Première promotion du Contemporary Dance Track : dix jeunes interprètes incarnent l’ambition de professionnaliser la danse contemporaine au Liban. Photo François Chahine
Depuis plusieurs années, Jana Younes s’attache à structurer une véritable scène professionnelle de danse contemporaine au Liban. À la tête du Beirut Contemporary Ballet, la chorégraphe a également fondé le Labo de la danse afin d’ouvrir la voie à de véritables carrières dans le pays. Alors que le corps de ballet a vu le jour en 2018, le Labo, lui, a ouvert ses portes en 2025. De crise en guerre, les revers se multiplient, mais Jana Younes poursuit son ambition envers et contre tout. Le fruit de ses derniers efforts est un spectacle de 40 minutes, ÉTUDE for 10 Dancers, création que le Beirut Contemporary Ballet présentera les 16 et 17 juillet à la Silk Factory de Fidar.
Si les talents existent, les structures capables de les accompagner dans leur évolution restent encore trop rares. L’ambition de ces deux soirées dépasse donc largement la simple présentation d’un spectacle : il s’agit avant tout de former des danseurs professionnels. Dix jeunes interprètes y donnent corps à une ambition plus vaste : créer un espace de formation professionnelle durable pour la danse contemporaine au Liban.
« Une étude, c’est à la fois un exercice, un outil de pratique et une œuvre d’art », explique Jana Younes à propos du titre du spectacle. « Nous avons travaillé sur ce programme depuis le début de l’année et avions prévu six mois pour le monter en différents modules et avec plusieurs chorégraphes. Évidemment, les annulations se sont multipliées (en raison de la guerre au Liban, NDLR), mais nous avons continué jusqu’à présenter le fruit de notre labeur comme un premier test d’aptitude pour les danseurs. »
Le programme rassemble des créations de Jana Younes, Denise Yaacoub, Jonas Garrido Verwerft — chorégraphe et danseur belge qui a initié les élèves aux acrobaties douces —, Mounir Malaeb, qui propose une relecture de l’essence de la dabké, ainsi que Dolly Sfeir, dont il s’agit de la première création présentée au Liban. Chacun apporte son univers, son écriture et son regard, offrant aux dix interprètes l’occasion d’explorer des approches multiples de la création contemporaine.
Former une génération
Après avoir créé le Beirut Contemporary Ballet puis le Labo de la danse, Jana Younes réalise que le passage d’une structure à l’autre reste délicat. Elle imagine alors un véritable tremplin, baptisé Contemporary Dance Track.
Pendant six mois, dix jeunes danseurs ont suivi plus de 400 heures de formation intensive mêlant entraînement technique, improvisation, composition chorégraphique, travail du répertoire et développement artistique. Un cursus pensé pour les rapprocher des exigences du métier d’interprète et les aider à construire leur propre langage. Le programme est soutenu par le mécène Dani Chaccour, PDG d’Em Sherif.
Dans un pays où les urgences se multiplient et où la culture peine souvent à trouver sa place parmi les priorités collectives, investir dans la formation artistique relève aussi d’une véritable conviction. Une conviction qui, selon Jana Younes, transforme la vie des jeunes danseurs. « Ils réalisent qu’ils peuvent faire autre chose que danser dans des clips musicaux. Avec le Beirut Contemporary Ballet en ligne de mire, je pouvais me permettre de sélectionner les danseurs les plus doués pour les intégrer progressivement à la compagnie. » Aujourd’hui, le corps de ballet ne compte plus que trois danseurs. « L’année dernière, ils étaient quinze, mais allaient et venaient. Je me suis trouvée obligée de ne garder que ceux qui voulaient vraiment poursuivre une carrière. C’est avec ce profil que je veux construire la troupe. Ces danseurs travaillent six mois par an et chaque saison finance la suivante. C’est le format adopté un peu partout par les compagnies qui ne roulent pas sur l’or », explique-t-elle.
L’objectif est désormais de grandir progressivement, d’enchaîner les productions et de faire vivre tout un écosystème dans lequel les danseurs peuvent développer, en parallèle de la scène, des activités pédagogiques et artistiques. À terme, la chorégraphe souhaiterait voir cette dynamique gagner les autres écoles du pays afin de faire émerger des productions capables de tourner à l’international et de montrer que la création chorégraphique libanaise ne se résume pas à la danse orientale.
Les dix danseurs de cette première promotion – Ahmad Masri, Alissa Sadek, Fatima Naim, Khatchig Kajajian, Marcelle Assal, Omar Bakeer, Pauline Matta, Samer Zaher, Sarine Semerdjian et Yara Mroueh – incarnent cette nouvelle génération que le programme entend accompagner.
Le Contemporary Dance Track porte ainsi une ambition qui dépasse cette première édition : contribuer à inscrire durablement la danse contemporaine dans le paysage culturel libanais et offrir aux jeunes artistes de véritables perspectives professionnelles. Avec ÉTUDE for 10 Dancers, ce sont donc dix interprètes qui monteront sur scène, mais aussi les premiers jalons d’une ambition plus vaste : faire de la danse un territoire où les talents libanais peuvent se former, créer et imaginer leur avenir dans un pays qui ne cesse de mettre les bonnes volontés à l’épreuve.
« ÉTUDE for 10 Dancers », les 16 et 17 juillet à la Silk Factory de Fidar.




