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Sport - BASKET

Malgré les tensions au Moyen-Orient, les basketteurs américains ont toujours la cote

Les joueurs venus d’outre-Atlantique sont de plus en plus nombreux à faire les beaux jours des clubs libanais et de la région.

Malgré les tensions au Moyen-Orient, les basketteurs américains ont toujours la cote

Unique McLean sous les couleurs d'al-Shorta, lors d'un match de Super Ligue ouest-asiatique (WASL). Photo FIBA

Pour les basketteurs américains, plus besoin de faire partie des Harlem Globetrotters pour faire le tour du monde. Prisés tels des Brésiliens lorsqu’il s’agit de football, ils s’exportent et s’arrachent aux quatre coins du globe, y compris dans les endroits où l’Oncle Sam n’est, a priori, pas vraiment le bienvenu.

Cette règle d’or s’applique partout au Moyen-Orient, même en Irak, où trois Américains portant les couleurs du club du Hachd el-Chaabi, coalition paramilitaire composée en majorité de milices chiites pro-iraniennes, dont les Kataëb Hezbollah, farouchement hostiles à la présence de bases américaines dans la région. Mais c’est mal connaître les responsables d’une équipe qui reste sur une honorable 4e place décrochée la saison dernière dans la ligue de basket irakienne. « C’est l’un des clubs les plus professionnels avec lesquels j’ai eu à travailler. Ils n'ont absolument rien à voir avec la politique », affirme Peter Hobeika, ancien basketteur professionnel au Liban devenu agent de joueurs au sein de PSB Sports, la plus importante agence de basket de la région.

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Parmi les quelque 120 joueurs dont lui et ses associés défendent les intérêts dans les différents championnats de la région, « environ 90 % sont américains », précise-t-il. Une liste à laquelle est récemment venu s’ajouter Unique McLean. Originaire de Brooklyn dans la banlieue de New York, ce meneur de jeu de 26 ans a lui aussi posé ses valises il y a un mois et demi à Bagdad pour rejoindre les rangs d’une autre équipe irakienne, al-Shorta, après deux premières piges en Arabie saoudite et au Bahreïn. « Partout où je suis passé, j’ai toujours été très bien accueilli, y compris ici en Irak, confie-t-il. On entend beaucoup de choses sur le Moyen-Orient aux États-Unis, comme quoi ce serait une région dangereuse pour nous. Mais une fois que l’on voyage ici, on se rend vite compte que tout cela est très exagéré. Il arrive que certaines personnes nous dévisagent dans la rue. Mais dès qu’on leur explique pourquoi nous sommes là, ils sont heureux de nous voir et nous souhaitent la bienvenue », raconte-t-il.

« 70 000 $ par mois »

Ces dernières années, le Moyen-Orient attire de plus en plus de talents venus d’outre-Atlantique. À tel point qu’il est devenu difficile de trouver une formation sans joueurs américains. « Tout le monde cherche à ramener des joueurs étrangers pour augmenter le niveau de son équipe, explique Peter Hobeika. Ce sont souvent des contrats de courte durée, d’à peine quelques mois, pour avoir la possibilité de changer facilement si besoin, ou uniquement pour les matchs importants en fin de saison. Mais les salaires proposés sont suffisamment attractifs pour les inciter à venir. »

Unique McLean claquant un dunk lors d'un match d'al-Shorta en Super Ligue ouest-asiatique (WASL). Photo FIBA

Avec des émoluments pouvant grimper jusqu’à « 70 000 $ par mois » pour les mieux lotis, en particulier ceux évoluant dans des équipes du Golfe, l’argument financier pèse dans la balance. Car face à la concurrence extrême pour intégrer l’une des franchises de la ligue américaine, l’exil apparaît comme une solution de secours : « Le rêve de tout jeune américain est de jouer en NBA, mais j’ai très vite compris que la meilleure solution pour moi était de partir à l’étranger », raconte Unique McLean, parti barouder dans les ligues européennes dès l’âge de 23 ans. Toutefois, ils sont loin d’arriver en terrain conquis, notamment au Moyen-Orient : « On attend de nous que nous fassions la différence à chaque match, surtout au sein des équipes plus faibles dont on devient automatiquement le joueur le plus important », explique le sportif.

Longtemps limités à une seule et unique place, les quotas de joueurs non locaux se sont progressivement élargis au sein des ligues régionales jusqu’à atteindre la formule de « 2+1 » : à savoir deux joueurs étrangers sur le terrain, et un sur le banc. C’est le nouvel équilibre adopté depuis l’année dernière dans le championnat libanais, l’un des premiers à avoir ouvert ses portes aux joueurs étrangers au moment de son éclosion à la fin des années 1990 : « Le 2+1 est le meilleur système car il permet d’augmenter le niveau global de la ligue sans entraver la progression des joueurs locaux, estime Peter Hobeika. Il n’y a qu’à voir les résultats obtenus par la sélection libanaise ces dernières années. »

« On reste dans notre bulle »

Après son aventure irakienne, Unique McLean se verrait bien découvrir les terrains du pays du Cèdre avec « la meilleure ligue de la région », selon ses dires. Le Liban a également attiré Tyree Corbett, parti de sa Philadelphie natale au même âge que son potentiel futur adversaire. Il évolue depuis février sous les couleurs du Beirut Club. Pour sa première expérience dans la région, le pivot de 2,01 mètres aurait difficilement pu rêver mieux. « Je me suis tout de suite adapté à la ville et au style de vie. J’ai eu la chance d’atterrir dans une super équipe où je me suis senti comme un membre de la famille », décrit-t-il. Une intégration expresse facilitée par la présence de deux de ses compatriotes : Cliff Alexander et Dar Tucker. « J’apprends énormément en évoluant tous les jours aux côtés de joueurs aussi expérimentés. Pour moi, c’est comme si j’étais resté en NBA. »

Tyree Corbett s'envolant pour inscrire un dunk lors du match entre Beirut Club et Sagesse en 1re division libanaise. Photo Fédération libanaise de basket

Mais il y a un autre point qu’affectionne particulièrement Tyree : l’ambiance en tribunes, souvent bien plus hautes en couleur que dans les vastes salles américaines. Il garde un souvenir de son premier déplacement à Ghazir où il affrontait la Sagesse : « Leur public est complètement fou. C’est incroyable de jouer dans une telle atmosphère. J’adore ça », répète-t-il une bonne dizaine de fois.

Va-t-il donc s’inscrire dans la durée dans le championnat libanais ? « Si les conditions le permettent, j’adorerais le faire », confie le basketteur. Sauf que le joueur, son agent et son club ne sont plus les seuls à en décider. Le niveau de tension atteint dans la région depuis le début de la guerre à Gaza remet mécaniquement en cause la pérennité de la présence des plus de 30 basketteurs évoluant cette année au Liban. « Les convaincre de rester dans un tel contexte n’est pas facile. On essaie de leur expliquer ce qui se passe et de les rassurer autant que possible, cela fait partie de notre travail », explique Peter Hobeika.

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Cela ne fonctionne pas toujours, puisque l’agent concède qu’un des joueurs qu’il avait fait venir début octobre est reparti au bout d’une semaine. Mais il peut toujours compter sur l’aide des autres joueurs étrangers déjà sur place. « On communique beaucoup entre nous pour se donner des conseils, se renseigner sur la situation dans tel ou tel pays, détaille Unique McLean. Avant de signer en Irak, j’avais reçu une offre d’une équipe en Syrie. Mais vu tout ce qui se passe là-bas en ce moment, j’ai préféré décliner. » « On essaie de rester dans notre bulle et de rester éloignés le plus possible de ces problèmes pour rester concentrés sur le basket. Pour nous, c’est tout ce qui compte », abonde Tyree Corbett.

Pour les basketteurs américains, plus besoin de faire partie des Harlem Globetrotters pour faire le tour du monde. Prisés tels des Brésiliens lorsqu’il s’agit de football, ils s’exportent et s’arrachent aux quatre coins du globe, y compris dans les endroits où l’Oncle Sam n’est, a priori, pas vraiment le bienvenu. Cette règle d’or s’applique partout au Moyen-Orient, même en...
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