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Société - Liban

« Nous refusons d'être utilisés à des fins politiques » : un affichage des funérailles de Issam Abdallah à Beyrouth fait polémique

« Issam a été tué alors qu'il couvrait la guerre et parce qu'Israël cible les journalistes. Des messages comme celui-ci détournent l'attention de cette réalité », dénonce la cousine du photojournaliste. 

« Nous refusons d'être utilisés à des fins politiques » : un affichage des funérailles de Issam Abdallah à Beyrouth fait polémique

Une affiche utilisant la photo des funérailles du journalistes Issam Abdallah avec le message « Ça suffit, nous sommes fatigués » et le hashtag "le Liban ne veut pas la guerre". Photo fournie par Miriam Fayad

Miriam Fayad, cousine de Issam Abdallah, le photojournaliste de l’agence Reuters tué le 13 octobre par une frappe israélienne au Liban-Sud, a été consternée mardi matin en découvrant des panneaux publicitaires géants à Beyrouth affichant une photo prise lors des obsèques de son cousin à Khiam. Cette image, où elle se trouve aux côtés de Abir, la sœur de Issam Abdallah, a été utilisée dans une campagne intitulée « Le Liban ne veut pas la guerre », mais sans le consentement des personnes concernées.

« Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi ma famille et moi-même sommes sur des panneaux d'affichage sur les autoroutes et les routes, avec un message politique subliminal, sans notre consentement ? », a écrit Miriam Fayad sur Instagram. « Issam est un martyr du Liban-Sud. Utiliser notre photo de funérailles et un moment de désolation pour un message politique est extrêmement déplacé. Laissez-nous tranquilles », a-t-elle ajouté.

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Contactée par L'Orient-Le Jour, Miriam Fayad s'est dit « extrêmement déçue de voir que cette photo de famille prise lors d'un moment triste à été utilisée à des fins de propagande politique ». « Personne ne souhaite la guerre, nous aimons tous notre pays. Un tel message est ambigu, car lorsque nous disons 'nous ne voulons pas de guerre', c'est comme si nous justifiions l'assassinat de journalistes pendant la guerre, ce qui n'est pas acceptable », a-t-elle expliqué. « Issam a été tué alors qu'il couvrait la guerre et parce qu'Israël cible les journalistes. Des messages comme celui-ci détournent l'attention de cette réalité, a-t-elle souligné. Nous refusons d'être utilisés à des fins politiques. »


Inacceptable et méprisable

Jad Chahrour, responsable média du centre SKeyes, a affirmé que l'utilisation de cette photo était « inacceptable et méprisable ». « Il est inadmissible d'exploiter et de manipuler les émotions des gens à travers un événement ou une position susceptible de diviser les opinions », a-t-il dénoncé sur le réseau X. Contacté par L'Orient-Le Jour,  il affirme ne pas savoir qui est derrière cette campagne.

L'armée israélienne avait attaqué le 13 octobre dernier une zone où se trouvaient des journalistes, tuant Issam Abdallah, reporter de l'agence Reuters, et blessant grièvement Christina Assi, journaliste de l'AFP, ainsi que d'autres collègues à eux. Une enquête de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban) a révélé, selon la lecture qui a pu en être faite par l'agence, que l'artillerie israélienne a tiré deux obus de 120 mm sur le groupe de « journalistes clairement identifiables », ce qui constitue une violation flagrante du droit international. Dans son rapport, la Finul note aussi que son personnel n'avait enregistré aucun échange de tirs à la frontière entre Israël et le Liban pendant plus de 40 minutes avant que le char Merkava israélien n'ouvre le feu sur les journalistes.

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Des organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont estimé que cette attaque constitue une violation de la résolution 1701 des Nations unies, qui avait mis fin aux combats entre le Hezbollah et l’État hébreu en 2006. Deux journalistes de la chaîne al-Mayadeen (proche du Hezbollah), Farah Omar et Rabih Mehmari, ont également été tués par Israël à la fin du mois de novembre.


Les Forces libanaises, « entre autres »

Cette campagne a fait son apparition aux alentours de novembre 2023. Sur certaines affiche l'on pouvait lire : « Pour que le passé ne se répète pas, le Liban ne veut pas de la guerre ». Selon The Independant Arabia « il est dit que des hommes d'affaires libanais et expatriés financent la campagne (…), On murmure également que le parti des Forces libanaises pourrait être derrière cette affiche ». Contactée par L'Orient-Le Jour, Ghada Ayoub, une députée des Forces libanaises (FL), qui a utilisé le hashtag sur ses réseaux sociaux, a indiqué ne pas savoir si son parti est derrière la campagne. Un autre député FL assume lui que son parti, « entre autres, est derrière cette campagne ». « C'est une campagne multidimensionnelle, a-t-il expliqué. Elle a été orchestrée par les FL, des révolutionnaires, des médias tels que la chaîne MTV et des ONG ». Au sujet de la polémique déclenchée par l'utilisation de l'image des funérailles de Issam Abdallah, le député répond :  « Nous n'avons rien à voir dans l'exécution de la campagne ».

Dans un article sur le sujet, le quotidien al-Chark el-Awsat cite Ghina el-Khazen, et la présente comme étant « directrice d'une société de publicité dans le Golfe et l'une des organisatrices du projet ». Mme el-Khazen indique au quotidien que la campagne était financée par un groupe de jeunes Libanais et d'hommes d'affaires qui souhaitent la stabilité politique, militaire et sécuritaire et qui représentent « toutes les régions libanaises ».

« Oui, le Premier ministre libanais a déclaré que lui et son gouvernement ne contrôlaient pas les décisions de guerre et de paix, mais le peuple libanais est plus grand et plus fort que le gouvernement, et la décision est entre ses mains, a-t-elle déclaré. Cette décision n'est pas et ne sera pas entre les mains du système politique qui est soumis aux politiques des partis et des groupes armés ». « Nous avons eu assez de guerres au Liban, nous choisissons la paix. La décision de la guerre est aujourd’hui entre les mains d’Israël », avait affirmé en novembre 2023 le chef du gouvernement démissionnaire Nagib Mikati.

En mars 2024, Lebanon Debate rapportait que plusieurs « jeunes ont incendié des panneaux sur la route de l’aéroport portant l'inscription « Le Liban ne veut pas de guerre ». Les jeunes ont lancé des cocktails Molotov sur les panneaux, selon le site d’informations. 

Depuis le début de la guerre à Gaza déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas sur le sol israélien le 7 octobre, le Hezbollah, allié du mouvement palestinien, échange quotidiennement des tirs transfrontaliers avec Israël, qui font craindre une guerre à plus grande échelle.

Miriam Fayad, cousine de Issam Abdallah, le photojournaliste de l’agence Reuters tué le 13 octobre par une frappe israélienne au Liban-Sud, a été consternée mardi matin en découvrant des panneaux publicitaires géants à Beyrouth affichant une photo prise lors des obsèques de son cousin à Khiam. Cette image, où elle se trouve aux côtés de Abir, la sœur de Issam Abdallah, a été utilisée dans une campagne intitulée « Le Liban ne veut pas la guerre », mais sans le consentement des personnes concernées.« Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi ma famille et moi-même sommes sur des panneaux d'affichage sur les autoroutes et les routes, avec un message politique subliminal, sans notre consentement ? », a écrit Miriam Fayad sur Instagram. « Issam est un martyr du Liban-Sud. Utiliser notre photo de...
commentaires (11)

C'est indéniablement une erreur de précipitation d'avoir lancé cette campagne d'affichage sans demander le consentement des personnes concernées. Maintenant si la famille du journaliste tué ne consent pas, c'est qu'elle pratique l'autocensure devant la milice du grand Israël safavide, et ça c'est autrement plus inquiétant. PS: depuis octobre dernier les ôtages de Gaza eux n'ont de cesse d'être exploités par les mouvements sionistes de gauche et l'administration Biden pour demander une trêve foireuse fondée sur des compromissions mutuelles et qui n'a jamais pu se concrétiser..

MAKE LEBANON GREAT AGAIN

06 h 56, le 18 juillet 2024

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Commentaires (11)

  • C'est indéniablement une erreur de précipitation d'avoir lancé cette campagne d'affichage sans demander le consentement des personnes concernées. Maintenant si la famille du journaliste tué ne consent pas, c'est qu'elle pratique l'autocensure devant la milice du grand Israël safavide, et ça c'est autrement plus inquiétant. PS: depuis octobre dernier les ôtages de Gaza eux n'ont de cesse d'être exploités par les mouvements sionistes de gauche et l'administration Biden pour demander une trêve foireuse fondée sur des compromissions mutuelles et qui n'a jamais pu se concrétiser..

    MAKE LEBANON GREAT AGAIN

    06 h 56, le 18 juillet 2024

  • c’est donc pour moi la photo, l’image, l’affiche et leur instrumentalisation pendant un conflit qui est l’enjeu sans trop verser dans une polémique sachant très bien quelle formation ou parti derrière la déclaration de l’un ou de l’autre… Nous sommes en guerre mais parfois la fin n’autorise pas les moyens…

    Charles Fayad

    19 h 34, le 17 juillet 2024

  • Combien de sens, selon les interprétations peut donner une photographie ? C’est le procédé de la récupération de la photo pour fin de campagne qui est en cause, et moi qui est profondément contre cette guerre je dis halte à l’amalgame, et halte à la guerre sans justifier la mort d’aucun…

    Charles Fayad

    15 h 40, le 17 juillet 2024

  • Pour revenir à l’affiche, et qu’on me tire les oreilles si je polémique, que la cousine manifeste son désaccord (et elle a bien raison) sur l’usage de la photo à d’autres fins. Mais qu’on parle des droits de l’auteur de la photo qui a eu sans doute le consentement des personnes présentes lors des funérailles pour qu’elle soit publiée dans les médias. Pour quel message ? C’est toute l’ambiguïté d’une photo. Pour dénoncer ou plutôt mieux montrer les horreurs de cette guerre. Mais qu’elle soit "utilisée" pour d’autres messages, ça non, pas de consentement.

    Charles Fayad

    15 h 30, le 17 juillet 2024

  • Il y a l’autre guerre, celle des photos à des fins de propagande. Qu’on se rappelle la photo (mi-juin) lors des funérailles d’un militaire druze de l’armée israélienne. Elle a aussi suscité la colère d’un leader druze libanais (mon Dieu, j’ai oublié son nom) et insultante selon ses déclarations, car y on voit sur un mur l’image de son père à côté d’un émir druze dans une rue israélienne. Les interprétations, le sens qu’on donne, et mes longues études en photographie me le confirment, que la photographie est par essence ambigüe...

    Charles Fayad

    15 h 17, le 17 juillet 2024

  • Pas de polémique donc sur le droit à l’""image""par respect du deuil de la famille du reporter.L’affiche incriminée (exploitation d’une photo prise lors des funérailles pour une affiche sans accord préalable) suscite la colère, par une discutable déclaration, je cite : ‘’’’Un tel message est ambigu, car lorsque nous disons 'nous ne voulons pas de guerre', c'est comme si nous justifiions l'assassinat de journalistes pendant la guerre, ce qui n'est pas acceptable », a-t-elle expliqué’’’’. Il faut reconnaitre aussi que LA photographie est également ambigüe par essence, selon les interprétations..

    Charles Fayad

    15 h 07, le 17 juillet 2024

  • Oui, certes mais nous en avons marre que le Liban soit utilisé par des barbus sans foi ni loi qui nous utilisent notre pays comme un plateforme de guerre destructrice alors que chez eux,en Iran, ils ne sont jamais atteints ni détruits. Maudit soit le Hezbollah!!!

    Wow

    02 h 05, le 17 juillet 2024

  • Entièrement d’accord, une photo ne peut et doit pas être publiée sans le consentement des intéressés. Point! Cela dit, la plupart des libanais sont fatigués du “trash talk” qu’échangent le Hezbollah et les ultras du gouvernement israélien. Nous voyons le précipice de la guerre approcher à la vitesse grand V, et avons le sentiment de ne rien pouvoir faire pour l’éviter. Mikati est devenu calife à la place du calife, et ne contribue pas à une solution constructive, au contraire. Il est temps d’avoir un président qui reprenne le pays en main et nous mène à bon port à travers les écueils.

    Alain

    23 h 16, le 16 juillet 2024

  • Et si j'affiche une photo de Lokman Slim ou de Samir Kassir, en ecrivant "nous ne voulons plus d'assassinats", les jeunes de la route de l'aeroport vont ils dechirer l'affiche et m'accuser d'etre un agent Sioniste ?

    Michel Trad

    22 h 32, le 16 juillet 2024

  • On affiche bien des photos de "martyrs" et d'hommes religieux iraniens sur l'avenue la plus importante du Liban, l'avenue qui reçoit les touristes, l'avenue qui devrait être une façade représentant la beauté de notre pays. Ces photos, ou affiches ont été imposées aux libanais mais aussi aux touristes qui pourraient penser que ces photos ont été unanimement acceptées par tous les libanais. Personnes n'a levé le petit doit pour protester contre ces photos. Oui, tout le monde aimerrait dire qu'on est contre la guerre car tout le monde est d'accord sauf ceux qui ne peuvent pas survivre sans elle.

    Citoyen

    22 h 24, le 16 juillet 2024

  • Le gouvernement libanais a retiré sa plainte et n’a pas défendu le journaliste assassiné. Le fonds du message est partagé par la plupart des libanais. Sauf qu’au liban tout ce qui concerne « le droit à l’image » c’est une notion extraterrestre pour certains. Oui la cousine du journaliste assassiné a raison. On ne peut pas afficher et publier des photos de personnes sans leur autorisation au préalable. C’est une faute majeure que d’agir sans aucune notion juridique minimale .

    LE FRANCOPHONE

    21 h 31, le 16 juillet 2024

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