bilingue pour offrir à leurs enfants les meilleures chances de réussite, tout en cherchant à préserver leurs racines culturelles.
Dans le système éducatif libanais, la langue d’enseignement varie souvent en fonction du type d’établissement. Les écoles privées francophones, en particulier celles fondées par des missions catholiques, privilégient le français comme langue principale d’instruction, tout en enseignant l’anglais dès les premières années de scolarité. Les établissements publics et certaines écoles privées anglophones choisissent l’anglais comme langue dominante, sans pour autant négliger l’apprentissage du français. Ce double système permet aux élèves de développer une compétence bilingue dès leur jeune âge, avec un accent sur le français ou l’anglais selon l’orientation de l’école. Les matières scientifiques ainsi que les sciences sociales sont enseignées en anglais ou en français selon les écoles anglophones ou francophones. À l’université, le choix de la langue d’enseignement reflète souvent les orientations linguistiques des études secondaires. Les universités anglophones attirent les étudiants souhaitant poursuivre des carrières internationales dans des domaines tels que la médecine, l’ingénierie et les affaires. Et les universités francophones jouent un rôle crucial dans le maintien et la promotion de la langue française tout en offrant des programmes dans divers domaines, allant du droit aux sciences humaines, en passant par les sciences de la santé. La maîtrise du français et de l’anglais à l’école et à l’université prépare les étudiants libanais à un marché du travail diversifié et globalisé.
Les langues dans le pays du Cèdre illustrent la richesse et la complexité de la coexistence du français et de l’anglais au Liban. Cette dualité linguistique, loin de constituer un simple phénomène de juxtaposition, est le reflet d’un dialogue incessant entre tradition et innovation, identité et ouverture. Le défi pour le Liban réside dans la capacité à maintenir cette harmonie délicate, à valoriser chaque langue pour ses apports uniques, tout en forgeant une identité culturelle qui puisse naviguer avec assurance dans le monde contemporain.
Léa CHIDIAC
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Merci pour cette contribution qui reflète parfaitement l'équilibre entre ces 2 langues au Liban. Le Liban est un pays ouvert à toutes les cultures. La préservation de ce patrimoine linguistique, et donc culturel, est essentiel à son développement. C'est une richesse qui renforce chaque libanais dans son développement personnel et intellectuel, et, par conséquent, constitue un facteur de richesse pour la Nation, tout entière.
09 h 20, le 23 juillet 2024