Rechercher
Rechercher

Moyen-Orient - Reportage

Craintes et désespoir dans le plus grand hôpital du sud de la bande de Gaza

« Des chars ont ouvert le feu lourdement sur l'hôpital et des tireurs embusqués sur les toits des bâtiments voisins ont aussi tiré, tuant trois personnes déplacées », selon un infirmier de l'hôpital Nasser.

Craintes et désespoir dans le plus grand hôpital du sud de la bande de Gaza

Un homme inspecte les dégâts dans une chambre après un bombardement israélien à l'hôpital Nasser de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 17 décembre 2023, alors que les combats se poursuivent entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas. Photo AFP

Pas d'eau potable, des égouts qui refoulent au service des urgences et des snipers sur les toits: le personnel médical sonne l'alarme mercredi sur le sort de l'hôpital Nasser, le plus important du sud de la bande de Gaza, assiégé depuis plusieurs semaines et dans une situation "catastrophique".

"C'était une nuit noire, avec un flot de frappes et d'explosions", témoigne pour l'AFP Mohammed al-Astal, infirmier aux urgences de l'hôpital Nasser, à Khan Younès. La ville est devenue l'épicentre des combats entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas ces dernières semaines et la cible de raids aériens et de tirs d'artillerie incessants. "Des chars ont ouvert le feu lourdement sur l'hôpital et des tireurs embusqués sur les toits des bâtiments voisins ont aussi tiré, tuant trois personnes déplacées", a ajouté cet infirmier âgé de 39 ans.

Lire aussi

Ce que disent les preuves avancées par Israël pour justifier son raid sur l'hôpital al-Shifa

Au cours des dernières semaines, environ 10.000 civils déplacés par la guerre ont trouvé refuge dans l'enceinte de l'hôpital, selon le ministère de la Santé du Hamas, mouvement qui a pris le pouvoir dans la bande de Gaza en 2007. 

"Epine dorsale"

Le ministère a indiqué que des milliers de personnes, incluant aussi des patients, avaient dû quitter les lieux. Il avait averti que la situation dans cet hôpital était "catastrophique", le personnel étant incapable de déplacer les corps vers la morgue en raison de "grave danger" tout autour. Malgré les risques, Mohammed al-Astal ne veut pas quitter son hôpital. "Nous aidons les blessés et les malades, c'est mon devoir et je ne l'abandonnerai pas même s'ils nous tuent", dit-il.

Dans un communiqué, l'armée israélienne a affirmé de son côté avoir "ouvert une route sécurisée pour évacuer les civils réfugiés dans la zone de l'hôpital Nasser". L'armée a aussi assuré qu'elle "n'avait pas l'intention d'évacuer les patients et le personnel médical" et que les soldats avaient reçu "des instructions précises" pour protéger les civils et les installations médicales.

Lire aussi

Les forces israéliennes prennent d'assaut un hôpital de Khan Younès

Le chef de l'Organisation mondiale pour la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, s'est dit mercredi "alarmé" par les informations provenant de l'hôpital Nasser, qu'il a décrit comme "l'épine dorsale du système de santé dans le sud de Gaza". L'agence s'est vu refuser l'accès à l'hôpital ces derniers jours et a perdu le contact avec le personnel, a écrit le chef de l'OMS sur X (anciennement Twitter).

Les hôpitaux de la ville "sont complètement submergés, débordés et insuffisamment approvisionnés", a pour sa part affirmé mercredi le représentant de l'OMS dans les territoires palestiniens, le Dr Rik Peeperkorn. "Les civils ont été appelés à évacuer (...) Nous sommes dans l'impossibilité d'accéder à cet hôpital", a-t-il expliqué lors d'une visioconférence depuis la bande de Gaza, ajoutant que le dernier accès de l'organisation à l'établissement remontait au 29 janvier. Le personnel, souligne-t-il, est obligé de procéder à des amputations, faute de moyens pour traiter des patients dont les membres pourraient être sauvés par une intervention chirurgicale dans un environnement normal.

Quatre mois de guerre

"Nous ne pouvons pas perdre cet hôpital (...) qui est d'une importance cruciale", a assuré M. Peeperkorn aux journalistes. Plus aucun hôpital fonctionne normalement dans la bande de Gaza, ont indiqué la semaine dernière les Nations unies, et un peu plus d'un tiers continuent à fonctionner dans des conditions très dégradées. Les hôpitaux ont été submergés par plus de quatre mois de guerre, au cours desquels plus de 68.200 personnes ont été blessées, selon le dernier bilan du ministère de la Santé de Gaza.

Au moins 28.576 personnes ont été tuées, en majorité des femmes, enfants et adolescents, dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, selon le ministère. 

Israël a juré d'anéantir le Hamas, en riposte à une attaque sans précédent menée par des commandos du mouvement islamiste palestiniens infiltrés depuis Gaza dans le sud d'Israël le 7 octobre. Cette attaque a entraîné la mort de plus de 1.160 personnes, en majorité des civils tués ce jour-là, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.

Pas d'eau potable, des égouts qui refoulent au service des urgences et des snipers sur les toits: le personnel médical sonne l'alarme mercredi sur le sort de l'hôpital Nasser, le plus important du sud de la bande de Gaza, assiégé depuis plusieurs semaines et dans une situation "catastrophique".

"C'était une nuit noire, avec un flot de frappes et...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut