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Idées - Commentaire

Gaza : le piège américain pour le « jour d’après »

Gaza : le piège américain pour le « jour d’après »

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken (à dr.) rencontre l’ancien ministre israélien de la Défense Benny Gantz, le 3 juin 2021, au département d’État à Washington. Photo d’archives AFP

Alors que la guerre à Gaza est dans une impasse brutale, l’administration Biden semble parler à nouveau du « jour d’après ». Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a déclaré publiquement le 12 mai que Washington « travaille depuis de nombreuses semaines à l’élaboration de plans crédibles pour la sécurité, la gouvernance et la reconstruction » à Gaza.

Elle exhorte cette fois l’Égypte, les Émirats arabes unis (EAU) et le Maroc à déployer une force arabe commune de maintien de la paix dans le territoire une fois les combats terminés, en attendant qu’une présence palestinienne crédible en matière de sécurité puisse y être établie. Par ailleurs, Benny Gantz a proposé de mettre en place une « administration américaine, européenne, arabe et palestinienne » chargée de gérer les affaires civiles jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement puisse être formé, une transition pendant laquelle Israël maintiendrait un certain degré de « contrôle de la sécurité ».

Pas de feuille de route claire

Ces deux propositions sont présentées comme temporaires, mais elles s’avéreront de fait permanentes tant que l’ensemble des parties ne reconnaîtront pas, et sans aucune ambiguïté, que l’indépendance palestinienne est l’objectif final. Pourtant, l’administration Biden reste réticente à exercer les pressions nécessaires pour contraindre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à suivre ne serait-ce que la plus modestes de ses propositions. Après avoir mis en garde, sans succès, contre une offensive sur Rafah sans plan adéquat pour protéger les centaines de milliers de Palestiniens qui s’y trouvent encore, l’administration a néanmoins notifié au Congrès son intention d’envoyer un milliard de dollars d’aide militaire supplémentaire à Israël. Si Washington mise sur Gantz pour détrôner Netanyahu, son impuissance ne sert qu’à renforcer la position intérieure de ce dernier tout en affaiblissant celle de son rival.

En outre, en l’absence d’une feuille de route claire pour parvenir à l’établissement d’un État palestinien, les troupes de maintien de la paix prévues par ces deux solutions risquent d’entrer en conflit direct avec la population qu’elles sont censées surveiller, voire protéger, quelle que soit leur nationalité ou leur affinité religieuse et culturelle présumée avec les Palestiniens. Même le mandat de maintien de la paix le plus simple que l’on puisse imaginer – assurer une phase initiale de « stabilisation » jusqu’à ce que de nouveaux accords de gouvernement palestinien soient mis en place – présenterait des défis majeurs. La force de maintien de la paix serait-elle censée désarmer les membres du Hamas et les autres militants, les interner, démanteler leurs organisations ? Va-t-elle balayer toute la bande de Gaza, maison par maison ? Ou bien espérerait-elle aveuglément que la population locale continuera à accueillir, voire à protéger les soldats de la paix, alors même que la perspective de l’indépendance s’éloigne de plus en plus ? Les forces de maintien de la paix finiront par infliger encore plus de pertes à une population déjà malmenée, et par s’infliger elles-mêmes des pertes.

Et l’intégration éventuelle des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP) dans ces effectifs, ou leur transfert après une phase initiale de stabilisation, ne garantira pas un meilleur résultat, bien au contraire. Le déploiement de forces fidèles au Fateh, qu’elles proviennent de Cisjordanie ou de Gaza, augmente le risque de règlements de comptes violents avec le Hamas. L’assassinat de quatorze manifestants non armés du Hamas par la police de l’AP – quelques jours après sa création, en novembre 1994 – a en effet créé un précédent qui s’est reproduit par la suite, notamment lors de combats fratricides liés à la prise de contrôle de Gaza par le groupe islamiste en 2007. Les risques sont d’autant plus élevés que l’Égypte et les Émirats arabes unis ont leurs propres objectifs, et considèrent le Hamas comme une excroissance des Frères musulmans, qu’ils combattent. Abou Dhabi cherchera par exemple certainement à favoriser la fortune de son proche allié, l’ancien chef de la sécurité de Gaza et homme fort du Fateh Mohammad Dahlan, qui conserve des partisans à Gaza, y compris parmi les clans qui se sont récemment affrontés avec le Hamas.

Un déploiement arabe ou de l’AP contestée est donc presque certain d’approfondir la fragmentation politique et d’aggraver l’effondrement social à Gaza, ce qui pourrait avoir des répercussions en Cisjordanie, voire dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban, qui sont depuis des années le théâtre d’une lutte à trois impliquant le Hamas, d’autres factions islamistes et les ailes rivales du Fateh.

Placer Gaza sous un contrôle militaire étranger, quel qu’il soit, sans une feuille de route claire vers un État palestinien permettrait en outre à Israël d’approfondir sa colonisation de la Cisjordanie en toute impunité. L’administration Biden et ses alliés ont montré, par commission ou par omission, qu’ils n’entreprendraient que des actions symboliques pour contrer le soutien manifeste apporté par le gouvernement et l’armée israéliens aux colons armés qui ont contribué à l’assassinat de près de 500 Palestiniens en Cisjordanie depuis le 7 octobre. D’autres exactions en Cisjordanie attiseront les tensions à Gaza jusqu’à un point d’ébullition. Il ne peut y avoir d’« opération de maintien » militaire à Gaza dans de telles conditions, comme l’apprend l’armée israélienne elle-même, sans parler d’une opération de maintien de la paix crédible. L’AP s’est raisonnablement opposée à l’idée d’être entraînée dans le maintien de l’ordre à Gaza sans l’assurance d’un processus diplomatique significatif menant à la création d’un État. Les forces de sécurité de l’AP en Cisjordanie sont déjà perçues comme jouant un rôle similaire à celui des forces de maintien de la paix proposées à Gaza : pacifier une population frustrée par l’horizon de plus en plus lointain d’un État et menacée par des colons de plus en plus violents et protégés par l’armée israélienne.

Posture coupable

Pour leurs propres intérêts politiques et sécuritaires, les États arabes à qui l’on demande de fournir des troupes de maintien de la paix pour Gaza seraient bien avisés de refuser ce rôle si la contribution à la création d’un État palestinien ne fait pas partie du mandat. Ils seraient également bien avisés d’insister sur le fait qu’aucune de leurs troupes ne sera déployée si les États-Unis et les principaux gouvernements européens – qui (hormis l’Irlande, la Norvège et l’Espagne cette semaine) promeuvent l’idée tout en refusant de reconnaître l’existence d’un État palestinien – n’en font pas de même et ne s’engagent pas fermement à ne pas retirer leurs troupes sans l’accord de leurs partenaires arabes. Cette leçon reste d’actualité après le retrait précipité de la force multinationale de maintien de la paix dirigée par les États-Unis qui s’était déployée au Liban en 1982, avant les massacres de Sabra et Chatila.

Israël a lancé son invasion terrestre de la bande de Gaza sans avoir la moindre idée de ce qu’il ferait du territoire ou de la population par la suite, et il se rend compte aujourd’hui qu’il est condamné à un conflit prolongé de faible intensité. Une force arabe ou internationale ne fera pas mieux : elle ne fera que soulager Israël en prenant en charge une situation intenable qu’elle n’a pas plus de chance de résoudre.En négociant dans le cadre des paramètres qu’elle propose, l’administration Biden se rend coupable de mettre sciemment ses alliés en danger. Et avec la violence radicale des colons israéliens en Cisjordanie, l’ensemble de l’arrangement ne servira qu’un seul résultat : le démantèlement complet de la Palestine. Il est temps pour les États-Unis et leurs alliés occidentaux qui prônent le maintien de la paix à Gaza tout en bloquant la création d’un État palestinien d’aller jusqu’au bout de leur idée et d’assumer l’entière responsabilité de ses conséquences.

Chercheur principal au Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center.

Ce texte est la traduction synthétique d’un article publié en anglais sur Diwan, le blog du Malcolm H. Kerr Carnegie MEC.

Alors que la guerre à Gaza est dans une impasse brutale, l’administration Biden semble parler à nouveau du « jour d’après ». Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a déclaré publiquement le 12 mai que Washington « travaille depuis de nombreuses semaines à l’élaboration de plans crédibles pour la sécurité, la gouvernance et la reconstruction » à...
commentaires (3)

- LE JOUR D,APRES GAZA VEUT DIRE, - QU,AU PIEGE OU LE GOLFIQUE EST PRIS, - NOMME A DESSEIN *ABRAHAM*, - VIENDRAIENT S,AJOUTER UN PLETHORE, - D,AUTRES PIEGES ATTRAPPE-IDIOTS, - CAR TELS SONT VUS PAR L,HYPOCRITE, - EX PLUS GRANDE SUPER-PUISSANCE, - TOUS LES PAYS DE LA REGION, - MEME CEUX QUI SONT PRIS AUX PIEGES. - PUISQUE ICI ET ICJ, - ONT L,ORDRE D,ARRETER POUTINE, - MAIS NON PAS LE GENOCIDAIRE, - SOUS MENACE DE L,ETRE EUX MEMES. - VIVE L,OCCIDENT HYPOCRITE, - DE LA PSEUDO-DEMOCRATIE, - ET DES DROITS HUMAINS AUSSI. - POUTINE EST LE PLUS DEMOCRATE, - COMPARE A CES RACHITIQUES/

LA LIBRE EXPRESSION

21 h 02, le 05 juin 2024

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Commentaires (3)

  • - LE JOUR D,APRES GAZA VEUT DIRE, - QU,AU PIEGE OU LE GOLFIQUE EST PRIS, - NOMME A DESSEIN *ABRAHAM*, - VIENDRAIENT S,AJOUTER UN PLETHORE, - D,AUTRES PIEGES ATTRAPPE-IDIOTS, - CAR TELS SONT VUS PAR L,HYPOCRITE, - EX PLUS GRANDE SUPER-PUISSANCE, - TOUS LES PAYS DE LA REGION, - MEME CEUX QUI SONT PRIS AUX PIEGES. - PUISQUE ICI ET ICJ, - ONT L,ORDRE D,ARRETER POUTINE, - MAIS NON PAS LE GENOCIDAIRE, - SOUS MENACE DE L,ETRE EUX MEMES. - VIVE L,OCCIDENT HYPOCRITE, - DE LA PSEUDO-DEMOCRATIE, - ET DES DROITS HUMAINS AUSSI. - POUTINE EST LE PLUS DEMOCRATE, - COMPARE A CES RACHITIQUES/

    LA LIBRE EXPRESSION

    21 h 02, le 05 juin 2024

  • Ou vont aller les 2 millions de palestiniens ?

    Eleni Caridopoulou

    21 h 05, le 01 juin 2024

  • Du déjà-vu ! La chansonnette de Ziad Rabbani avec sa : «IKHTALAT EL HABEL BIL NABEL » : le 1ᵉʳ juin 1976, les FORCES ARABES DE DISSUASION……À l’époque pas de – feuille de route – uniquement assurer une phase initiale de ( stabilisation ) : rien de nouveau . Dans ce HOMOS israelo /Palestinien/Arabe, OUI « Il est temps pour les États-Unis et leurs alliés OCCIDENTAUX qui prônent le maintien de la paix à Gaza tout en BLOQUANT LA CRÉATION D’UN ÉTAT PALESTINIEN d’aller jusqu’au bout de leur idée et d’assumer l’entière responsabilité de ses conséquences ».

    aliosha

    19 h 54, le 01 juin 2024

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