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Politique - Décryptage

Pourquoi le quintette n’est plus pressé pour l’élection d’un président


Alors que le Liban politique a les yeux fixés sur les activités du quintette, censées accélérer le processus d’élection présidentielle, de plus en plus de parties sont désormais convaincues que le déblocage n’est pas imminent. Après un vent d’optimisme soulevé par la rencontre à Washington entre l’émissaire présidentiel américain Amos Hochstein et celui du président français Jean-Yves Le Drian, ainsi que les rencontres des ambassadeurs du quintette avec plusieurs chefs de file libanais, la réalité n’a pas tardé à apparaître. Elle a d’ailleurs été résumée par l’ambassadeur d’Égypte à l’issue de l’entretien mardi avec le président de la Chambre Nabih Berry. Ala’ Moussa a déclaré que la mission du quintette était de rapprocher les points de vue entre les différentes parties libanaises. Il n’est d’ailleurs même plus question de la part des ambassadeurs représentant des États influents dans le monde et dans la région de brandir la menace de sanctions contre ceux qui seraient accusés d’entraver l’élection. Autant d’indices qui montrent que ce regain d’activité ne semble pas devoir porter des fruits rapidement. D’ailleurs, plusieurs parties politiques confient qu’elles n’ont pas eu le sentiment qu’il y avait un projet sérieux et clair pour élire un président et qu’il s’agissait plus de rencontres de « suivi » pour montrer que ce dossier n’est pas oublié.

Que s’est-il donc passé pour que ce qui avait paru au début comme une volonté sérieuse et ferme d’aboutir à l’élection d’un président se soit transformé au fil des mois en activité de pure forme ? Des sources politiques libanaises proches de parties qui se sont entretenues avec les membres du quintette précisent qu’il faudrait malheureusement reconnaître que l’intérêt international et régional pour l’élection d’un président au Liban a nettement baissé. Selon ces mêmes sources, au début de la vacance présidentielle, des parties arabes et occidentales considéraient que l’élection d’un nouveau président pourrait permettre de lancer une nouvelle dynamique politique interne qui réduirait l’influence du Hezbollah et le pousserait à intégrer un peu plus la vie politique au détriment de ce qu’il appelle la « résistance ». C’est d’ailleurs dans ce contexte que la première proposition avancée par la France était de soutenir la candidature de Sleiman Frangié, lui-même soutenu par le tandem Amal-Hezbollah, en contrepartie de la désignation d’un président du Conseil proche du camp adverse, dans un accord tacite qui devait aller au-delà des noms, pour englober des questions politiques de fond. Cette idée n’a toutefois pas été adoptée par les membres du quintette, notamment les États-Unis, qui considéraient à ce moment-là qu’il n’était pas nécessaire de faire un tel cadeau au tandem chiite et en particulier au Hezbollah. Les choses n’ont jamais été clairement dites, mais ce qu’on a appelé « l’initiative française » a tourné en rond. Certains membres du quintette ont commencé à déclarer que le groupe ne veut pas entrer dans les noms, préférant définir des critères auxquels devrait correspondre le profil du futur chef de l’État.

Toutefois, à partir du 7 octobre, lorsque le Hezbollah a ouvert un front de soutien à Gaza depuis le sud du Liban, il a été de nouveau question d’un troc entre, d’un côté, la présidence et, de l’autre, la fermeture de ce front. Là aussi, les choses n’ont jamais été clairement formulées, mais dans les coulisses diplomatiques, il était question de donner la présidence au tandem chiite moyennant un engagement du Hezbollah à appliquer « totalement » la résolution onusienne 1701 ou au moins à retirer ses troupes d’élite (la Force al-Radwane) d’une zone allant jusqu’à 10 km en profondeur à partir de la frontière. Ces propositions étaient d’ailleurs accompagnées de messages alarmants sur une volonté israélienne d’élargir la confrontation avec le Hezbollah. L’émissaire présidentiel américain est même venu au Liban, dans le cadre de tournées dans la région, pour discuter de tels projets, et, selon le président de la Chambre, lors de sa dernière visite, il n’aurait même plus réclamé le retrait des troupes d’élite du Hezbollah, proposant simplement de donner un rôle plus accru à l’armée libanaise et à la Finul dans la région située au sud du Litani. De son côté, le Hezbollah, à travers des personnalités proches, a répété à plusieurs reprises que pour lui, il n’est pas question d’échanger la présidence contre son rôle au Sud, une question stratégique pour lui qui ne peut en aucune manière être mise en balance avec l’élection de son candidat. Cette position est d’autant plus ferme pour le Hezbollah qu’il est convaincu que le camp interne qui le considère comme un adversaire n’est pas en mesure de faire élire un candidat qui lui serait hostile, le rapport de force dans le pays et au Parlement ne le permettant pas. Au début, les milieux proches du quintette ont pensé que cette position affichée est un moyen de faire hausser les enchères dans les négociations, mais au bout de plusieurs réunions, ils ont abouti à la conclusion qu’il s’agit d’une position non négociable pour le Hezbollah. Du moins dans les circonstances actuelles.

Les sources proches des personnalités qui ont rencontré les membres du quintette estiment donc que lorsqu’il est devenu clair que l’élection d’un président évoluant dans la mouvance du Hezbollah ne pouvait pas être utilisée pour obtenir des concessions sur le front du Sud et qu’en même temps il était difficile dans le contexte actuel de faire élire un candidat qui n’ait pas l’aval du tandem chiite, l’intérêt pour le dossier présidentiel a baissé. D’autant que la situation à Gaza reste actuellement le dossier qui préoccupe le plus les Occidentaux et les responsables régionaux. C’est dans ce contexte qu’il faudrait donc, selon les sources précitées, mettre la déclaration de l’ambassadeur égyptien qui a renvoyé la balle dans le camp des parties libanaises en se contentant avec ses collègues du quintette du rôle de « médiateur ». À moins d’un soudain réveil de la conscience nationale ou d’un développement extérieur majeur, le dossier présidentiel est donc appelé à faire du surplace.

Alors que le Liban politique a les yeux fixés sur les activités du quintette, censées accélérer le processus d’élection présidentielle, de plus en plus de parties sont désormais convaincues que le déblocage n’est pas imminent. Après un vent d’optimisme soulevé par la rencontre à Washington entre l’émissaire présidentiel américain Amos Hochstein et celui du président...
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A la fin du compte c’est Frangié qui sera président comme il le veut le Hezbollah et l’Iran et la Syrie

Eleni Caridopoulou

19 h 21, le 24 avril 2024

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Commentaires (2)

  • A la fin du compte c’est Frangié qui sera président comme il le veut le Hezbollah et l’Iran et la Syrie

    Eleni Caridopoulou

    19 h 21, le 24 avril 2024

  • Tous ceux qui sont responsables de la situation dans laquelle se trouve le pays s’arrogent le droit de nous prendre en charge et de décider pour nous . Rien ne va changer tant que des partis politiques libanais servent soit l’agenda français, saoudien, qatari et américain. Quant à ’ Égypte ( l’intrusive à mon h avis ), on se demande comment peut-elle nous aider à démêler l’imbroglio libanais. PS : très bon article malgré tout

    Hitti arlette

    12 h 27, le 24 avril 2024

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