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Moyen-Orient - Repère

Quels risques pour les Syriens de retour dans leur pays

Face aux appels à renvoyer les Syriens chez eux, qu’ils soient migrants ou réfugiés, le point sur les obstacles qui les attendent en traversant la frontière.

Quels risques pour les Syriens de retour dans leur pays

Des réfugiés syriens rentrant dans leur pays par le point de passage d’al-Zamrani, le 14 mai 2024. Photo SANA/AFP)

Arrestations arbitraires, enrôlement forcé dans l’armée, destructions de maisons… Alors que des vagues de retours dits « volontaires » de migrants et réfugiés syriens sont actuellement organisées depuis le Liban vers leur pays d’origine, les obstacles pour garantir un retour « digne » et « sécurisé » de ces populations à leur arrivée sont nombreux. À l’heure où les hostilités à l’encontre des Syriens explosent au Liban et où le régime Assad se montre réticent à accueillir dignement ses ressortissants, les organisations humanitaires internationales préviennent que les conditions d’un retour fondé sur le consentement libre et éclairé de ces populations ne sont toujours pas réunies.

Arrestations et représailles 

Au cours des derniers mois, des cas de disparitions forcées ont été recensés parmi les Syriens qui sont rentrés dans leur pays, selon Sahar Mandour, chercheuse sur le Liban à Amnesty International. Elle rappelle le cas de plus d’une centaine de réfugiés déportés du Liban en avril 2023 et remis aux forces armées syriennes après avoir passé la frontière libanaise. « Ils ont séparé les hommes des femmes et des enfants, et plusieurs de ces hommes auraient été détenus pour avoir protesté contre le gouvernement en 2011, tandis que de nombreux autres ont reçu l’ordre de rejoindre l’armée dans les trois jours sous peine d’être placés en détention. » Dans un rapport datant de septembre 2021, Amnesty International avait d’ailleurs documenté un catalogue de violences commises par des agents des services de renseignements syriens à l’encontre de 66 réfugiés syriens de retour au pays, parmi lesquels des détentions illégales ou arbitraires, de la torture, des viols et autres violences sexuelles, ainsi que des disparitions forcées.

Des risques qui semblent aussi toucher les candidats au « retour volontaire ». « Des réfugiés syriens qui sont retournés volontairement en Syrie entre 2017 et 2021 ont été victimes de graves violations des droits de l’homme et de persécutions. Il s’agissait de torture, mais aussi d’exécutions extrajudiciaires et d’enlèvements », insiste Ramzi Kaiss, chercheur auprès de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. Dans le cadre des départs organisés du Liban, la liste des populations prétendant au retour est pourtant approuvée en amont par les autorités syriennes, en coordination avec la Sécurité générale libanaise. « De manière générale, le régime ne veut pas de ces rapatriés car ils sont perçus comme une menace sécuritaire. Il considère qu’ils ont quitté le pays après la révolution de 2011 », souligne Joseph Daher, professeur à l’Université de Lausanne.

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Selon le média syrien d’opposition Sawt el-Asima, le Bureau de la sécurité nationale, la plus haute autorité de sécurité en Syrie, a récemment donné de nouvelles instructions auprès des ambassades et consulats hors de Syrie. Ceux-ci interdisent aux déserteurs de l’armée, des services de sécurité et du ministère de l’Intérieur, ainsi qu’aux employés du gouvernement qui ont quitté le pays, d’obtenir un passeport syrien à l’étranger ou depuis les services d’immigration en Syrie par l’intermédiaire de leurs familles et de leurs proches.

Face aux risques de représailles du régime, certains responsables politiques libanais ont proposé le renvoi des réfugiés syriens au cas par cas selon leur appartenance identitaire et politique. « Pour faire simple : si vous êtes opposants, vous allez à Idleb (dernier bastion de l’opposition syrienne, NDLR), si vous êtes kurde, vous allez dans la région kurde et si vous êtes prorégime, vous allez dans les zones contrôlées par le régime, résume Joseph Daher. Ça n’a pas de sens. » D’autant qu’il faudrait pour certains traverser des zones hostiles. Alors que le régime Assad peine à reprendre le contrôle de l’ensemble du pays, une escalade de violence s’abat sur Idleb où les frappes sont menées par le régime syrien et son allié russe, tandis que les zones kurdes sont régulièrement la cible des attaques turques. La répression à l’encontre des opposants se poursuit par ailleurs à travers l’ensemble du territoire.

Conscriptions forcées 

L’une des préoccupations majeures des réfugiés syriens lorsqu’ils envisagent de retourner dans leur pays concerne le risque d’être enrôlés pour effectuer le service militaire, qui s’impose à tout homme âgé de 18 à 42 ans. D’autant plus qu’une amnistie pour les réfractaires a expiré en avril 2019. Selon le code pénal militaire syrien, en temps de guerre, la rébellion contre la conscription obligatoire est un délit passible d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison. De plus, un amendement législatif de février 2021 a habilité le ministère des Finances à confisquer sans préavis et à vendre immédiatement les biens des personnes ayant atteint l’âge de 43 ans sans avoir accompli leur service militaire obligatoire ni payé les frais d’exonération (à hauteur de 8 000$), excluant la possibilité pour la personne concernée de contester la décision.

« Il y a tout un business derrière, alerte Joseph Daher. Aux frontières, il faut donner de l’argent aux douaniers syriens jusqu’à un certain montant pour éviter la prison. Ces menaces touchent tout le monde, peu importe l’appartenance politique. »

Crise économique et biens confisqués

Face à la situation socio-économique désastreuse du pays, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU estime que près de 90 % des Syriens vivent sous le seuil de pauvreté et plus de 15 millions d’entre eux ont besoin de l’aide humanitaire. « Les opportunités économiques en Syrie ne sont pas énormes, les salaires sont très bas, le coût de la vie est extrêmement cher », énumère Joseph Daher. Selon l’agence onusienne, la livre syrienne a perdu environ la moitié de sa valeur par rapport au dollar américain, atteignant son niveau le plus bas en juillet de l’année dernière. La Banque centrale de Syrie a dévalué le taux officiel à 9 900 livres syriennes pour un dollar, tandis qu’elle oscillait autour de 6 500 début 2023. Privés d’opportunités et d’aides suffisantes pour survivre dans leur pays, de nombreux Syriens préfèrent encore subir des conditions de travail et de vie précaires dans des contextes xénophobes.

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À cela s’ajoute l’incertitude pour les rapatriés syriens de retourner à leur domicile. Depuis 2012, le régime syrien a adopté de nouvelles réglementations rendant difficile la récupération de leur logement en cas d’absence prolongée. En 2018, le régime a adopté une loi visant à établir des zones désignées pour la reconstruction. Si les propriétaires des résidences situées sur lesdites zones ne présentent pas de preuve de propriété dans l’année, le terrain ou le bien est transféré aux autorités locales, celles-ci expropriant en outre régulièrement les résidents, même lorsque les documents sont fournis. « Ces personnes ont perdu leur maison, elles ont été prises par des criminels de guerre ou détruites durant la guerre, affirme Joseph Daher. Donc, revenir, d’accord, mais revenir où ? » 

Arrestations arbitraires, enrôlement forcé dans l’armée, destructions de maisons… Alors que des vagues de retours dits « volontaires » de migrants et réfugiés syriens sont actuellement organisées depuis le Liban vers leur pays d’origine, les obstacles pour garantir un retour « digne » et « sécurisé » de ces populations à leur arrivée sont nombreux. À l’heure où les hostilités à l’encontre des Syriens explosent au Liban et où le régime Assad se montre réticent à accueillir dignement ses ressortissants, les organisations humanitaires internationales préviennent que les conditions d’un retour fondé sur le consentement libre et éclairé de ces populations ne sont toujours pas réunies.Arrestations et représailles Au cours des derniers mois, des cas de disparitions forcées ont été recensés...
commentaires (3)

La réponse, malheureusement, il faut consulter le Patron des patrons des ONG (pour le M.O.) M. R. A. Rahman , directeur de l’OSDH, basée à LONDRES .Tant que toutes les richesses naturelles Syriennes continuent d’être volées par les Anglo-saxon, les Français, les Turcs, et que le commerce des organes humains reste le monopole des israéliens, parler de déportation, refoulement, départ volontaire, des zones sûres , et maintenir DAMAS hors-jeu , tout approche est du FAKE .

aliosha

14 h 56, le 17 mai 2024

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Commentaires (3)

  • La réponse, malheureusement, il faut consulter le Patron des patrons des ONG (pour le M.O.) M. R. A. Rahman , directeur de l’OSDH, basée à LONDRES .Tant que toutes les richesses naturelles Syriennes continuent d’être volées par les Anglo-saxon, les Français, les Turcs, et que le commerce des organes humains reste le monopole des israéliens, parler de déportation, refoulement, départ volontaire, des zones sûres , et maintenir DAMAS hors-jeu , tout approche est du FAKE .

    aliosha

    14 h 56, le 17 mai 2024

  • Donc finalement , le régime syrien a fait une Nakba 10 fois plus grande encore que la Nakba palestinienne de l'époque, et personne ne s'en émeut. Pas de siting dans des ecoles ni débats, ni protestations , ni missiles iranien ou hezbollahi pour prendre la defense de ces Nakabéh.

    Aboumatta

    14 h 32, le 17 mai 2024

  • D’abord merci beaucoup pour ce "Repère" que les libanais, y compris les trolls, qui expriment leur opinion dans les débats sur le retour des Syriens dans des "zones sûres" sont priés de le lire. Cela nous épargne quelques colères parfois divines. Je répète : le Liban est un pays de réfugiés avec toutes les conséquences qu’il peut subir… surtout le changement démographique. Pour rappel, quel est cet autre pays qui mène une politique de confiscation, et bien des chercheurs peuvent établir quelques parallélismes avec les méthodes répressives des autorités syriennes ? Quel est cet autre pays ?

    Charles Fayad

    11 h 31, le 17 mai 2024

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