Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhane. Photo d’archives AFP
« Nous sommes préoccupés par le risque d’extension de la guerre au Liban. Nous ne voyons pas d’horizon politique. » C’est le constat pessimiste exprimé jeudi par le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal ben Farhane, lors de la réunion annuelle du Conseil européen des relations extérieures à Madrid. Cette rare prise de position saoudienne sur le Liban depuis le début de la guerre actuelle a de quoi surprendre. D’autant qu’elle survient à un moment où la diplomatie s’accélère de plus en plus pour parvenir à un cessez-le-feu à Gaza couplé à un règlement à la frontière entre Israël et le Liban.
Elle s’inscrit par ailleurs à contre-courant des dernières informations relatives à la décision prise par le Premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahu de mobiliser une délégation pour de nouvelles négociations liées à un cessez-le-feu et à la libération des otages israéliens, au lendemain de l’annonce par le Hamas de nouvelles « idées » pour mettre fin à la guerre. Une opportunité que Washington a qualifiée d’« importante », même si son aboutissement n’aura pas lieu « dans les jours qui viennent », selon un haut responsable américain anonyme cité par l’AFP. « Nous sommes en ligne droite vers un arrêt des combats. Une phase sensible au cours de laquelle toutes les parties vont faire des enchères, y compris certains États du Golfe », souligne une source diplomatique occidentale à L’Orient-Le Jour.
À lire entre les lignes de la déclaration saoudienne, le royaume ne semble en tous les cas pas satisfait du processus de règlement en amont concocté depuis un certain temps entre les États-Unis et la France en vue de consolider, côté libanais également, un cessez-le feu concomitant à celui de Gaza. On le sait déjà : une solution à long terme en vue de pacifier la frontière libano-israélienne est déjà prête depuis un certain temps, notamment du fait des efforts de l’émissaire américain Amos Hochstein. La semaine dernière, ce diplomate a rencontré l’envoyé français Jean-Yves Le Drian à Paris, afin de coordonner leurs efforts sur ce plan. Au menu, un cessez-le-feu, le retour des habitants, le retrait des éléments armés et la prévention de leur réapparition – sans exiger le retrait ou le démantèlement du Hezbollah –, le renforcement de l’armée libanaise et de la Finul, des garanties concernant l’exploration pétrolière et gazière, ainsi que des investissements étrangers (surtout arabes) dans le Sud et sa reconstruction. Seul bémol restant : au nom de l’unité des fronts, le Hezbollah refuse d’arrêter le combat tant qu’un cessez-le-feu n’a pas été décrété à Gaza aussi.
Sur ce front-là aussi, Riyad se distingue. Dans son allocution à Madrid, Fayçal ben Farhane a affirmé que l’Arabie saoudite « est en faveur du déploiement d’une force internationale à Gaza avec pour mission de soutenir l’Autorité palestinienne ». Une suggestion aussitôt refusée par le Hamas qui a rejeté « toutes les déclarations et positions qui soutiennent les projets d’entrée de forces étrangères dans la bande de Gaza sous quelque nom ou justification que ce soit », rapporte Reuters. De source proche du Hezbollah, L’OLJ a appris à ce propos que le Hamas pourrait toutefois accepter la présence d’une force arabe à Gaza.
« La position saoudienne serait une sorte de mise en garde et de pression », commente Kassem Kassir, expert du Hezb. D’après la source diplomatique occidentale, les propos saoudiens semblent destinés à « miner les efforts du Qatar en cours », où devait se rendre hier le chef du Mossad, David Barnea, à la tête d’une délégation israélienne pour des pourparlers sur un accord de trêve à Gaza. « En se prononçant sur la manière dont devrait être gérée Gaza à l’avenir, Riyad semble dire qu’il n’est pas en accord avec Doha, connu pour sa proximité avec le Hamas », rajoute cette source.
Pour d’autres analystes, l’alarmisme de Riyad serait par ailleurs le même que partagent plusieurs puissances occidentales qui craignent de plus en plus un dérapage à n’importe quel moment, quand bien même le processus diplomatique serait remis sur les rails. « Il n’y a rien de nouveau dans l’attitude de Riyad. Tant que perdurent les opérations militaires (à la frontière entre le Liban et Israël) et face au refus israélien de se limiter aux règles d’engagement souhaitées par le Hezbollah, le risque d’expansion de la guerre est toujours grand», estime Riyad Kahwaji, un expert militaire.
Ces derniers jours, le front s’est de nouveau enflammé au Liban-Sud, le Hezbollah s’attelant à venger, via des pluies de roquettes sur Israël, l’assassinat mercredi de Mohammad Nasser, un commandant militaire. « Ce que les responsables libanais ne réalisent pas et qui continue de surprendre les médiateurs occidentaux, c’est leur manque de réalisme et le fait qu’ils semblent ignorer la gravité de la situation au Liban-Sud », note un diplomate européen. Un risque d’autant plus élevé que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, poussé par certains membres de son cabinet et un nombre non négligeables de citoyens israéliens qui veulent en découdre avec le Hezbollah, ne semble pas disposé à se retirer de l’arène tant qu’il n’aura pas marqué une victoire quelconque. « Les va-t-en-guerre en Israël pensent qu’une guerre contre le Hezbollah sera rapide et chirurgicale. Ils ne réalisent pas que la guerre a sa propre logique et que le danger de la voir dégénérer est grand », commente Karim Bitar, politologue. La période la plus délicate serait, selon lui, celle qui va suivre la visite de M. Netanyahu le 24 juillet à Washington, où il doit s’exprimer devant le Congrès.



Il est tout à fait logique que l’Arabie Saoudite ait son mot à dire dans toute cette embrouille, vu que c’est le seul pays qui participe à hauteur de milliards pour financer la reconstruction que les iraniens et leurs affidés dans la région ont pris le soin de détruire,contrairement au Qatar qui lui héberge et appuie les terroristes qui s’en sont même pris à leur voisins saoudiens, puis avance quelques millions pour faire taire les pays qui sont détruits par leurs protégés. Une logique défendable et même respectable. BRAVO aux saoudiens qui ne laissent pas se faire humilier à leurs frais
12 h 22, le 07 juillet 2024