Le chef des Kataëb, Samy Gemayel, recevant le leader du CPL, Gebran Bassil, le 10 juin 2024 à Saïfi. Photo fournie par le CPL.
Si ce n’est pas le divorce officiel, c’est quelque chose qui lui ressemble. Un peu plus d’un an après la dernière séance parlementaire dédiée à l’élection d’un président de la République, lors de laquelle le Courant patriotique libre de Gebran Bassil et l’opposition avaient « convergé » sur la candidature de l’ancien ministre Jihad Azour, la « lune de miel » entre les deux parties semble céder la place à une grave crise de confiance. Celle-ci a éclaté en plein recentrage du chef du CPL, qui cherche à s’affirmer comme un élément incontournable de tout déblocage du scrutin, multipliant les gestes d’ouverture envers le président de la Chambre, Nabih Berry. Sans parler de ses clins d’œil occasionnels au Hezbollah. Gebran Bassil s’est même dit favorable à un dialogue autour de la présidentielle, comme le réclame le chef du législatif, quitte à ce qu’il soit tenu sans les Forces libanaises qui s’y opposent, tout comme leurs collègues de l’opposition. De quoi susciter la colère de celle-ci, dont les ténors ne mâchent plus leurs mots en s’en prenant au chef du courant aouniste. Il reste qu’en dépit de cette crise profonde, le CPL et les anti-Hezbollah insistent pour faire croire à l’opinion publique, notamment chrétienne, que la candidature Azour est toujours sur la table face à celle du chef des Marada, Sleiman Frangié, soutenu par le tandem chiite.
« Je n’ai jamais cru à une capacité de M. Bassil de se dissocier du Hezbollah », a lancé le chef des Kataëb, Samy Gemayel, lors d’une interview accordée mercredi soir à la chaîne locale LBCI. Ces propos interviennent quelques jours après une tournée de M. Bassil dans le Akkar, où il avait exprimé son soutien à la « résistance (le Hezbollah) » au cas où les affrontements au Liban-Sud déraperaient en guerre totale. Pour M. Gemayel, ces prises de position du chef du CPL « montrent un retour à son alliance avec le Hezbollah », dans une référence à l’accord de Mar Mikhaël liant les deux formations depuis 2006. Les rapports entre les deux alliés ont frôlé la rupture ces derniers mois sur fond de profondes divergences autour de la guerre en cours à Gaza, mais surtout de la présidentielle. Un point que M. Bassil a reconnu sans ambages lors d’une interview accordée jeudi à la chaîne panarabe Sky News. « L’une des raisons de notre désaccord avec le Hezbollah réside dans le fait qu’il a choisi un candidat rejeté par les principaux protagonistes chrétiens et refuse de conclure une entente à ce sujet », a-t-il dit, affirmant que « personne ne peut imposer quoi que ce soit aux autres ». Pour M. Gemayel, « le CPL soutient l’option Azour uniquement parce qu’il s’oppose à la candidature de Sleiman Frangié ». « Mais ce qui m’importe le plus, c’est de garder Gebran Bassil dans son positionnement actuel sur l’échiquier présidentiel », a-t-il cependant ajouté. Une façon de ne pas couper tous les ponts avec les aounistes sans lesquels l’opposition n’aura aucune chance dans la bataille pour Baabda face au Hezbollah.
« Faire face au Hezbollah »
Samy Gemayel a profité de son interview pour répondre aux critiques formulées par des cadres du CPL sur les mesures que le député du Metn prend depuis plusieurs mois en réponse à « des menaces sécuritaires » contre sa personne. « Gebran Bassil sait-il ce que nous avons enduré ? Comment ose-t-il nous critiquer sur le plan sécuritaire ? » s’est indigné celui dont le frère, Pierre Gemayel, a été assassiné en 2006. Les aounistes avaient surtout critiqué Samy Gemayel et le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, pour avoir boudé, pour des « raisons sécuritaires », la réunion tenue il y a une dizaine de jours à Bkerké avec le numéro deux du Vatican, le cardinal Pietro Parolin. « Je n’ai pas quitté Bickfaya (fief des Gemayel) depuis six mois », a insisté le leader des Kataëb.
Les critiques de M. Gemayel à l’encontre de M. Bassil résument l’état d’esprit de l’opposition en général. Déjà quelques jours après la séance du 14 juin 2023, Samir Geagea déclarait à L’Orient-Le Jour qu’« une crise de confiance (avec Gebran Bassil) qui a duré six longues années ne peut pas être résorbée en six jours ». Un an plus tard, rien n’a changé pour Meerab, qui tient à la convergence sur l’option Azour tout en prenant ses distances avec les aounistes. « C’est justement cette convergence qui définit notre relation avec eux aujourd’hui. D’autant plus que la crise de confiance persiste », dit à L’Orient-Le Jour Charles Jabbour, porte-parole des FL, quelques jours après une guerre de communiqués ayant opposé les deux formations chrétiennes rivales. Dans le cadre de cet échange, le parti de Samir Geagea avait accusé celui de M. Bassil de « promouvoir la coutume de la table de dialogue voulue par le tandem chiite ». Ce à quoi les aounistes avaient réagi en accusant leurs adversaires d’« attendre des directives de l’étranger ».
« Il n’est pas normal de rester les bras croisés face au CPL qui nous accuse de ne pas vouloir dialoguer, et donc de bloquer la présidentielle », justifie M. Jabbour, estimant que la convergence entre l’opposition et le CPL a prouvé que c’est le tandem chiite, et non les chrétiens, qui bloque la présidentielle. C’est pour cette raison que tous les protagonistes anti-Hezbollah y tiennent. Idem pour le CPL. « Tant que le camp adverse n’a pas lâché son candidat, nous n’abandonnerons pas le nôtre », affirme Martine Najm Koteily, vice-présidente de la formation aouniste pour les affaires politiques. « Nous pouvons converger (avec l’opposition) sur un point, à savoir Azour, et diverger sur d’autres », confirme Nagi Hayek, vice-président du parti pour les affaires extérieures. Mais dans les coulisses de l’opposition, on commence à se rendre à l’évidence : « L’option Azour n’était qu’une façon de faire face au Hezbollah », reconnaît un pôle de ce camp sous couvert d’anonymat.



Il fallait préciser qui est Sami Gemayel au juste et quel est son poids et son influence sur la scène libanaise
12 h 10, le 06 juillet 2024