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Culture - Rencontre

Roda Fawaz, « Être Libanais », Belge et Guinéen tout à la fois

Il se produit au théâtre Monnot jusqu’au dimanche 14 juillet dans « On The Road… A », un seul en scène inspiré de son propre parcours de Libanais… à multiples nationalités/identités. Conversation en coulisses avec un comédien à la fois sensible et solaire.

Roda Fawaz, « Être Libanais », Belge et Guinéen tout à la fois

Roda Fawaz posant dans le hall du théâtre Monnot. Photo DR

Certains d’entre vous ont peut-être découvert Roda Fawaz à travers la lettre-hommage qu’il avait lue à la télé belge au lendemain de la double explosion au port de Beyrouth – puis partagée via les réseaux sociaux – dans laquelle il dressait la liste de ce qui fait, selon lui, la singularité des Libanais. « Être Libanais, énumérait-il entre autres, c’est garder espoir et se relever, relever la tête, en permanence. »

L'affiche du spectacle de Roda Fawaz. DR

Une façon d’être que ce comédien, auteur et réalisateur « belgo-libano-guinéen » a pu expérimenter ces derniers mois. Son seul en scène On The Road…A, prévu initialement au théâtre Monnot en novembre 2023, ayant été annulé à cause des événements du 7 octobre, il s’est quand même raccroché à la possibilité de venir le présenter dans son pays d’origine en ce mois de juillet. « En dépit des informations qui me parvenaient sur l’instabilité de la situation et les demandes de rapatriement des citoyens européens, j’ai continué à m’y préparer, à le répéter, en parallèle à d’autres projets sur lesquels je travaillais, tout en ne sachant pas si je pourrais me produire à Beyrouth. Durant cette période, je peux dire que j’ai vraiment vécu au rythme du Liban. Et c’est là que j’ai réalisé la force et le courage qu’il faut aux Libanais (de l’intérieur) pour supporter toute cette charge mentale qui pèse sur eux en permanence », confie à L’Orient-Le Jour ce brun quarantenaire au débit rapide et au sourire chaleureux.


Le syndrome du mouton noir

Né au Maroc, ayant grandi en Guinée puis, à partir de ses six ans, en Belgique, où il vit toujours après quelques années passées à Paris, Roda Fawaz est l’exemple type du « Libanais de la diaspora ». À la fois attaché à ses racines et citoyen du monde, cumulant les nationalités et superposant des identités parfois antinomiques. Mais aussi ressentant parfois le syndrome du « mouton noir ». « Ce sentiment d’être étranger partout » qui l’a conduit, dit-il, vers ce métier de comédien, alors qu’il se préparait plutôt à faire carrière dans le tourisme.

« Je suis entré par curiosité un soir dans un cours de théâtre. Et j’y ai découvert, au-delà du plaisir de jouer, le pouvoir de m’effacer totalement moi-même pour être paradoxalement tout le monde. J’ai alors laissé tomber mes études de tourisme pour cette aventure qui mène à expérimenter différents univers et toucher la quintessence de ce que c’est qu’être un humain ».

Explorer l’identité et le conditionnement social

Servi par une faconde innée et un certain sens de la dérision, Roda Fawaz se lance d’abord dans le Stand Up (monologue comique), avant de ressentir le besoin de s’exprimer avec plus de profondeur. En explorant, notamment, la thématique identitaire et celle du « conditionnement de l’être humain » qui deviendra le fil conducteur de toutes ses écritures. Depuis son spectacle-phare On the Road…A, inspiré de son parcours de « Libanais à multiples nationalités », jusqu’à Dieu le père, qui à travers la description de son propre rapport au « père, à la mère et à celui de cette dernière à Dieu » questionne aussi « ce qui, dans notre environnement, notre parcours, notre éducation, fait le lit de nos réflexes, nos complexes, nos attitudes, nos pensées et convictions », dit-il. « Bref, tout ce qui fait de nous ce que nous sommes ».

Si ces deux spectacles s’inspirent de son vécu personnel, ce n’est pas par égocentrisme, assure Roda Fawaz. « Mais parce que, n’en pouvant plus d’entendre les discours politiques et théoriques des Zemmour et autres consorts sur l’identité nationale et les émigrés, je voulais leur opposer la parole de quelqu’un qui sait vraiment ce que c’est que d’être un étranger, un binational, un multinational… Et surtout ce que c’est que de subir le regard de l’autre. »

Fan d’Amin Maalouf et de Gebran

On the Road…A – qui a été un succès total, joué sans interruption de 2017 à 2020 en Belgique et en France, avec un passage par Avignon en 2019 – est né aussi de « ma rencontre avec Amin Maalouf, de la lecture de son essai Les Identités meurtrières qui m’a complètement bouleversé et façonné ma pensée », ajoute le comédien. Qui signale, par ailleurs, avoir emprunté à l’académicien la fameuse phrase « C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances et c'est notre regard qui peut aussi les libérer. »

Cette assertion, Fawaz l'a faite sienne dans ce spectacle « voulu comme un moment de partage, avec l’intention d’aller vers l’autre et de créer des ponts ». Et dans lequel il interprète une vingtaine de personnages : père, mère, potes, copains de classe, prof de religion... Un spectacle alternant rire et émotion, réflexion et autodérision. Toujours avec cette sincérité dans le dire qui est la marque de fabrique de cet auteur et comédien à la fois sensible et solaire.

En témoigne sa seconde lettre à ses compatriotes libanais, écrite un an après la tragédie du port de Beyrouth et intitulée Lettre au petit Georges, l’enfant du miracle venu au monde le 4 août 2020, au moment même où la double explosion détruisait une partie de Beyrouth et soufflait l’hôpital où sa mère accouchait. Une lettre poignante dans laquelle il exprimait des sentiments ambivalents envers le Liban, entre attachement et déception, célébration de sa beauté et regret de ce que ce pays aurait pu être. Si… les divisions, la corruption, l’individualisme et l’insouciance n’y faisaient pas rage.

Vous l’aurez deviné, Roda Fawaz est de ceux qui n’ont pas peur de dire les choses telles qu’elles sont. S’exprimant sans arrogance, mais avec lucidité et sincérité, il affirme d’ailleurs regretter que les « Libanais de la diaspora se bornent à répéter aux Français, aux Européens, aux étrangers que le Liban est un pays où tout va bien et où on fait la fête, en croyant que c’est ainsi qu’on en donne une bonne image. Alors que personnellement, je trouve que notre rôle, notre devoir même de membres de la diaspora devraient être de mettre le doigt là où ça fait mal, de dénoncer (comme l’avait fait Gebran dans ses écrits d’exil) ce qui ne va pas dans ce pays où la majorité des habitants vivent dans des conditions très difficiles. Et d’essayer d’agir en conséquence ».

Une voix assurément à entendre… Sur la scène du théâtre Monnot ces 11, 12, 13 et 14 juillet à 21h.

Certains d’entre vous ont peut-être découvert Roda Fawaz à travers la lettre-hommage qu’il avait lue à la télé belge au lendemain de la double explosion au port de Beyrouth – puis partagée via les réseaux sociaux – dans laquelle il dressait la liste de ce qui fait, selon lui, la singularité des Libanais. « Être Libanais, énumérait-il entre autres, c’est garder espoir et se...
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