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Culture - Planches

« 4 La Raymond » : l’hommage du théâtre Monnot à Raymond Gebara

Quatre pièces de Raymond Gebara, mises en scène par ses disciples, occupent les planches du théâtre Monnot du 28 février au 7 avril. 

« 4 La Raymond » : l’hommage du théâtre Monnot à Raymond Gebara

Raymond Gebara (1935-2015) dans une photo d'archives, entouré de Rifaat Tarabay, Julia Kassar et Gabriel Yammine. Photo Michel Sayegh

Il y a neuf ans disparaissait à l’âge de 80 ans celui qui aura contribué à l’apogée du théâtre libanais dans les années 60-70 : Raymond Gebara. Et c’est la période la plus incertaine pour l’avenir du pays que le théâtre Monnot choisit pour lui rendre hommage. Un véritable pied de nez à tous ceux qui croient pouvoir saper la culture du pays, sa plus grande richesse et seule planche de salut. Quatre pièces de Raymond Gebara sont mises en scène par quatre de ses disciples, qui l’ont tous connu et admiré.

Acteur de la « Nahda» culturelle, intellectuelle et artistique, journaliste, comédien dramaturge et metteur en scène, qui jouait sans jouer, Raymond Gebara a fait voyager le théâtre libanais au-delà de ses frontières. Satire, humour noir, critique et dérision ont nourri ses pièces qui trouvaient écho auprès d’un public déjà connaisseur des conflits similaires à ceux que le pays continue de subir. En somme, un théâtre qui sonne terriblement juste encore aujourd’hui.

L'équipe de la pièce « Ta7t Ri3ayat Zakkour » (« Sous l'égide de Zakkour ») au théâtre Monnot. Photo DR

Très émue sur scène pour présenter le cycle, la directrice du théâtre Monnot, Josyane Boulos, confiera n’avoir jamais cru qu’un jour elle rendrait hommage à ce géant qu’elle a connu sur un plateau télé aux côtés de son père Jean-Claude Boulos. « Rendre hommage à Raymond Gebara est crucial et relève de la conviction profonde que l’œuvre de cet artiste mérite d’être célébrée, préservée et partagée », a-t-elle déclaré en ajoutant que cette collaboration avec des metteurs en scène talentueux offre une opportunité unique de mettre en exergue la richesse du théâtre libanais.

L'acteur et metteur en scène Gabriel Yammine. Photo DR

Du 28 février au 8 mars, Gabriel Yammine, qui qualifie Raymond Gebara de « père spirituel », met en scène Ta7t Ri3ayat Zakkour (Sous l'égide de Zakkour avec 13 acteurs qui soulèvent une dialectique controversée, de vieux sujets, qui constituent un poids pour l’auteur. Parmi eux, Aly Bleibel, Mabelle Tawk, Wassim Raydan, Maria Doueihy et Joe Ramia. Dans cette pièce, en présence de « Zakour Bey », figure de proue de la société, et de quelques-unes des personnalités influentes du pays, de quelques penseurs et intellectuels « importants » et de son cher père, l’auteur remue la marmite. Par exemple, il demande si le soi-disant « Abraham » devait abattre son fils « Isaac » ou s'il devait attendre le « mouton promis » par le « barbu blanc » qui, de son côté, cherche un « mouton » pour compléter ses « protéines » déficientes et soulager la douleur de ses articulations.

Gabriel Yammine explique avoir été éduqué à l’école de Raymond Gebara pendant près de 40 ans. « Raymond disait que j’étais le seul capable de déchiffrer son écriture », raconte l'acteur et metteur en scène qui se dit heureux aujourd’hui de « pouvoir lire dans ses pensées qu’il continue de découvrir tous les jours un peu plus ». Yammine avoue avoir abordé la pièce sans la connaître. Ta7t Ri3ayat Zakkour, écrite alors que lui était tout jeune, l’aide à connaître les tréfonds de la réflexion de Raymond Gebara dans les années 70.

L'actrice et metteure en scène Julia Kassar. Photo DR

Du 10 au 17 mars, ce sera au tour de Julia Kassar de reprendre Pique-nique 3ala khtout el-yamess (Pique-nique sur les lignes de démarcation) avec Jalal Marwan al-Chaar, Julien Chaaya, Fouad Mrad, Maya Yammine el-Khoury qui donnent vie à cette pièce, inspirée d'une œuvre du dramaturge et écrivain espagnol Fernando Arrabal, réécrite et mise en scène par Raymond Gebara en 1999.  Pique-nique 3ala khtout el-tamess condamne les guerres, leur absurdité, le meurtre d'innocents et toutes les formes de violence, et se fait malheureusement l’écho de la période que nous traversons. Un hommage au génie d'un dramaturge dont les œuvres plongent dans la réalité absurde et douloureuse de l'homme, car il n'y a de salut pour l'homme, selon Gebara, que dans l'amour et la paix. Julia Kassar, qui a joué dans cette pièce il y a 25 ans, l’a choisie parce qu’elle est « toujours d’actualité ». En Raymond Gebara, elle voit un révolté qui l’émeut mais aussi un homme qui rêve d’un monde meilleur avec des propos audacieux d’autant plus pertinents à l’heure où « les libertés partout dans le monde sont menacées ».

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L'acteur et metteur en scène Rifaat Tarabay. Photo DR

Et en clôture du cycle, du 30 mars au 7 avril, Rifaat Tarabay dirigera Mohammad Hjeij, Tony Farah, Wissam Bteddiny et Yara Zakhour dans Qandalaft, une comédie noire de Raymond Gebara. Une adaptation d’une pièce d’Arrabal où deux amis plutôt naïfs convaincus de leurs talents d’acteur s’amourachent de leur voisine Lucia, mais craignent qu’elle ne devienne un obstacle à leur succès. Rifaat Tarabay déplore que le théâtre de nos jours souffre terriblement, mais insiste sur le fait qu’il ne manque pas de talents. « Il y en a peut-être même plus qu’à notre époque, mais ils ont besoin d’un cadre favorable, un André Malraux par exemple, pas le ministère de la Culture que nous avons. D’ailleurs, sans culture au Liban, nous n’avons aucun rôle dans notre monde arabe ». Rifaat Tarabay, qui a joué dans cette pièce il y a 40 ans, rapporte qu’elle avait brassé plus d’articles de presse que de spectateurs. « Raymond Gebara, confie-t-il malicieusement, disait que lorsque l'une de ses pièces est populaire, il devient sceptique quant à sa qualité. « S’il y avait un responsable dans ce pays, j’aurais souhaité que cette pièce soit traduite en français et qu’elle soit comparée avec celle d’Arrabal qu’il surpasse », conclut-il.

Dans nos archives

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Billets en vente chez Antoine et au guichet du théâtre Monnot.


Il y a neuf ans disparaissait à l’âge de 80 ans celui qui aura contribué à l’apogée du théâtre libanais dans les années 60-70 : Raymond Gebara. Et c’est la période la plus incertaine pour l’avenir du pays que le théâtre Monnot choisit pour lui rendre hommage. Un véritable pied de nez à tous ceux qui croient pouvoir saper la culture du pays, sa plus grande richesse et seule...

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