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Politique - Présidentielle

L’opposition met Nabih Berry au pied du mur

Les anti-Hezbollah proposent une feuille de route prévoyant une séance électorale ouverte et des concertations limitées dans le temps.

L’opposition met Nabih Berry au pied du mur

Des députés de l'opposition annonçant leur feuille de route au Parlement, le 9 juillet 2024. Photo fournie par les Kataëb

« Nous mettons (le président de la Chambre) Nabih Berry à l’épreuve. » Ces propos tenus par le chef des Kataëb, Samy Gemayel, peu après son entretien avec l’émissaire spécial de l’Élysée pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, fin mai semblaient résumer la prochaine phase pour l’opposition. Mardi, le camp anti-Hezbollah est passé aux choses concrètes, en proposant une « feuille de route » censée paver la voie à un déblocage de la présidentielle.

À l’heure où le chef du législatif accuse l’opposition de bloquer toute solution (en rejetant le dialogue élargi tel qu’il le propose), les anti-Hezbollah se sont prononcés officiellement pour des « concertations » de 48 heures en vue de la tenue du scrutin, dans le cadre d'une séance ouverte de la Chambre. Celle-ci doit permettre l’élection d’un président après des concertations informelles. Et c’est là que le bât blesse pour M. Berry qui, usant de ce qu’il appelle sa « propre jurisprudence », clôt toutes les séances et remet les compteurs à zéro pour imposer une élection à la majorité de deux tiers des députés, un score qui ne peut être atteint sans entente préalable, condition réclamée par le Hezbollah.

C’est lors d’une conférence de presse tenue mardi au Parlement que des députés représentant les principales composantes de l’opposition (les Forces libanaises, les Kataëb, le bloc du Renouveau, l’Alliance du changement et plusieurs députés indépendants) ont annoncé leur feuille de route. Dans ses grandes lignes, cette initiative propose deux scénarios prévoyant, le premier, des concertations informelles avant une séance ouverte, et le second d'abord une séance ouverte, qui serait suspendue (mais non clôturée) pour tenir des concertations. Dans le premier cas, des « consultations parlementaires informelles dont la durée ne dépasserait pas les 48 heures seraient tenues sans convocation officielle ni institutionnalisation de la démarche, et ce dans le but de préserver les règles constitutionnelles de l’élection présidentielle », comme le souligne le texte dont a donné lecture Ghassan Hasbani, député FL. « Après les concertations, et quels qu’en soient les résultats, les députés devraient prendre part à une séance électorale ouverte et dont le procès-verbal ne serait pas clos, avec des tours de vote successifs jusqu’à l’élection d’un président », poursuit le texte qui stipule que tous les protagonistes devraient s’engager à ne pas torpiller le quorum de la séance, comme c’est le cas depuis le début de ce pénible feuilleton (septembre 2022).

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Grosso modo donc, cette proposition n’est qu’une réédition de la position classique de l’opposition quant à l’échéance présidentielle. Il s’agit en effet d’une version légèrement amendée de l’initiative lancée en février dernier par les députés ex-haririens de la Modération nationale, approuvée par une large frange de l’opposition, mais à laquelle le tandem chiite n’avait pas tardé à opposer son veto. Sauf que l’élément le plus important réside dans le point portant sur la nécessité d'une séance électorale ouverte et dont le procès-verbal ne serait pas clos.  Une façon pour les anti-Hezbollah d’empêcher M. Berry de remettre les compteurs à zéro après avoir entraîner tout le monde dans son jeu de dialogue ou de concertations en quête d’une entente élargie. Cet appel à une séance ouverte (sans en clore le procès-verbal) constitue la seconde proposition avancée par les détracteurs du tandem chiite. « Si les députés ne parviennent pas à élire un chef de l’État dès le premier tour, la séance demeure ouverte, alors que les parlementaires procèdent à des concertations en dehors de l’hémicycle pour 48 heures maximum », dit la feuille de route. « Les députés devront ensuite voter lors de tours successifs, à raison de quatre par jour, sans interruption et sans clore le procès-verbal, jusqu’à l’élection d’un chef de l’État », et sur base d'un engagement de tous les acteurs à ne pas provoquer un défaut de quorum.

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La feuille de route de l’opposition a tout pour irriter le président de la Chambre qui avait, jusqu’à récemment, conditionné la convocation d’une séance à la participation de ses détracteurs à une séance de dialogue ou des concertations. Le président du Parlement veut surtout continuer à jouer son rôle de maître du perchoir en pleine vacance présidentielle. « L'opposition  prive la Chambre de son rôle législatif », commente pour notre journal Kassem Hachem, député berryste, laissant ainsi transparaître le veto de Aïn el-Tiné à la proposition, sachant qu’en vertu de la Constitution, la Chambre est considérée, depuis octobre 2022, un collège exclusivement électoral. Nabih Berry avait en effet prétexté de ce rôle législatif pour justifier le fait de clore les procès-verbaux des séances électorales.  

Quoi qu’il en soit, l’opposition est satisfaite d’avoir mis Nabih Berry au pied du mur, selon plusieurs de ses députés. « Les propositions avancées mardi sont notre réponse au camp adverse qui nous accuse de blocage, à l’heure où il n’accepte pas de faire un pas en arrière en abandonnant la candidature (du chef des Marada), Sleiman Frangié, et en voulant nous mener vers des pratiques loin de la Constitution », déclare à L’OLJ le leader des Kataëb, Samy Gemayel.

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Ce dernier point a été évoqué par le chef des FL, Samir Geagea, dans un communiqué publié après le point de presse des députés. « Nous n’acceptons en aucun cas de contribuer à la mise en place de coutumes constitutionnelles, dont une table de dialogue officielle avant l’élection présidentielle », a-t-il lancé. « En tant qu’opposition, ce qui nous importe le plus, c’est que M. Berry convoque une séance électorale ouverte avec des tours de vote successifs », a encore dit le chef chrétien, rappelant que son camp est engagé dans un dialogue permanent qui avait débouché sur un accord autour de deux candidats (Michel Moawad et Jihad Azour). Samir Geagea a naturellement profité de l’occasion pour décocher ses flèches en direction de son plus grand adversaire chrétien, le leader du Courant patriotique libre, Gebran Bassil. « Certains disent que 86 députés sont disposés à prendre part à un dialogue officiel présidé par Nabih Berry. Si tel est vraiment le cas, pourquoi ne passent-ils pas à l’acte ? » s’est interrogé le chef de Meerab, dans une critique adressée au chef aouniste, en plein recentrage politique et qui vient de rétablir les ponts avec Aïn el-Tiné. Au point de se montrer disposé à participer à un dialogue axé sur la présidentielle, même sans les FL. Une éventualité que M. Berry a lui-même exclue lundi. 

Quid de la prochaine étape ?  Des représentants de l'opposition effectueront une tournée auprès des chefs de file au cours de la semaine, au lendemain de leur réunion mardi avec les ambassadeurs des pays membres du Quintette impliqué dans le dossier libanais (États-Unis, France, Arabie saoudite, Égypte, Qatar).

« Nous mettons (le président de la Chambre) Nabih Berry à l’épreuve. » Ces propos tenus par le chef des Kataëb, Samy Gemayel, peu après son entretien avec l’émissaire spécial de l’Élysée pour le Liban, Jean-Yves Le Drian, fin mai semblaient résumer la prochaine phase pour l’opposition. Mardi, le camp anti-Hezbollah est passé aux choses concrètes, en proposant une « feuille de route » censée paver la voie à un déblocage de la présidentielle.À l’heure où le chef du législatif accuse l’opposition de bloquer toute solution (en rejetant le dialogue élargi tel qu’il le propose), les anti-Hezbollah se sont prononcés officiellement pour des « concertations » de 48 heures en vue de la tenue du scrutin, dans le cadre d'une séance ouverte de la Chambre. Celle-ci doit permettre l’élection d’un...
commentaires (4)

La constitution est claire et précise, tout le reste n'est que sabotage de la constitution, assassinat de la nation et enterrement du liban.

Wlek Sanferlou

14 h 04, le 10 juillet 2024

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Commentaires (4)

  • La constitution est claire et précise, tout le reste n'est que sabotage de la constitution, assassinat de la nation et enterrement du liban.

    Wlek Sanferlou

    14 h 04, le 10 juillet 2024

  • Cette proposition n’est qu’un retour à l Constitution; mais elle n’a aucune chance d’aboutir car, quand il enten le mot "Constitution", Berry sort sa kalachnikov.

    Yves Prevost

    07 h 28, le 10 juillet 2024

  • Et le bazar continue…

    Alain

    05 h 29, le 10 juillet 2024

  • La présidence d un maronite est assujettie au non vouloir du président de la chambre chiite

    Zampano

    03 h 56, le 10 juillet 2024

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