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Culture - Biennale

Pour réclamer un cessez-le-feu à Gaza, une artiste ferme le pavillon israélien à Venise

 « (...) je m'oppose fermement au boycott culturel, mais j'ai beaucoup de mal à présenter un projet qui parle de la vulnérabilité de la vie à une époque où elle fait l’objet d’un mépris insondable », explique l’artiste Ruth Patir. 

Pour réclamer un cessez-le-feu à Gaza, une artiste ferme le pavillon israélien à Venise

Image d’illustration de la Biennale de Venise 2024. Vincenzo Pinto/Archives AFP

Jusqu’à nouvel ordre, les portes du pavillon israélien à la Biennale de Venise resteront fermées. Quatre jours avant l’ouverture de l’une des plus prestigieuses expositions artistiques internationales, Ruth Patir, l’artiste y représentant Israël, a confirmé qu’elle n’ouvrirait pas son exposition dans le pavillon national tant que l’État hébreu et le Hamas n’auraient pas conclu « un accord de cessez-le-feu et de libération des otages », selon le New York Times.


Cette décision a été prise par l’artiste et les conservatrices Tamar Margalit et Mira Lapidot. « L’artiste et les conservateurs du pavillon israélien ouvriront l’exposition lorsqu’un accord de cessez-le-feu et de libération des otages aura été conclu », peut-on lire sur une affiche collée sur la porte du pavillon, selon le journal américain. En 2022, à la suite de l’invasion de la Russie en Ukraine, les artistes russes avaient également fait le choix de se retirer de l’exposition.

« Mépris insondable » de la vie
Ruth Patir a consacré son exposition, intitulée « (M)otherland », que les premières descriptions ont qualifiée de « pavillon de la fertilité », à la pression que connaissent les femmes quand elle deviennent mères et à la dénonciation d’un système médical patriarcal. Or, après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023 et la campagne en cours d’Israël à Gaza, l’artiste s’est impliquée dans les manifestations appelant à la conclusion d’un accord et à la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Elle confie au NYT que le conflit a impacté son regard sur son œuvre, bien qu’il ait également jeté une ombre sur son travail. « En tant qu’artiste et éducatrice, je m’oppose fermement au boycott culturel, mais j’ai beaucoup de mal à présenter un projet qui parle de la vulnérabilité de la vie à une époque où elle fait l’objet d’un mépris insondable », explique Ruth Patir, interrogée sur ses raisons par le Times of Israel.

Pour mémoire

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« Je déteste cela, a-t-elle déclaré lors d’une interview concernant sa décision d’annuler son exposition, mais je pense que c’est important. » Malgré la visibilité que peut garantir la biennale, Ruth Patir a estimé que la situation à Gaza est « tellement plus importante que moi ».

Une œuvre visible à travers la vitre
Les conservatrices l’accompagnant ont tout de même précisé que les visiteurs pourraient apprécier l’une des œuvres vidéo de l’artiste à travers les fenêtres du pavillon, représentant des statues féminines fissurées prenant vie en gémissant de chagrin et de colère. Ruth Patir a déclaré que l’œuvre reflétait sa tristesse et sa frustration face au conflit. Les émotions dépeintes dans le film « semblaient correspondre à l’expérience vécue à ce moment-là », a ajouté Mme Patir.

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La décision de fermer complètement l’exposition fait suite à deux autres prises de position de l’artiste, qui avait déjà annulé la fête qui célèbre traditionnellement l’ouverture du pavillon et la réalisation d’une œuvre d’art en réponse à la guerre.

La présence d’Israël à cette exposition avait déjà été contestée par des militants propalestiniens depuis février en raison de sa conduite de la guerre à Gaza. Le groupe d’activistes Art, Not Genocide Alliance avait fait circuler une pétition demandant l’interdiction de l’exposition en raison de ce qu’il a qualifié « d’atrocités continues » dans la bande de Gaza. Parmi les signataires, on retrouve des artistes représentant quatorze pays de la biennale. Ce n’est pas la première fois que la Biennale de Venise reflète les tensions entre l’État hébreu et les pays arabes du Moyen-Orient, selon le NYT. En 1982, après l’invasion du Liban par l’armée israélienne, une organisation communiste italienne avait commis un attentat au sein du pavillon israélien, endommageant les œuvres d’art. En 2015, des militants propalestiniens avaient brièvement occupé le pavillon d’Israël.

Un pavillon palestinien ?
Toutes ces actions avaient été matées par les organisateurs de la biennale, qui affirment que tout pays reconnu par le gouvernement italien était en droit d’y participer. 

Et cette année encore, les autorités italiennes ont affiché leur soutien à l’État hébreu. Selon le ministre de la Culture italien Gennaro Sangiuliano, Israël a « le droit d’exprimer son art » et le devoir de « témoigner de son peuple, précisément à un moment comme celui-ci où il a été frappé sans pitié par des terroristes impitoyables ». Tamar Margalit, l’une des conservatrices qui a pris la décision de fermer le pavillon conjointement avec Ruth Patir, craint des critiques de la part des autorités israéliennes qui ont payé le moitié des coûts du pavillon et n’ont pas été informées à l’avance de ce choix.

Il faut savoir qu’il n’existe pas de pavillon dédié à la Palestine à la Biennale de Venise, même si deux artistes palestiniennes, Dana Awartani et Samia Halaby, participent à l’exposition principale cette année. Selon le média ArtNews, en 2003, le commissaire de la biennale, Francesco Bonami, avait proposé d’inclure un pavillon palestinien, mais il s’était immédiatement heurté à des accusations d’antisémitisme et sa proposition fut rejetée.

Jusqu’à nouvel ordre, les portes du pavillon israélien à la Biennale de Venise resteront fermées. Quatre jours avant l’ouverture de l’une des plus prestigieuses expositions artistiques internationales, Ruth Patir, l’artiste y représentant Israël, a confirmé qu’elle n’ouvrirait pas son exposition dans le pavillon national tant que l’État hébreu et le Hamas n’auraient pas...
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