Au moment où la tendance générale est de croire que l’Irak et la Syrie sont en train d’intégrer le giron américain, une rencontre a eu lieu entre une délégation du Hezbollah et le Premier ministre irakien, Ali Zaïdi. L'entretien a eu lieu début juillet, c’est-à-dire avant le voyage du Premier ministre libanais à Bagdad. Tout comme il y a eu des contacts entre des représentants du Hezbollah et des responsables syriens, par l’intermédiaire du Qatar. Certes, avec les responsables syriens, les discussions restent centrées sur des questions techniques relatives à la frontière entre le Liban et la Syrie, alors qu’avec le chef du gouvernement irakien l’entretien était plus global.
Concernant les contacts avec les autorités irakiennes, la délégation du Hezbollah était présidée par l’ancien ministre Mohammad Fneich. Elle se trouvait en Irak pour suivre la cérémonie funéraire organisée à Karbala et à Najaf en hommage à l'ancien guide suprême iranien Ali Khamenei. Selon les informations recueillies, ce sont les autorités irakiennes qui ont souhaité cette rencontre qui s’est d’ailleurs déroulée dans un climat détendu. L’idée directrice du Premier ministre irakien était de convaincre le Hezbollah de se montrer malléable, dans la recherche d’une solution au problème que posent ses armes. Il aurait même évoqué à ce sujet l’expérience irakienne avec les milices pro-iraniennes.
Zaïdi aurait ainsi insisté sur la nécessité de trouver des solutions pacifiques et aurait conseillé au Hezbollah d’adopter l’équation irakienne, selon laquelle, s’il y a une guerre entre l’Iran et les États-Unis, il faut veiller à ce que l’Irak n’en paie pas le prix et, au contraire, si un accord est conclu entre ces deux pays, l’Irak devrait en profiter. Zaïdi aurait conseillé au Hezbollah de faire preuve de réalisme et de suivre le modèle irakien, qui cherche à préserver ses relations avec l’Iran tout en développant celles nouées avec les États-Unis. Il a même proposé ses services aux Libanais, souhaitant profiter de ses bonnes relations avec toutes les parties concernées. Le Hezbollah étudie, lui, la possibilité d’avoir des représentants permanents en Irak.
Avec les responsables syriens, la situation est différente, les relations entre le Hezbollah et les nouvelles autorités à Damas étant bien plus complexes. Le passif est lourd entre elles et les deux parties se sont affrontées directement pendant les années de guerre. Pour cette raison, il est difficile d’organiser une rencontre directe entre des représentants du Hezbollah et ceux du pouvoir syrien. Mais après les déclarations apaisantes du président syrien Ahmad el-Chareh, le Hezbollah a estimé qu’il fallait saisir cette occasion et tenter un rapprochement avec les autorités syriennes. En réalité, c’est le Qatar qui a pris l’initiative en se basant sur le point suivant : en raison des conflits entre les deux parties, le mieux serait d’entreprendre des contacts préliminaires portant sur les problèmes frontaliers. Ceux-ci constituent en effet une source majeure de conflit entre les deux pays. Si les deux parties parviennent donc à établir un minimum de coordination sur les points de passage frontaliers surtout en ce qui concerne les filières de contrebande, cela rendra plus facile par la suite la possibilité de retrouver une certaine confiance entre elles. L’idée est en train de faire son chemin et des contacts préliminaires ont déjà été pris en ce sens. Selon le Hezbollah, la Turquie est également favorable à ce processus et pousse les autorités syriennes à prendre directement contact avec le Hezbollah. Mais celles-ci sont encore réticentes et, selon le Hezbollah, elles sont aussi soumises à des pressions de la part des Américains pour continuer à prendre leurs distances avec lui. Pour celui-ci, les récentes annonces syriennes sur la découverte de cargaisons d’armes en Syrie qui lui seraient destinées s’inscriraient dans ce sens, puisqu’il affirme ne plus avoir la moindre activité en Syrie.
Le Hezbollah voit en tout cas d’un bon œil toutes ces démarches ainsi que le rôle positif joué par la Turquie, le Qatar et l'Irak. Toutefois, ces relations peuvent-elles aboutir à ce qu’il obtienne un sursis pour ses armes, ou à un accord pour qu’il conserve une influence au Liban ? Pour l’instant, cela ne semble pas être une possibilité réelle. Au contraire, le Premier ministre irakien a proposé des pistes pour lancer le processus de désarmement, et les Syriens ne veulent pas entendre parler d’un rôle militaire du Hezbollah à la frontière avec le Liban.

