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Nos Lecteurs ont la Parole

La touche humaine irremplaçable à l’heure de l’intelligence artificielle

« Le grand don des êtres humains est que nous avons le pouvoir de l’empathie » (Meryl Streep).

Dans son article publié dans la prestigieuse revue Forbes (juillet 2023), le Dr Corey Scurlock, fondateur d’« Equum Medical », se montre optimiste quant au potentiel transformateur de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé. Toutefois, il souligne l’importance de relever les défis et de mettre en place une réglementation appropriée pour garantir une utilisation responsable. Il souligne à juste titre que l’intérêt pour l’IA n’épargne aucun secteur de la santé, dans un temps où la course bat son plein entre les fournisseurs de technologies de l’information et les prestataires de soins pour utiliser l’IA à des fins diverses, notamment le triage, le diagnostic, la communication avec les patients, le traitement, ainsi de suite. Et pour cause : l’IA réduirait les coûts tout en augmentant la productivité et garantissant des soins plus efficaces, plus personnalisés et plus précis aux patients. C’est ainsi que la puissance analytique de l’IA est soulignée, avec la capacité d’analyser de grandes quantités de données du patient pour la prise de décision clinique, améliorant les résultats des patients et réduisant potentiellement les erreurs de diagnostic des maladies.

C’est ainsi que le Dr Eric J. Topol, dans son article publié le 25 janvier 2024 dans la revue Sciences, insiste sur le fait que les erreurs de diagnostic restent un problème majeur engageant le pronostic vital du patient. Les demandes accrues de tests radiologiques et de laboratoires, dans le but de poser un diagnostic rapide et précis, ne semblent pas avoir eu un impact majeur sur les erreurs de diagnostic : 5 % des adultes continuent chaque année à avoir un diagnostic erroné.

Par ailleurs, les applications de l’IA, telles que le traitement du langage naturel et l’automatisation intelligente, peuvent aider les médecins dans des tâches telles que la documentation, le codage et la planification. Cela pourrait améliorer la productivité des médecins, réduire l’épuisement professionnel et améliorer la satisfaction des soignants. Le médecin aura ainsi plus de temps à consacrer à son patient et à développer une relation

médecin-patient plus collaborative. Cela entraîne une satisfaction accrue chez le patient, ce qui le rend plus enclin à suivre les recommandations de son médecin.

Certes, de nombreux défis et préoccupations doivent être surmontés avant d’atteindre l’objectif souhaité. D’abord, les préoccupations initiales portent sur les biais présents dans les systèmes d’IA, tandis que les questions liées à la gouvernance et à la nécessité d’une réglementation adéquate sont également évoquées. Ensuite, l’inquiétude à propos du sort de tant de médecins, soignants, techniciens à moyen et long terme. Quoi qu’il en soit, la révolution de l’IA place le secteur de la santé, comme tous les autres secteurs, devant une réalité irréversible, qui nécessite que les concernés réfléchissent de manière objective et responsable aux manières d’utiliser cette intelligence artificielle.

Mais il importe au milieu de cette tempête occasionnée par l’IA de réfléchir sur les qualités de l’homme que cette intelligence ne pourra jamais remplacer dans le secteur de la santé. Il va de soi que la liste concernée est étendue, et il n’est pas réalisable de la présenter intégralement ici.

Arrêtons-nous pourtant sur un aspect qui concerne tous les engagés dans la santé : l’empathie. Les êtres humains (plutôt les êtres vivants en général, en faisant allusion aux animaux domestiques dits « émotionnels », qui accompagnent par exemple les personnes qui souffrent d’anxiété) sont les seuls capables d’établir « en principe » une connexion émotionnelle, ce que les algorithmes et les machines ne sauront jamais faire.

Si l’IA semble ne pas avoir « en principe » ou « a priori » des limitations, l’empathie selon la professeur Jodi Halpern (médecin et professeure experte de bioéthique à l’Université de Berkeley) est « en principe » une limitation pour l’IA. Selon la Dr Halpern, l’IA ne peut à aucun moment remplacer l’empathie humaine dans le domaine de la médecine clinique, et l’empathie est indispensable pour le succès thérapeutique, la rémission ou la guérison du patient. Également selon la Dr Halpern, si l’IA arrive à simuler l’empathie, cette dernière serait non seulement artificielle, mais de plus non éthique, car un être humain en détresse mériterait plutôt une empathie humaine authentique. L’IA a certainement le potentiel d’améliorer tous les aspects de la santé, cependant, elle ne devrait pas et ne peut pas se substituer à la relation empathique soignant-patient.

Je termine par cette petite réflexion sur le stéthoscope. Cet outil emblématique ne sert pas seulement à ausculter physiquement le patient, pratique née à l’hôpital Necker à Paris en 1816, mais sert également de pont empathique entre la science et l’humanité, entre le médecin et son patient. Pour cela, je m’adresse à vous, les génies de la technologie et de l’IA : s’il vous plaît, ne nous privez pas du stéthoscope,

gardez-le-nous !

P.S. : l’Organisation mondiale de la santé vient de publier le 24 janvier 2024 de nouvelles recommandations sur l’éthique et la gouvernance des grands modèles multimodaux (Large Multi-

Modal Models ou LMMs), une technologie de l’IA qui se développe très rapidement et qui a de nombreuses applications dans le domaine de la santé (www.who.int/news/item/18-01-2024-who-releases-ai-ethics-and-governance-guidance-for-large-multi-modal-models).

Dr Zeina ASSAF MOUKARZEL, MD, MPH, MHA

Fondatrice et présidente de Lamsa, ONG libanaise pour la promotion de la santé mentale et le bien-être des jeunes

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

« Le grand don des êtres humains est que nous avons le pouvoir de l’empathie » (Meryl Streep).Dans son article publié dans la prestigieuse revue Forbes (juillet 2023), le Dr Corey Scurlock, fondateur d’« Equum Medical », se montre optimiste quant au potentiel transformateur de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la santé. Toutefois, il souligne...

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