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Lifestyle - Série

« Becoming Karl Lagerfeld », d’autres facettes du Kaiser sur Disney+

Curieux univers que celui de la mode, créatrice de ses propres personnages qu’elle transforme en icônes et forcément, après leur mort, en mythes. Ainsi des Balenciaga, Chanel et autres Saint Laurent. Ainsi de Karl Lagerfeld, Kaiser indétrôné à qui Disney+ consacre une minisérie sortie le 7 juin.

« Becoming Karl Lagerfeld », d’autres facettes du Kaiser sur Disney+

La série « Becoming Karl Lagerfeld » vient de sortir sur la chaîne Disney +.

À peine paru dans la foulée du décès de Karl Lagerfeld, le 19 février 2019, Kaiser Karl, roman biographique de Raphaëlle Bacqué, est un best-seller. Il reprend les éléments d’un long reportage en six volets, Les visages de Karl Lagerfeld, réalisé par la journaliste pour Le Monde l’année précédente. Telle est la matière fouillée sur laquelle se base le scénario de la minisérie Becoming Karl Lagerfeld lancée par Disney+ la semaine dernière. En six épisodes, on y suit l’évolution du créateur allemand campé par un autre Allemand de génie : l’acteur Daniel Brühl (Good Bye, Lenin!, Inglourious Basterds, Captain America: Civil War).

Univers de déni

L’histoire commence en 1972. Lagerfeld a 38 ans. Il n’est encore que ce mercenaire de la mode qui prête ses ciseaux à des maisons en quête d’un nouvel élan, telles que Fendi et surtout Chloé. Il faudra attendre 1983 pour le retrouver à la direction artistique des collections haute couture, prêt-à-porter et accessoires de Chanel, une maison moribonde à laquelle il va redonner le lustre que l’on sait. Quatre personnages indissociables de son histoire personnelle autant que professionnelle à cette période-clé de sa vie sont respectivement campés par Théodore Pellerin (en Jacques de Bascher), Arnaud Valois (en Yves Saint Laurent), Alex Lutz (en Pierre Bergé) et Agnès Jaoui qui interprète Gabrielle Aghion, la fondatrice de la maison Chloé. Se déroule ici son histoire d’amour avec Jacques de Bascher, restée platonique jusqu’à la mort de ce dernier, dans l’univers pop et glamour du Paris nocturne de cette folle décennie, avec des incursions à Rome et à Monaco. Tout en étant le compagnon de Karl, qui adore sa vaste culture et son charme sulfureux, Jacques de Bascher, dandy ambitieux, va entretenir avec le fragile Yves Saint Laurent, alors que ce dernier est encore avec Pierre Bergé, une relation toxique. De Bascher meurt du sida en 1989, à l’hôpital de Garches où Karl, tombant son armure publique de monstre froid ou de snob cynique, lui tient la main jusqu’au bout et fait même installer un lit d’appoint dans sa chambre de malade pour qu’il ne soit pas seul la nuit. Mais on est dans la mode, univers de déni par excellence, et tous les drames se jouent sur fond de fêtes extravagantes.

L’invention d’une vie

Volontiers menteur, sans cesse aux prises avec le fisc, toujours brouillant les pistes sur ses origines et son histoire familiale, Karl Lagerfeld ne dira jamais son âge, s’inventera un père suédois, craindra que son identité allemande soit un handicap pour sa carrière de créateur. Il ne cessera de répéter que « la vérité vraie, on ne la doit qu’à soi-même ». D’où son invention de son personnage, rock star du XVIIe siècle ou aristocrate européen suranné tombé avec son catogan et ses cols hauts dans le vortex contemporain. Tout sauf politiquement correct, on lui doit les répliques les plus misogynes et insultantes pour les mannequins qui se plaignent de la manière cavalière dont elles sont traitées par les hommes en coulisses (« Elles n’ont qu’à aller chez les ursulines et ne pas faire ce métier ») et les personnes rondes. Aussi, dans le New York très « woke » de cette décennie, la première rétrospective qui lui est consacrée par le Metropolitan Museum après sa mort se concentre davantage sur les créations du couturier star que sur son personnage, abondamment controversé. L’un des épisodes les plus célèbres de la vie de Karl Lagerfeld est celui où, en 2000, horrifié par son propre poids, il entreprend avec l’aide du Dr Jean-Claude Houdret un régime qui lui fait perdre 43 kg en treize mois. Son objectif est alors de pouvoir porter les vêtements cintrés créés pour Dior Homme par Hedi Slimane.

Pour mémoire

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Relire Proust et les poètes allemands

L’acteur Daniel Brühl, de père allemand et mère espagnole, deux fois nommé aux Golden Globes, a été révélé au grand public par son rôle dans Good Bye, Lenin! de Wolfgang Becker (2003), où il joue le rôle d’Alexander Kerner. Parfaitement francophone, il s’est réjoui de tourner le film en français avec son accent proche de celui de son personnage. Lagerfeld avait en effet fini par laisser des intonations germaniques s’infiltrer dans son français dompté, ce qui avait donné lieu à une façon de parler unique, ultime contrepoint de sa singularité. Brühl dit aussi s’être immergé dans la culture de Karl Lagerfeld, relisant Proust et les poètes allemands, regardant les films que le couturier a aimés, dont Les enfants du paradis de Marcel Carné (1945). Pour jouer Karl, imiter sa démarche et son attitude, Brühl porte ses talons en pensant aux toreros de sa propre culture ibérique : petits pas féminins, attitude et courage virils, intentions assassines. Enfin, il a pour partenaire le bouleversant Théodore Pellerin qui joue Jacques de Bascher. Il avoue en être tombé amoureux en cinq minutes. Un signe qui ne trompe pas et qui invite à aller découvrir sur Disney+ les émotions nouvelles que révèle la série Becoming Karl Lagerfeld. Toute une époque, des tabous anciens et nouveaux, des décors qui font écarquiller les yeux et des fantasmes taillés pour éblouir.

À peine paru dans la foulée du décès de Karl Lagerfeld, le 19 février 2019, Kaiser Karl, roman biographique de Raphaëlle Bacqué, est un best-seller. Il reprend les éléments d’un long reportage en six volets, Les visages de Karl Lagerfeld, réalisé par la journaliste pour Le Monde l’année précédente. Telle est la matière fouillée sur laquelle se base le scénario de la...
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